Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Voie d'accès

Jonas aux cent mémoires

14 Janvier 2021, 14:13pm

Publié par Sybille de Bollardière

#ARIF (Alternative Reality Illustrated Fiction) 
Précédent épisode Le chat de Sakhaline

Hier j’ai passé un long moment dans la caravane avec Jonas. Il était plutôt satisfait des réactions des lecteurs à la suite de la publication du Chat de Sakhaline. Bien décidé à poursuivre l’aventure, il comptait se remettre très rapidement au travail. Quand nous avons évoqué les raisons qui le poussaient à vouloir participer à un atelier d’écriture en ligne, il m’a répondu : 

« Ecrire ma vie …

- Oui mais qu’est-ce qu’une vie de robot ?

- Une mémoire…  M’a-t-il répondu en me fixant profondément de son œil bleu.  Puis il a ajouté sans ciller :

- Et ma mémoire en contient beaucoup d’autres… Tu comprends ? 

Non je ne comprenais pas vraiment ou je n’avais tout simplement pas envie de l’écouter.

- Je préfère te lire Jonas…

- Il y a pourtant un moment où nous devrons parler… J’ai besoin de tes conseils… Par où dois-je commencer ?

- Ecris ce qui te vient à l’esprit, nous mettrons de l’ordre après.

- Alors je vais raconter ma vie à Albaminor…

Jonas est retourné à son clavier tandis que confortablement installée dans le fauteuil face à ses écrans inter sidéraux, je me suis laissé aller à rêver devant le ballet des satellites et des étoiles. Un monde inconnu et silencieux, la nuit intergalactique. Ou était-il celui que j’aimais ? Pourquoi depuis un an ne pouvais-je l’imaginer que flottant seul et perdu dans cette immensité glacée ?  Jonas a interrompu ma rêverie :

- Tu le cherches toujours ?

- D’une certaine façon oui !... Mais comment sais-tu de qui je parle ?

- Je te regarde depuis quelques semaines… J’ai visité ton jardin et puis tu oublies que je te lis aussi. Il fait très beau, veux-tu que nous allions marcher ?

Non, c’était gentil de me le proposer, mais je n’y tenais pas, la vue sur le jardin depuis la caravane me suffisait. Il commençait à faire froid et le soleil se couchait. J’ai allumé le poêle et Jonas s’est remis à écrire. J’ai admiré la finesse de ses mains, l’agilité et la vitesse avec laquelle elles effleuraient les caractères.  Concentré sur son écriture, il n’a pas réagi lorsque je me suis levée. Il relisait chaque phrase écrite à voix haute pour en vérifier l’équilibre et la fluidité.

« Albaminor était pour nous la planète idéale, la terre promise du système Képler 62 dont nous rêvions tous, enfin autant qu’il est possible à un Androïde de rêver. Nous étions conditionnés pour l’atteindre pour l’exploiter, pour en tirer le meilleur parti et nous nous pensions libres. La planète satellite recevait suffisamment de lumière de la naine orange pour que les androïdes de Svobodny2 puissent y travailler, forer, et recueillir les précieux métaux que les navettes cargo se chargeaient de rapporter. Le problème, c’est que je n’étais pas réellement un robot de Svobodny. Si j’avais séjourné presque dix ans sur Sakhaline, suffisamment de temps pour connaitre des générations de robots et de chercheurs des bureaux d’études, je venais d’ailleurs, une sorte de rescapé aux cent mémoires… »

Après un rapide signe de la main à Jonas, j’ai refermé la porte de la caravane et je me suis dirigée vers la maison sous une nuit criblée d’étoiles. Moi aussi j’allais rêver d’Albaminor, je me voyais la dessinant, j’imaginais son ciel, d’autres lunes, d’autres étoiles et parmi les vibrations de cet océan en mouvement, peut-être la trace que je cherchais.

Episode suivant :  Albaminor