Profil

  • Sybille de Bollardiere
  • Le blog de Sybille de Bollardière
  • Femme
  • Ile de France
  • auteur écrivain poète romancière
  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

Présentation

Partager

Images Aléatoires

  • lamarseillaise121204_r1.jpg
  • sybille-champs-orange.jpg
  • Le jury des "plumes d'amour"
  • Paris-sous-la-neige 0288
  • sybille-champs.jpg
  • Turquie-2010 1199

Playlists du blog

Syndication

  • Flux RSS des articles

L'Amour en Zone Inondable


Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /2009 21:44
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    




Il avait fait chaud tout le week-end et même la mer d’ordinaire si vorace au pied des falaises, s’était comme alanguie dans la douceur des jours. Avant de quitter Thorville, Blanche s’était installée devant la fenêtre de sa chambre pour profiter des dernières lueurs du soleil mais aussi, pour suivre des yeux ces rides sur la mer qui annoncent les séries de vagues. Elle avait songé que l’océan avait un rythme aussi mystérieux et souterrain que celui du cœur des hommes. Elle pensait à Yoshka  et à ce malheureux Martin qu’elle avait laissé depuis quelques temps dans le décor sinistre de « la Farandole ».
 

A Fécamp il y avait eu une vie, la grande vie pour certains, mais de là à appeler une maison La Farandole… Il fallait être cynique car, autrefois l’hiver, quand la rue empestait les huiles de poissons, la pluie, le vent et le veuvage précoce, il n’y avait pas vraiment de quoi faire la sarabande.

 
J’ai repéré la falaise, sa chapelle et le chemin des larmes qui y mène depuis les quais du port mais je n’ai pas trouvé la maison des Hamel. A ce qu’on m’a dit, elle se trouvait juste à côté de cet entrepôt dont  la peinture écaillée ne permet plus de distinguer le nom. J’aime tellement les repérages que parfois ils tournent à l’installation. C’était le cas ce week-end, je me suis assise au bout de la jetée du port et j’ai guetté les bateaux qui rentraient. J’imaginais le retour des terre-neuvas, les femmes, leurs jupes et leurs mouchoirs, les mauvais gars qui les regardaient du bar et ceux plein d’espoir qui prononçaient leur prénoms en mer pour retrouver leur visage après tant d’absence et le manque de tout.
 

A terre il y avait Hamel, le vieux, avec sa pipe qui  regardait son bien se ranger se ranger le long des quais et ses hommes le saluer en quittant le bord. Martin ne l’a pas connu et à peine le suivant, celui qui lui servait de père. Il a pris en grippe le hareng, la morue et même le maquereau qu’il pêchait enfant quand les bancs rasaient les falaises les jours de temps lourd. Comme sa sœur Armelle, il a suivi les conseils de sa mère qui les poussait vers la pharmacie et  la médecine, loin des pluies horizontales de la côte.

 

Après une nuit d’épouvante où une peur tatillonne l’avait maintenu éveillé, Martin était résolu à affronter le pire. Qu’Agnès se réveille, et réclame la tête de son assassin, il en avait rêvé cent fois et la réalité ne pouvait pas être pire mais, l'idée d'être privé de Lili et plus encore, celle de se la faire dérober,  le rongeait. Il imaginait le corps de la jeune femme endormi sur une grève inconnue et se dirigeant vers elle dans un bruit de fête foraine, une cohorte d’hommes débarquant d’un funeste navire.

Blanche voulut délivrer son héros du cauchemar. En auteur attentive et compatissante, elle le conduisit jusqu’à Thorville puis à la porte de la maison de Lili qu’ils découvrirent entrouverte pour profiter du soleil matinal. Si Martin ne prononça aucun mot pour expliquer sa disparition et son silence, il sut trouver les gestes pour se faire pardonner et il en oublia même de parler à Lili de ses soupçons à propos de Julien. A vrai dire, il n’eut pas le temps d’évoquer ses doutes. Ils avaient fait l’amour avec une douceur nouvelle comme après l’orage et Lili était descendue faire du café. En s’éveillant il allongea le bras pour découvrir son absence et renversa malencontreusement la table de nuit.
 
- Ce n’est rien, dit-il à haute voix à Lili qui le questionnait d’en bas, je vais te réparer ça !
 
Mais ni la table ni le tiroir n’étaient cassés, simplement sur le plancher, il venait de voir glisser une lettre à l’adresse de Lili dont l’écriture l’intrigua. Il n’eût pas le temps de la lire entièrement mais suffisamment pour comprendre que son auteur, un anglais, était non seulement l’amant de Lili, mais aussi le père de Julien.
 

Blanche termina sa dernière ligne hésitante sur le prénom de l’amant anglais. "Je vais demander à Yoshka", pensa t’elle puis,  elle se ravisa en réalisant qu’ils ne s’étaient quittés que depuis quelques heures et qu’elle songeait déjà à le rappeler. Elle se souvint de ce détail qu’elle avait toujours pris soin de remarquer chez chaque homme, ce défaut, parfois plusieurs, qui pouvaient servir de bouée de sauvetage en cas d’irruption intempestive du sentiment amoureux.
 

Alors oui, elle faisait revenir à elle le corps du bien aimé mais avec en évidence ce qu’elle y avait noté de déplaisant ou parfois de légèrement décevant et cela jusqu’à ce que l’étreinte et son souvenir trop brulant s’effacent de son propre corps.
 

Alors enfin elle s’appartenait, désespérément seule, mais libre.


 

Par Sybille de Bollardiere
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /2009 21:44
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    



Assise sur la digue au pied du parking désert,  je regarde la mer.  Ils sont repartis… Et face à ce vide immense qui résonne de leurs vies, de leurs amours, de leurs déchirements mais aussi de leurs silences, je me sens comme une reine déchue. Quel est ce royaume dévasté où les mouettes ont remplacé par leur cri les dialogues des personnages ? Un roman en ligne : L’Amour en Zone Inondable n° 30- C’est un anniversaire qui compte tout de même et d’ailleurs j’ai vieilli.

Trahie par ce temps qui nous a réunit l’espace d’un week-end : Blanche, Yoshka et moi. Trahie par les  silhouettes de Martin et de Lili qui surveillaient nos allers et venues sur cette grève d’ordinaire si tranquille. Oui, trahie par des personnages qui n’en font qu’à leur tête et me réveillent la nuit en faisant mine de l’oublier au petit matin.  Autrefois je n’écrivais que des poèmes. C’était bref,  sans suite et sans inconvénient et la plupart du temps, tout le monde était content (Sauf l’éditeur bien sûr, on n’édite plus de poèmes !)

Aujourd’hui la mer descend plus lentement que d’habitude, plus grise aussi,  comme Blanche ce matin quand elle a quitté l’hôtel. Elle avait les traits tirés… Ah la garce ! Deux nuits d’amour et pas une ligne, c’est sûr, elle a pris du bon temps !  Et pourtant, elle a navigué en amour comme en tempête, avec des « tours de rouleaux », une « petite voile » pour ne pas tomber amoureuse, ça peut se justifier pour  longer les côtes avec prudence  les jours de gros temps,  mais chez Blanche  c’est une habitude, ne jamais lâcher… Tout mais pas ça n’est pas Blanche ?

Elle n’avouera pas, c’est pour ça qu’elle écrit. C’est pour ça que Martin Hamel son héros transpire la nuit, c’est aussi pour ça qu’elle n’arrive pas à parler de Lili et qu’elle a fait venir Yoshka.

Avant de quitter Thorville, Blanche est passée par la plage pour prendre un galet en douce. Elle m’a vue et s’est approchée de moi.

- Vous êtes toujours là ?

- Que voulez vous  Blanche… J’admire la façon dont vous vous y prenez !

- Mais qu’est ce que vous racontez ? Tout est simple ! J’ai simplement passé un excellent week-end avec un ami et…

- Et il est déjà reparti ! Au fait il est passé me voir…

- Qui ça ?

- Yoshka évidemment ! Qui voulez vous que ce soit ?

- Que vous a-t-il dit ?

- Blanche… Vous ne vous rappelez vraiment de rien ?

- Non, vous le savez mieux que personne, j’ai des nuits aveugles et sourdes… Mais très passionnées quand même !

- Oui, il me l’a dit, il paraissait d’ailleurs assez satisfait...

- Yoshka en pleine forme et sans viagra…  Mais que vous a-t-il dit d’autre ?

- Qu’il était désolé de partir…

J’ai menti. Comment lui avouer ce que Yoshka m’avait raconté. Après l’amour, chaque nuit, ces hurlements de loup de pleine lune et Blanche en chien de fusil devant le mur de la chambre gémissant dans un incompréhensible langage. Yoshka l’avait prise dans ses bras, avait essuyé ses tempes brûlantes, puis il lui avait parlé mais, les yeux absents, Blanche ne le voyait pas plus qu’elle ne l’entendait. Il m’avait chargé de parler à Blanche : « Dites lui que « je sais »,  que je l’ai vue et qu’il faut qu’elle écrive « cela » et rien d’autre ! »

Blanche a pris son sac de voyage et je me suis levée pour l’accompagner jusqu’à sa voiture. Avant de me quitter,  elle a pris mon bras.

- Vous savez, j’aime cet endroit et j’y reviendrai. Vous aussi n’est ce pas ?

Yoshka m’avait glissé la même phrase en partant tout en ajoutant :

- Elle est impossible Blanche mais je m’en suis bien tiré pour cette fois ! De toute façons, nous sommes tous des cinglés n’est ce pas ? Allez,  je vous embrasse !

 

 


Par Sybille de Bollardiere
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 22:13
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    



Il y a des phrases qui peuvent vous faire craindre le pire et  pourtant  tout avait si bien commencé… Blanche était si heureuse de faire découvrir la région de Thorville à Yoshka qu’elle en avait oublié ses phobies et les souvenirs mitigés qu’elle gardait de son séjour à S***. L’époque de la Dordogne et des ruptures était loin et si le temps du roman rejoignait le sien, je décidai de suivre moi aussi cette migration qui devait nous conduire sur la grève de ce petit village que sans connaître, j’aimais déjà.

Yoshka n’arriva pas le jour même comme il l’avait un peu trop rapidement annoncé, il proposa même à Blanche de la retrouver au Mont Saint Michel qu’il espérait bien visiter avec elle. Agacée par ce contre temps, elle lui proposa un rendez-vous à Caen, au mémorial. Finalement ce fut Cabourg, non pas le Grand Hôtel, mais le parking près de la plage où Blanche gara sa voiture et attendit patiemment le car de Yoshka.

La veille, tourmenté plus qu’il ne voulait l’admettre par ce déplacement, Yoshka s’était couché fort tard après avoir copieusement arrosé ses angoisses d’une vodka orange qui ne devait pas être fameuse. En découvrant sa mine et son maigre bagage, Blanche comprit que le voyage ne serait pas si simple et qu’il n’était pas obligatoire de le faire précéder d’une visite  au « mémorial »

Après quelques sincères effusions qui montraient la joie que nos deux auteurs avaient de se revoir, il fut question de trouver un endroit pour le pique-nique (que Blanche avait soigneusement préparé) C’est alors que Yoshka s’enquit de la pharmacie la plus proche. « Je ne me sens pas très bien pour tout te dire » C’était un euphémisme ! Le reste de la matinée se passa à rechercher un endroit suffisamment confortable pour déjeuner sur l’herbe sans trop s’éloigner de toilettes cinq étoiles. De Cabourg à Honfleur notre duo fila à vive allure, un œil sur la mer, l’autre sur les bas-côtés. Le ton devint aigre. Yoshka gémissait tandis que Blanche fulminait en voyant s’éloigner une dune accueillante où elle avait imaginé se reposer quelques heures avant de reprendre la route de Thorville.

- J’ai hâte de passer le pont de Normandie, de nous trouver un hôtel, une chambre et des toilettes !

Blanche blémit.

- On ne passe pas par le pont de Normandie…

- Mais qu’est ce que tu racontes ? Passe-moi la carte !

- Yoshka, ce n’est pas la peine de discuter, je ne peux prendre ce pont !

- Mais je me moque de ce que tu ne peux faire, tu vas me passer le volant et…

Blanche était face à son désastre intime : un vertige incontrôlable qui lui interdisait les ponts et l’obligeait donc à de longs détours qu’elle cherchait toujours à justifier par une visite, une découverte…

- Je te propose que nous passions par le pont de Brotonne, par Rouen, c’est une très belle ville et…

- Et puis quoi encore ! On peut aussi passer par Paris, Amiens ou traverser en bateau… Mais oui en bateau, en voila une bonne idée !

Mais le projet de la traversée maritime de la baie de Seine fut remis à plus tard.  Blanche dut accepter de passer sur le pont de Tancarville conduite par Yoshka qui après un douloureux chemin de croix dans les toilettes d’une douzaine de cafés du pays d’Auge, avait pris le volant d’autorité.

Ce n’est qu’en fin d’après midi que je les vis débarquer sur la plage de Thorville. Il faisait encore passablement chaud et Yoshka se dirigea vers l’hôtel sans prêter aucune attention à ma présence et déclara à l’adresse de Blanche :

- Ne m’attends pas, je crois que je vais devoir y retourner…

Blanche était pâle, fatiguée de cet aller retour normand qui ne l’avait visiblement pas enchantée. Elle murmura à mon intention :

- J’ai entendu cette phrase toute la journée et ce n’est pas terminé malgré ce que nous venons de vivre…

Car ce que je ne savais pas et que je n’appris que le lendemain, c’est que cette journée qui avait commencé plutôt médiocrement avait frôlé le désastre.

Après la traversée de la Seine, Blanche ouvrit les yeux et découvrant un Yoshka visiblement désolé de l’avoir malmenée et déçue, elle lui proposa une pause.

- Avant d’arriver à Thorville, nous pouvons nous arrêter à F***, il y a plusieurs supermarchés, nous ferons quelques courses si tu veux…

- Très bonne idée, j’ai besoin de crème solaire !

Au Super U de F***, il n’y avait pas la crème solaire que Yoshka cherchait, mais dans un rayon de soldes saisonnières, il dénicha une piscine gonflable et persuada Blanche que cela lui changerait sinon la vie, du moins l’été lors de son retour dans sa maison de l’Eure. J’ai du mal à imaginer la discussion de nos deux héros sur l’utilité ou non d’une piscine et de son indispensable gonfleur en pleine crise littéraire… Car il faut tout de même se souvenir que dans les jours précédents Blanche n’écrivait plus beaucoup, quant à Yoshka, il se contentait de paraphraser ses auteurs favoris pour séduire une femme qui ne pouvait déjà plus rien lui refuser. Anne, dont il partageait la belle demeure bretonne, avait accepté sans sourciller son départ pour Thorville …

Mais j’ai encore plus de mal à imaginer Yoshka et Blanche, couchés au sol entre deux caisses du supermarché quand celui-ci subit l’attaque des gangsters. D’après ce qu’en révéla le journal du lendemain, ils étaient dix, cagoulés, ils prirent en otage les caissières au nombre de six, deux magasiniers qui n’avaient pas eu le temps de fuir et quelques rares clients qui venaient d’entrer après la réouverture de l’après midi.

Blanche et Yoshka étaient de ceux là. Ils ne furent libérés qu’en fin de journée, après une heure de séquestration qui permit à Yoshka de découvrir qu’un des gangsters était une jeune femme à la très délicate odeur de muguet. Il avait deviné une peau brune, de celles qu’il aimait. Ils'enhardit à décrire au lieutenant de police « un beau regard noir intense et émouvant » qui d’après lui, révélait que la jeune femme agissait sous la contrainte.

 Blanche, quant à elle, n’avait rien vu et surtout, elle avait pris garde de ne rien observer qui puisse l’obliger par la suite à des comptes rendus qu’elle jugeait par avance aussi fastidieux qu’inutiles. Moins elle avait de rapport avec la police et mieux elle se portait alors, pour elle, la farce de l’après midi n’avait que trop duré.

Le soir, Blanche monta très rapidement dans la chambre qui était réservée à leurs noms et qui donnait sur la mer. Yoshka lui, ne put résister à l’attrait de raconter encore une fois  l’aventure de la journée aux derniers clients du bar.

Seule la lune éclairait encore le rivage quand il se glissa dans les draps pour chuchoter à l’oreille de l’endormie.

- Allez  Blanche ! Réveille-toi, je suis en pleine forme !

 

 


Par Sybille de Bollardiere
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés