La rivière, 25 décembre 2009
Nue dans le vallon détrempé par la fonte des neiges, la rivière
Et pour vous, en ces derniers jours de l'année
Mes voeux d'eau et de lumière
D'amour et de sérénité
S. de B.
La rivière, 25 décembre 2009
Nue dans le vallon détrempé par la fonte des neiges, la rivière
Et pour vous, en ces derniers jours de l'année
Mes voeux d'eau et de lumière
D'amour et de sérénité
S. de B.
Ton visage entre mes mains
Et ces yeux où je me regarde
Depuis tant d’années
Sans jamais me reconnaître
* * *
Le temps d’un éclair
D’un de ces éclairs bleus qui lèchent les rails
Le temps d’une gare
Au hasard de cette vie étrange
Et je repartirai
Dans l’humide brume d’un soir de décembre
Les yeux pleins de nuit
Le temps de l’amour
Le temps de l’oubli
Et je repartirai
* * *
Au Champ de Mars ce 17 décembre ... Et vous pouvez découvrir les autres clichés de cette journée sur la page d'accueil en
bas à droite "Les albums photos"
Quelle est la couleur de l'absence ?
Ce soir j'aimerais que l'on écrive à ma place... Oh pas un roman, juste un poème comme vous savez les faire, légers, doux comme les larmes et le jour qui s'en va. Oui c'est une curieuse idée mais voyez-vous, j'ai de la peine et pas de mots pour l'envelopper, pas de mots pour partager et j'aimerais tant pouvoir le faire.
J'ai perdu une amie, mon amie... Vous l'auriez aimée, elle peignait la mer et s'était installée à son chevet pour en capturer l’éclat. Elle aimait les vagues ; les domptait au bout du pinceau tout en accueillant les visiteurs. Aujourd'hui dans l’atelier désert, elles déferlent sur un paysage inhabité. Elle était ma fenêtre sur la couleur, le peintre des fleurs, celui des lendemains aussi ; des matins, des projets, "tout ira bien tu verras" "je te rappelle bientôt" "Nous irons à Zanzibar". Mais le temps s'est arrêté comme les promesses de voyage que je n'ai jamais tenues. Le carnet à quatre mains je le dessinerai toute seule avec ses couleurs dans les yeux pour peindre ces fleurs qu'elle ne verra pas. Inutile chagrin qui ne ramène rien, pas même un grain de sable. L'horizon lui appartient, mes mots à venir aussi.
à Martine Gayet
J’écris, enfin je crois, depuis toujours et pourtant je n’y arrive pas.
J’ai baptisé mon journal « la voie d’accès » mais je sais bien qu’il n’arrive nulle part. Un journal ne se publie pas, ça ne se fait pas. C’est une voie à sens unique dans laquelle l’auteur se délivre avant d’écrire autre chose. Un journal, c’est tabou et insignifiant comme une journée, misérable et grotesque comme la peur, le doute, les faux espoirs et la fatuité aussi.
Au fond l’écriture c’est avant tout une histoire de territoire, un lieu que l’on habite et que l’on défend - sa langue – dans le désordre parfois. Ecrire, c’est violent, doux, familier, étrange, terrifiant éprouvant, passionnel, raisonné et courageux. C’est la vie, mais celle d’à côté et bientôt il ne vous reste plus que ça, cet instant décalé où l’on écrit déjà dans sa tête avec sa sueur d’encre au front.
L’écriture c’est un territoire que l’on surveille et que l’on délimite tout en repoussant sans arrêt ses frontières. C’est le vide, l’attente, le guet, la veille, mais aussi l’épuisement, le relâchement, les mots qui se perdent. La trahison des nuits se mesure au jour dans l’éclat de l’impitoyable lumière. Et ce double qui vous fuit, se rapproche, vous séduit, vous emporte et vous abandonne sans cesse.
Ecrire, c’est nommer, l’innommable parfois. C’est s’avancer à tâtons jusqu’au bord du gouffre, se pencher, vertigineuse, vers cette fosse commune avec la tentation d’en parler et pour finir : la tentative désespérée d’écrire autre chose. « Non, je ne peux pas, mais plus tard, un jour, il faudra bien ». Parfois on se dit qu’il faut écrire un chef-d’œuvre et alors le reste ce ne sera plus la peine, il y le journal pour ça.
Comment se délivrer de soi sans encombrer l’autre ? On essaie de transformer la matière de l’écrit jusque dans la moindre de ses particules, on cherche du liant, le balancement des phrases et ses mots conquis en poésie, toujours fidèles au poste. On fait de l’authentique avec la part reniée de soi-même, comme un faussaire qui n’aurait pas le choix… Parce que la fosse est toujours là avec le hurlement des chiens et les yeux jaunes de ceux à qui on n’a rien dit et qui pourtant la devine.
Oui, écrire c’est parfois renoncer à écrire et accepter de pleurer, muette sur ce que l’on ne sait pas transformer. Assis devant l’écran de ses jours gris, le corps s’efface et songe à cet autre dont il avait rêvé. Ecrire à deux voix, je ne demandais que ça, petite, quand j’inventais l’histoire et qu’on me tenait le stylo. La pensée naît du corps, l’écrit est dans son sillage comme une barque sur la mer. Je crois que j’écris comme on prend la mer, pour tout quitter et tout retrouver.
Parfois je crois que je pourrais vivre sans écrire mais cela ne dure jamais bien longtemps. Les chiens sortent de la fosse et puis, il faut tout recommencer… Et les débuts sont si difficiles, on l’oublie parfois. On recommence à écrire… A regarder « en mots » tout ce qui nous entoure, ça calme et ça éloigne, on devient gentil et solitaire, fréquentable et malheureux. L’écrit c’est un écran entre les autres et soi qui ne cède pour ainsi dire jamais, parfois, on le souhaiterait, par exemple en amour.
J’écris contre la nuit, contre la mort, l’absence et la peur. J’écris pour durer et réparer et tous ceux qui écrivent sont de ma famille, c’est une évidence depuis l’enfance.
Il faut le dire aussi, écrire c’est un bonheur unique, la jubilation même, lorsque l’on s’approche de la justesse sans pour autant quitter la brièveté. Ce que l’on arrive à dire doit tenir entre deux points – Ce pourquoi j’aime les phrases longues…
Bonheur aussi avec la sensation d’être l’élue qui accueille chaque instant deux fois. Femme éponge qui se réjouit avec la vie, chaque manifestation de la vie : ce matin quelques grains de sable poussés par le vent et hier le souvenir du bruissement des peupliers qui inonde une vallée. L’écriture c’est parfois l’immobilité, l’instant pétrifié, saisi, quand on va au fond de soi. Alors on se ravise et on se dit « qu’une autre fois, plus tard » et on va dehors… Regarder ceux qui marchent, rient et se prennent la main, on se met à les décrire, à se les approprier en imaginant non seulement leurs vies, mais leur corps, leur intimité et leur histoire.
C’est comme cela, qu’un jour il vous arrive d’être publiée.
Publier, c’est cette ouverture vers la lumière, la porte invisible qui délimite un seuil que l’on met pourtant beaucoup
de temps à franchir. Publier c’est blanc, propre comme le papier. C’est fixer, délimiter, certifier, corriger et comptabiliser ses mots, son travail. C’est aussi couper, signer et porter son
masque, tout en posant son crayon, l’ardeur des nuits et des jours. Il faut se détendre, retrouver son corps, son genre aussi. Quand j’écris, je suis du genre féminin pluriel, j’ai le
« nous » facile. Publier c’est revenir au féminin singulier quand on est jeune, au singulier tout court quand on est plus âgée.
Etrange à vrai dire, enthousiasmant parfois. On se dit qu’on en a fini avec la fosse commune, les cris des chiens et cet autre risque qui guette parfois les muses d’écrivain : finir en note de bas de page dans La Pléiade…
Publier, c’est remercier, dédicacer, empaqueter, écouter oui, écouter l’autre enfin. Cet autre qui s’approche un peu gauche et à qui l’on voudrait dire à voix basse :
- Viens c’est pour toi ce livre ! Lis tout, jusqu’au bout ! Tu aimes ? Non ne me remercie pas, je vais recommencer.
On se relit, stupéfait. Le livre que l’on ne voulait pas écrire finit toujours par vous rattraper. Ca vient de biais par un personnage anodin qui dit des choses que l’on connaît très bien car l’écriture c’est aussi un combat souterrain.
Un matin on se dit que publier, c’est le désert des Tartares, on est devenu le héros inutile de son livre alors, vite il faut s’enfuir et retrouver la douceur du silence. Dans la solitude de l’écriture il y a la douceur d’être à soi dans le cocon de ses mots, l’enveloppement de sa syntaxe. Bientôt à nouveau il n’y a plus rien d’autre.
L’écriture ça me protège et m’édifie.
A Richard L.
Sybille de
Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a
publié Alizarine,
poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman
Ramsay 2004, (Prix La Fayette) Une femme d'argile, L'Editeur, 2011. Membre du jury du Prix Rive Gauche à Paris
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