Chroniques


Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 14:55
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ecriture 3096

Chevaux sauvages, bouleaux, peupliers, palissades de bois et fenêtres de couleurs vives pour réveiller le ciel. Plus loin une rivière sur son lit de pierres et enfin les steppes, une terre légère qui se soulève au vent. Du Baïkal à l’Issyk-Koul, j’énumère un décor où s’installer le temps d’un livre. Le crayon à la main, je voyage sur d’anciennes traces en suivant d’improbables routes sur des cartes jaunies qui parlent de pays qui n’existent plus, à la recherche d’un peuple qui ne se reconnaitrait pas. C’est juste une route de nuit à travers le temps et l’espace, un projet vieux comme l’insomnie et plein de vie comme un livre à venir. Il y aura Yoshka qui se réjouit déjà et se voit en caravane au pays des yourtes mais qu’importe, en bon personnage  il fera ce que je lui écris et de toute manière il a un désespoir plein d’avenir et il le sait.

 Et pendant ce temps-là, l’automne s’installe et pour la suite je ne suis pas pressée. La liberté est surendettée et les printemps ne font plus rêver. L’Olympe et ses dieux fatigués ont pris le maquis, c’est le retour à la terre. C’est décidé, je serai animiste, pour un dieu sage et muet qui préside en silence la grande roue de l’univers et s’honore en chaque chose du minéral au végétal, en chaque être vivant, sans aucune préséance.

Par Sybille de Bollardiere
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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 16:20
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J'écris souvent le dimanche, et parfois en semaine dans le train, ballotée entre les visages fermés et le charme abandonné des friches SNCF. J'écris sur les voies, entre tags et lianes, détritus et sureau en fleurs, entre silence et brouhaha, solitude et promiscuité. J'écris sur un cahier replié sur mes genoux, à la sauvette et si possible très petit pour qu'on ne puisse pas lire par dessus mon épaule. Parfois si petit que je ne peux pas me relire.


Quand le train quitte les quais et s'enfoncent dans les sous-bois, mes personnages s'animent alors qu'il suffit d'approcher d'une gare pour que je cherche mes mots. Que voulez vous, l'écriture, le roman surtout, est un voyage ferroviaire que l'on croit mettre sur les rails en oubliant les rencontres et d'imprévus aiguillages. Et puis il ya ces gares où montent des personnages et d'autres stations en rase campagne où ils débarquent quand on croyait finir le voyage avec eux.

J'épouse le rail, son rythme et berce ma phrase entre les hoquets d'un train de banlieue, les yeux rivés vers ces grues métalliques qui se perdent dans le ciel de la ville. Déjà le gouffre m'aspire loin des lisières, un train qui s'en va braille sur une autre voie une langue inconnue et  le silence bleuit l'horizon, comme cette page blanche que je referme pour d'improbables lecteurs.

juin 2009

Par Sybille de Bollardiere
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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 15:38
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Par Sybille de Bollardiere
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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 10:20
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Par Sybille de Bollardiere
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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 13:30
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Cabane au bord du Baïkal par Kamil Otocki (Google Earth)

Dimanche 16 octobre

Premières vraies gelées ce matin. Le soleil envahit ma chambre. Silence total et bonheur de lecture avec Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Ma part ermite se réjouit à chaque page, confortée. Oui, la solitude ne nous veut que du bien, elle nous façonne à la mesure du paysage qu’elle a pour cadre. Le livre de Sylvain Tesson est le récit d’un voyage immobile dont je dirai simplement qu’il nous renvoie à nous-mêmes. Pour moi c'est un livre important, émouvant par ce corps à corps entre l'immensité de la taïga et l'infinitivement petit d'une vie. Six mois consignés jour après jour, répartis en six chapitres de février à juillet... Il est question de neige, de vent, du hurlement des glaces, du bois à couper et du temps, mesuré, écoulé.

     Le temps, voilà ce qu’il nous reste à conquérir, ce que je m’attache à récupérer, à dénicher ici dans cette vallée cernée de forêts. Un temps perdu pour d’autres et utilisable pour moi seule. Il m’arrive de redouter toute occupation prévue loin d’ici ou tout simplement des courses à faire, synonyme de gâchis de temps.

     Ecrire c’est cela, amasser du temps comme on fait des tas de bois pour l’hiver, le regarder passer, vibrer, le faire couler entre ses doigts au fil des mots. Parfois je crois qu’il devient important de se débarrasser de l’idée même de roman, de fiction. Dans les forêts de Sibérie me le confirme, l’histoire n’a pas d’importance, c’est du temps suspendu. L’émotion véritable vient de ce temps sur lequel nous n’avons aucun pouvoir, ce temps immense, vertigineux, qui se dérobe sous nos pas. Elle vient aussi de tous les vrais sujets que l’on retourne sans cesse en marge du roman.

 

     De quoi parle-t-on si l’on n’écrit pas sur le temps, l’espace, l’ennui, la solitude, la peur, le froid, l’eau, l’amour, la peine, la forêt, le silence… Sur ce qui passe, défile et égrène le temps que nous ne pouvons retenir : étoiles, nuages, vagues, saisons, oiseaux, une trace sur la neige comme une voile à l’horizon…

     L’isolement volontaire, c’est parfois vouloir du bien aux autres, je pense aussi que c’est la seule façon de venir à bout de soi, de se résumer à un matériau que l’on travaille indéfiniment. Le silence et marcher font partie de cette œuvre au noir nécessaire, je pense à ces noms de lieu, perles de prière pour le marcheur. Dans les forêts de Sibérie, les perles restent en bouche pour le plaisir : Pokoïniki, Zavarotnoe, Ielochine, Ouchkany… Et puis parce que la solitude en croisent parfois d’autres, même si elles ne se désignent pas comme telles : Volodia, Sania, Igor…

Sylvain Tesson écrit avec humour : La Solitude : ce que les autres perdent à n’être pas auprès de celui qui l’éprouve…

    C'est surtout une belle histoire d’amour, beaucoup plus exigeante encore que toutes les autres, elle vous affute comme un crayon.



 Baikal-par-Wal-.jpg

 Le Baïkal en hiver par Wal+ (Google Earth)

Par Sybille de Bollardiere
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S. de B. Sybille de Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a publié Alizarine, poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman Ramsay 2004, (Prix La Fayette)  Une femme d'argile, L'Editeur, 2011.  Membre du jury du Prix Rive Gauche à Paris




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