Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Voie d'accès

Zurich, terminus nord

17 Septembre 2016, 15:44pm

Publié par Sybille de Bollardière

La digue - Zurich - Frise, Pays-Bas
La digue - Zurich - Frise, Pays-BasLa digue - Zurich - Frise, Pays-Bas
La digue - Zurich - Frise, Pays-Bas

La digue - Zurich - Frise, Pays-Bas

Ecouter Brel au petit déjeuner, Les Flamandes, Quand on n’a que l’amour. Aimer l’imperfection du vinyle, l’orchestration un peu datée. Aimer ce bout du monde, escale à fleur d’eau et de ciel, blotti contre la digue.

La digue, un mur, une montagne, un rien contre le tout qui peut advenir et ne dit jamais son nom. La digue pour unique paysage sous le ciel rose de septembre. Nous sommes à Zurich aux Pays-Bas, mon terminus nord pour l’instant. Elle m’a servi un copieux petit déjeuner tout en vérifiant son dernier ouvrage au tricot, des chaussons pour bébé en laine chinée rouge brique. J’ai avalé la tour de flocon d’avoine, le fromage blanc, les fruits en rêvant de tartines beurrées. En la regardant s’éloigner vers la cuisine, j’ai remarqué la finesse de ses jambes, l’hésitation de sa démarche et son regard cherchant où se poser dans la pièce. Ici rien n’a changé depuis quarante ans. A Zurich Le temps arrêté s’est chargé de relier les pelouses du cimetière à celles du jardin. Ainsi son enfant, son aîné, dort-il pour toujours à portée de fleurs et de peine, à l’ombre du clocher.

Les maisons fermées s’affaissent les unes après les autres sous l’assaut des roses trémières et des lianes. On ne vient plus à Zurich que pour vieillir, comme ce boucher occasionnel qui tangue entre deux bières en livrant la viande du dîner.

Sur la digue, la brise s’est levée. Je marche au milieu des troupeaux, les yeux vers l’horizon. Aujourd’hui rien ne signale les îles de la Frise si ce n’est quelques voiles venues de Harlingen. Café au soleil devant l’unique hôtel où la pendule égrène le temps immobile. Les invités sont arrivés, venus des Iles sous le vent - Aruba, Curaçao - pour fêter le dernier bébé, bien vivant celui-là, d’ici et d’ailleurs, café au lait comme on disait autrefois. Elle le prend dans ses bras. Une odeur de lait caillé l’enveloppe, elle essuie les lèvres du nouveau-né en souriant et me parle mais je n’entends plus, noyée sous le vent moi-aussi. Entre toutes les langues : Néerlandais, Frison, Anglais, je navigue en terre inconnue et fuis en français, stylo en tête, vers la page, la mer, le vent.

Terminus nord. Elle reprend son tricot, l’enfant repus s’est endormi. Les corrections des livres terminées, nous allons bientôt repartir vers le sud.

 
Vous pouvez également me retrouver sur le site de La Passagère édition et vous abonner pour être au courant de nos dernières activités littéraires.
Zurich, terminus nordZurich, terminus nord