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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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L'Amour en Zone Inondable


Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /2009 16:39
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

 

- Mais Docteur, je n’ai jamais été avec un homme !

La pauvre Véronique s’était redressée sur l’étroite table d’examen du cabinet médical de Martin et rougissante de honte, redescendit son chemisier pour se couvrir. Sa réponse avait jailli avec véhémence, comme si la question du médecin «  A quand remonte votre dernier rapport sexuel ? » avait représenté une menace pour elle.

Derrière le paravent qui dissimulait un porte-manteau dernier modèle de chez Ikéa, une chaise, un pèse-personne et un petit lavabo d’angle, Véronique se rhabillait en poursuivant  son dialogue avec Martin.

- Je ne comprends pas comment ça peut m’arriver,  ce n’est pas de chance vraiment !

- Ne vous en faites pas, je demande des examens complémentaires mais je ne soupçonne rien de grave, peut-être un fibrome…

- Y vont me faire la « totale » ?

- Nous en reparlerons après la radio et l’échographie, allez ne vous faites pas de souci !

En la raccompagnant à la porte de son cabinet, Martin pensa que si Véronique était vierge, elle ne pouvait être la mère de Julien. Il ressentit comme un coup de poing à l’estomac. Il lui parut probable que l’adolescent était le fils de Lili.

Ce soir là il décida de rester à Fécamp au lieu de la retrouver à Thorville comme ils avaient prévu. C’était une belle soirée de juin qui annonçait un week-end exceptionnel, Martin avait réservé un départ au golf d’Etretat tôt le lendemain, Lili avait promis de le suivre tout au long du parcours et il avait même songé à la présenter officiellement aux membres de son club. Elle avait laissé de nombreux messages sur son répondeur au cabinet mais également sur son mobile, s’étonnant qu’il soit injoignable. Il l’était à plus d’un titre.

Au fil des heures, il s’était persuadé que Julien ne pouvait qu’être le fils de Lili et après l’avoir bouleversé, cette perspective le rongeait. Sa relation sans nuage  depuis plus de six mois venait de basculer. S’il avait souvent pressenti que la jeune femme lui dissimulait une partie de sa vie, il avait mis cela sur le compte d’une enfance difficile que Lili avait juste commencé à évoquer, mais pas une seconde il n’avait envisagé qu’elle puisse sciemment lui cacher un secret d’une telle importance. Ce soir là, c’est dans les murs salpêtrés et abandonnés de La Farandole qu’il chercha refuge. Hors d’atteinte, sans téléphone ni portable, il s’était installé sur le seul sommier qui restait dans une des grandes chambres du premier étage.

Dès son arrivée, il ouvrit les fenêtres pour les libérer des colonies de mouches qui bourdonnaient sur les vitres blanches de sel. Les docks étaient silencieux à cette heure tardive, et pourtant il n’entendit ni le grincement du portail, ni les gémissements des marches de l’escalier. Il sursauta à la voix d’Armelle :

-Mais enfin Martin, où étais- tu ? On te cherche partout !

- Qui ça « On »

Lili bien sûr ! Elle m’a appelé plusieurs fois et puis moi également… Je n’imaginais pas te trouver ici, c’est  lorsque j’ai vu que ta voiture était restée devant le cabinet, que je t’ai imaginé venant à pieds par ici…

-Bonne déduction… Mais que se passe-t-il ?

Martin s’était retourné vers elle tout en évitant son regard.

- Oh j’imagine que cette nouvelle ne va pas te réjouir…Ton avocat qui te cherchait  à fini par m’appeler. Agnès serait sur le point de sortir du coma…

- Mais c’est impossible ! D’ailleurs, tu le sais comme moi, nous avons eu confirmation de son état il y a six mois.

- Cela ne change rien pour toi… je voulais juste te prévenir et puis il voudrait que tu le rappelles.

Armelle le regarda avec insistance, quelque chose dans la réaction de Martin l’avait surprise. Elle s’approcha de lui et remarqua alors ses traits tirés et son visage livide.

En bon scientifique Martin avait fini par croire aveuglément aux rapports médicaux qui, en proclamant le coma d’Agnès « irréversible »,  l’avaient en quelque sorte absouts de son crime.


A suivre

 

 


Par Sybille de Bollardiere
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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /2009 22:18
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Quelques jours près de la mer et des notes prises en plein vent, encre sépia sur le cahier à contre jour... J'étais là, en surimpression et déjà ailleurs.

Je suis de nulle part si ce n'est de ma langue et j'en prends les mots à témoin, si j'écris pour voir, pour sentir, j'écris aussi pour aimer, pour tuer, maudire et me pardonner... J'écris pour visiter le monde, l'extérieur et l'intime, pour que pas un repli de l'âme humaine ne me soit étranger. J'écris pour comprendre, pour accepter, pour revivre l'invivable et m'en détacher enfin... Peut-être... Car le pire aurait été de ne pas le vivre.

J'écris pour aimer, les vivants et les autres, pour bousculer le temps, les époques, les frontières, pour combler ce vide immense entre chaque être. J'écris pour vivre cent fois, défaire et refaire, délivrer et hurler.

J'écris aussi pour épouser le calme d'un matin, pour célébrer l'instant, la trace d'une vague, un regard ou un mot retrouvé. J'écris enfin pour dénombrer car tout m'importe dans le vivant, de l'ombre d'un génie sur son oeuvre au plus petit des lichen sur une pierre sans âge.

J'écris comme je marche, passagère au fil des mots. L'écriture, une sueur d'encre au front.


22 juin 2009

P.S. ..Mais j'ai également tout à fait conscience d'avoir quelque peu abandonné nos héros : Blanche, Yoshka, Martin et Lili quelque part sur la côte normande. Que les lecteurs se rassurent, l'aventure continue mais il me faut parfois prendre le temps de rencontrer ces personnages dans leur intimité, marquer le pas avant de revenir au lecteur... Très vite
Par Sybille de Bollardiere
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 21:55
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La Seine et César Franck au fil de l'eau. Vert bronze la variation des notes et des pensées sous la pesanteur des nuages. Des signes de vie dans le matin immobile : arbres clandestins dans les failles d'un mur et plus loin, oiseaux d'ailleurs sur leur perchoir de métal, des algues à la dérive dont j'imagine l'ancien voyage.

Et puis, au fil de l'eau, les ponts que j'arpentais à son bras quand le soleil était vert. Notamment celui-là, le pont Mirabeau que j'aime de mémoire quand nous étions de front amants et poètes.

Non loin de l'île aux berges minérales, j'ai croisé deux personnages  de l'un de mes romans. Ils étaient là, assis jambes pendantes au dessus de l'eau, dans l'attente d'un rien qui leur serait annoncé et ils avaient beau être côte à côte, il était visible qu'aucun des deux ne percevait la présence de l'autre. J'en conclus, peut-être un peu hativement, qu'en dehors d'un roman et de son récit, les personnages n'ont qu'une existence limitée.

Chargée de mots et plus encore de leur silence, je suis repartie marcher en prose le long des berges de ma ville inconnue.

15 juin
Par Sybille de Bollardiere
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