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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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L'Amour en Zone Inondable


Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 21:55
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La Seine et César Franck au fil de l'eau. Vert bronze la variation des notes et des pensées sous la pesanteur des nuages. Des signes de vie dans le matin immobile : arbres clandestins dans les failles d'un mur et plus loin, oiseaux d'ailleurs sur leur perchoir de métal, des algues à la dérive dont j'imagine l'ancien voyage.

Et puis, au fil de l'eau, les ponts que j'arpentais à son bras quand le soleil était vert. Notamment celui-là, le pont Mirabeau que j'aime de mémoire quand nous étions de front amants et poètes.

Non loin de l'île aux berges minérales, j'ai croisé deux personnages  de l'un de mes romans. Ils étaient là, assis jambes pendantes au dessus de l'eau, dans l'attente d'un rien qui leur serait annoncé et ils avaient beau être côte à côte, il était visible qu'aucun des deux ne percevait la présence de l'autre. J'en conclus, peut-être un peu hativement, qu'en dehors d'un roman et de son récit, les personnages n'ont qu'une existence limitée.

Chargée de mots et plus encore de leur silence, je suis repartie marcher en prose le long des berges de ma ville inconnue.

15 juin
Par Sybille de Bollardiere
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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /2009 22:48
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

 

Avant de rencontrer Lili, Martin n’attendait des femmes qu’un plaisir intense certes, mais bref et surtout, ni tendresse ni projets. En matière d’amour ses goûts étaient simples pour ne pas dire frustes. Sa vision de la chair avait été quelque peu malmenée par son éducation rigide et sa carrière médicale. Six années de pratique en médecine esthétique l’avaient convaincu que la beauté ne devait rien au hasard et qu’elle avait un coût  dont il entendait bien profiter sans états d’âme.  Et puis un soir de mai, dans un très bel hôtel particulier d’une voie privée du XVI arrondissement, tout avait basculé. Le corps parfait d’Agnès M. réputée tant pour sa fortune que pour ses qualités de juriste, n’était plus qu’un pantin désarticulé. Dans l’année qui suivit, Martin perdit ses relations, la liberté de quitter la France en attendant la fin du procès et bien sa carrière et ses précieuses patientes.

Ce soir là, en ramenant Lili chez elle, il réalisa qu’il avait renoncé sans aucune difficulté à sa vie parisienne. Dorénavant rien ne lui paraissait plus exaltant que son destin de médecin perdu sur la côte un soir de tempête. Il songea qu’il avait bien du mal à mettre un nom sur ce qu’il éprouvait pour Lili et cela l’agaçait. Elle ne ressemblait en rien à ce qu’il avait pu connaitre et il n’était même pas certain de pouvoir la qualifier de « belle » . Non, elle échappait à toute tentative de description et c’est ce qui le motiva à revenir chaque jour, comme si le fait de franchir sa porte avait le pouvoir de le soulager de cette douloureuse étreinte qui lui coupait le souffle.

Martin comptait sur l’habitude pour maîtriser ses sentiments, s’en remettait à la routine d’une visite domiciliaire quotidienne pour espérer faire de Lili une maitresse ordinaire sinon banale.

Le temps leur offrit une accalmie et de beaux après midi ensoleillés que Lili passait dans sa véranda à peindre, confortablement installée dans un fauteuil pour ne rien perdre de la vue. Elle pouvait le voir arriver chaque jour aux alentours de midi, une fois ses visites terminées. Martin venait s’asseoir près d’elle et surveillait les progrès de sa guérison tout en s’informant de sa vie et de ses projets.

Lili ne répondait qu’en souriant et parfois, elle s’enhardissait jusqu’à lui proposer de rester déjeuner. Il avait toujours décliné. Conscient de ne rien pouvoir avaler en sa présence il préférait s’enfuir. Pourtant un jour il lui fit l’amour.  

Il était arrivé brusquement avec une envie d’en finir, en fin d’après midi, ce qui était tout aussi inhabituel que la mine défaite qu’il offrit à Lili ce jour là. Elle comprit et se montra docile, complaisante, pas vraiment amoureuse, ce qui  acheva Martin.

Son retour chez lui fut un calvaire.

Il avait regagné sa voiture et était resté un moment immobile, le front contre le volant. Plus tard devant la mer, les yeux fermés, il avait marché dans le parfum de Lili et dans l’incertitude de la revoir. Il avait été mauvais et il le savait.

Lili, quant à elle, avait le même souvenir, Martin lui était apparu touchant de maladresse et c’est justement ce qui lui donna envie de le revoir.

Blanche poussa un grand soupir ; elle en avait enfin terminé – un peu rapidement, elle en était consciente – avec cette scène qu’elle redoutait. Elle avait toujours vu en Martin le type du mauvais amant et pourtant, elle tenait par-dessus tout à sa séduction et à son charme. Elle imaginait déjà la réaction de Yoshka, les plaisanteries acerbes qu’il ne manquerait pas de faire sur son héros, mais aussi sur elle, Blanche. Alors elle prépara sa réplique comme on fourbit ses armes, avec patience et détermination. Yoshka pouvait lui envoyer un mail ou encore l’appeler, peu importait ! Elle, Blanche savait que « l’amour en zone inondable » obéissait aux seules lois de Lili. D’ailleurs, elle aimait à se le rappeler à voix haute : Lili était la fille de la violoncelliste Génia Allassymovitch et de l’un de ses amants : un écrivain orientaliste parfaitement inconnu répondant au nom de Xavier Lemaire.

 

à suivre

 

 


Par Sybille de Bollardiere
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 21:55
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

Blanche était plus ou moins satisfaite du dernier passage qu’elle venait d’écrire au sujet de Lili. C’était un personnage difficile pour elle, pour ne pas dire douloureux. Lili, son antithèse, la malmenait dans son intimité et au fond elle la fascinait aussi. C’est peut-être en partie à cause de Lili qu’elle avait renoncé à écrire avec Yoshka. Elle n’avait pas supporté l’idée qu’il puisse se servir de ce personnage pour donner libre cours à ses fantasmes masculins…. Enfin, c’est ce qu’elle lui avait reproché dans un de ses derniers mails :

« De Blanche à Yoshka  :

J’ai lu ce que tu as écris au sujet de Lili, mais tu oublies l’essentiel quand tu la décris avec tant de complaisance masculine (et puis, c’est « mon » personnage…)  Elle ne t’appartient pas, pas d’avantage qu’à Martin. C’est une femme air et eau, un amphibie, d’ailleurs elle a toujours avoué avoir la sexualité d’une tortue de mer… (Si tu ne sais pas ce que cela signifie, n’hésite pas à me le demander…)

Blanche »

Yoshka lui avait répondu par un long texte fort documenté (Il avait  finalement aimé  l’idée d’une sexualité de tortue de mer pour une héroïne) qui se terminait par un article d’une encyclopédie sur la reproduction et l’accouplement des tortues : « Lors de l’accouplement, le mâle s'accroche par ses deux griffes antérieures (qui sont donc des caractères sexuels secondaires) à la carapace de la femelle. Les femelles peuvent conserver les spermatozoïdes des mâles durant plusieurs mois ou années dans un repli de leur oviducte. Les femelles ne pondent que sur leur lieu de naissance, à quelques mètres ou centaines de mètres près, suivant les espèces. »

Bon, je ne sais pas si nous sommes très avancés sur la sexualité de Lili Lemaire…

Yoshka.

 

De Blanche à Yoshka,

Oh comme tu es émouvant avec tes recherches ! Finalement tu me donnes des idées que je n’avais pas. Cela me plait beaucoup de supposer que Lili, comme les tortues de mer, ne peut s’accoupler que près de son lieu de naissance (et pour tout te dire, je la comprends…) Initialement cette boutade m’était venue pour son caractère exotique, sans que je sache exactement pourquoi je l’utilisais. Maintenant, j’aime bien l’idée de l’eau, de Lilli offerte et silencieuse dans une relative indifférence. Quant à supposer que comme une tortue sur le dos, Lili serait systématiquement passive, il n’y a qu’un pas et je ne le franchis pas. Car ce n’est pas parce qu’une femme se montre léthargique en amour qu’elle le demeurera en toute circonstance et avec tous ses partenaires. Il y a des miracles, c’est affaire de rencontre… C’est si long une vie de femme, une vie sexuelle, une vie amoureuse qu’importe ! Oui, on peut supposer qu’il y a des temps morts, des périodes « tortue de mer » et j’y pense, surtout à Thorville, entre l’habitude, et les tempêtes de nord ouest quand il n’y a rien à faire d’autre que d’attendre…

Mon cher Yoshka, malgré tes nombreux talents, ne me dis pas que tu es narcissique au point de ne pas avoir repéré « quelques tortues de mer » dans tes conquêtes…

Je t’embrasse

Blanche

 

Blanche avait imprimé ces deux derniers mails et les gardait dans son cahier. Maintenant qu’elle se trouvait confrontée au caractère de Lili, elle les relisait, cherchait une passe, un signe quelque chose qui l’aurait mise sur la bonne voie.

En fait, ce qui échappait à Blanche c’est le caractère solaire, l’instinct du bonheur de Lili et peu importe ce que sa sexualité en traduisait aux yeux des autres. Elle aimait, de tous ses pores, de chacune de ses cellules, elle aimait tant et si bien qu’il n’était pas rare qu’elle jouisse seule du spectacle de la vie qu’il s’agisse d’un lever de soleil sur les falaises ou de tout autre chose.

Rien n’était prévisible pour Lili.

Sauf Thorville,  cette volonté d’y vivre, d’y aimer ou plutôt d’y partager son plaisir.

Elle savait attendre ce qui revient à date précise : les saisons,  les oiseaux migrateurs mais parfois aussi, d’autres ombres, des souvenirs que rien ne peut faire oublier.

Lili était une femme d’air et d’eau, une Vénus callipyge dont le corps traduisait ce don particulier pour la lenteur.

à suivre...

 


 

Par Sybille de Bollardiere
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