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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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L'Amour en Zone Inondable


Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /2009 21:57
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Probablement en raison de l’automne qui fit son apparition plus tôt que prévu, mais aussi grâce à la désagréable impression qu’avait laissée mon irruption dans le bureau de Blanche, celle-ci se remit à écrire. En réalité, il serait plus juste de dire qu’elle se relut. La lettre de Tolya n’avait fait que brouiller les pistes. En relisant ses notes et les dernières pages qu’elle avait publiées, Blanche réalisa qu’elle avait oublié de parler de l’enfance de Lili –alors que cette dernière lui tenait particulièrement à cœur.  Elle se sentie envahie par le doute. Cette histoire de lettre lui parut aussi absurde qu’il lui était évident qu’une personnalité telle que Lili ne pouvait se contenter de rêver d’une relation vieille de quinze ans. Certes, le lecteur pouvait croire à l’existence de Tolya, à la rigueur à une brève liaison qu’il aurait eue avec Lili, mais il n’était guère possible de l’entrainer au delà. En relisant cette fameuse lettre, Blanche eut une curieuse impression de déjà vu. Tolya, était trop exotique pour être sincère et son message d’amour s’adressait finalement plus à lui-même qu’à une femme aimée.  Voila qui lui rappelait furieusement Yoshka. C’était bien sa manière de faire et elle le soupçonna très vite d’avoir simplement utilisé pour le roman une des lettres adressées à ses conquêtes.  Bien entendu il était hors de question de demander à Yoshka une nouvelle participation, pas plus qu’il n’était envisageable de l’appeler en l’accusant de recycler ses missives amoureuses. Yoshka n’était pas plus sincère en écrivant qu’en aimant, l’un justifiait l’autre. Il aimait pour écrire et écrivait pour se faire aimer et bien entendu, l’objet aimé n’était jamais l’objet aimant. Blanche n’était ni l’un, ni l’autre, tout au plus un de ces innombrables hasards dont Yoshka jalonnait son parcours.


Elle avait voulu écrire à deux voix et se retrouvait au pied du mur. Son histoire se délitait dans les affres de sa relation manquée avec Yoshka. Elle se rassurait comme elle pouvait en songeant qu’il ne lui manquait pas plus que cette saison écoulée où elle l’avait vainement attendu. Tout en arpentant les rives détrempées de l’Eure, Blanche se disait qu’avec un peu de chance, une bonne tempête lui apporterait la solution.  Elle se remit à écrire tout comme Martin se remit à aimer. L’une en épiant les ciels d’automne, l’autre en  surveillant les tiroirs de la table de nuit de Lili, sa boite à lettres et sa messagerie.  La suspicion gagnant du terrain et aiguisant son désir, Martin prit l’habitude de repousser au lendemain ce qu’il aurait du faire le soir même et ses patients de Fécamp, tout comme ceux de Thorville commencèrent à le taxer de négligence.

 

Il débarquait chez Lili presque tous les soirs, rangeait sa voiture le long de la route et descendait le chemin qui borde la rivière tout en éteignant son portable. Il se voulait libre de l’aimer et de n’entendre que sa voix. Même  la présence de Julien l’irritait, s’il tolérait de le croiser, celui-ci ne devait pas s’incruster ; d’ailleurs Lili l’avait compris, un soir, en apercevant la haute silhouette de Martin dans le chemin elle prit Julien par l’épaule.

- Allez viens, je vais te raccompagner un bout de chemin, il y a Martin qui…

- Oui je sais, il ne veut pas me rencontrer !

- Mais pas du tout, il préfère me voir seule, c’est un peu normal non ?

- Avant je l’aimais bien…

-Arrête Julien !

-Je sais pas si je vais le supporter… Même Véronique pense que c’est pas un bon médecin. D’ailleurs à Fécamp on dit que…

- Je ne veux pas entendre ça !

- T’as tort, c’est grave, après il sera trop tard.

Lili prit Julien par le cou et l’embrassa 

- Tu es jaloux ! C’est stupide

Ils sortirent dehors et croisèrent Martin devant le pont. Julien baissa les yeux et ne répondit pas à son salut, quant à Lili, elle l’embrassa rapidement tout en lui glissant :

- Je raccompagne Julien et j’arrive, sers-toi un verre, j’ai fait du feu.

Lili embrassa distraitement Julien au bout du chemin en lui promettant de venir le voir dès le lendemain  puis elle le chassa de ses pensées. Dans l’écheveau des nuages, un soleil violacé amorçait sa descente. Une brise de mer caressait les falaises et emportait vers l’est le cri des goélands. Lili marqua le pas et regarda la grève en frissonnant.  Elle aimait l’idée que Martin l’attende et que ce soit elle qui le découvre en ouvrant la porte. Elle savait qu’il aurait installé une couverture devant le feu, préparé un plateau avec du chardonnay pour elle, un whisky pour lui. Martin était un homme persévérant  et sans imagination mais, en matière d’amour, cela avait du bon et Lili aimait les clichés amoureux.  Si Martin n’hésitait pas à refaire avec application ce qui lui avait semblé agréable, il se montrait néanmoins toujours prêt à céder à une demande inattendue. Lili, experte en fantaisies sensuelles, mais peu douée pour les relations sérieuses, fit de grand progrès avec lui. Elle lui apprit la liberté des corps dans le bavardage des âmes et découvrit sa rigueur amoureuse dans les longs rituels silencieux de Martin. La menace d’un retour en grâce de Tolya se dissipa, du moins dans l’esprit de Lili qui renonça pour quelque temps à le retrouver. Il est vrai que ses dernières recherches n’avaient rien donné. Il n’en fut pas de même pour Martin, qui ne cessait de réecrire sur le corps de Lili cette fameuse lettre où il avait été question de passion.  La brune solitaire de Thorville était devenue sa raison, son enfer aussi car, pas un seul soir il n’eut la certitude de l’avoir possédée au point d’effacer le souvenir de Tolya.

 

Alanguie dans le plaisir et parlant d’autre chose que d’amour dès qu’elle en avait l’occasion, Lili ne prit jamais la peine de révéler à son compagnon que Tolya, doux rêveur, n’avait jamais été qu’un grand émotif et un piètre amant. A vingt ans elle ne pouvait le savoir et quinze ans après, elle avait la faiblesse de ne pas s’en souvenir.

Blanche relut sa page en souriant, elle aimait l’idée de Martin en forçat du plaisir, redoutait d’en dire plus mais, émoustillée par ce qu’elle venait d’écrire, elle oublia ses résolutions et adressa un mail à Yoshka.

Ce dernier ne se posa aucune question, le mail de Blanche résolvait la plupart de ses problèmes. Son invitation pressante le dispensait d’affronter une fin de mois difficile et le vide existentiel  dans lequel l’avait laissé sa brève liaison avec lucy. Les tempêtes d’équinoxe ne lui disaient rien, alors pourquoi prolonger son séjour à Jersey ?

 

A suivre

Par Sybille de Bollardiere
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /2009 22:15
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C’était écrit noir sur blanc et c’était ça qui comptait, cette lettre lui était adressée à elle, Lili. Elle parlait d’amour comme on instille un poison et justement elle, cela l’avait sauvée. Peu lui importait que Tolya soit trop étrange pour être vrai, trop érudit pour être marin et à vrai dire, trop de tout pour être lui-même. Elle avait aimé ses mots. Le soir, il y avait eu une longue explication avec Martin et Lili s’était complue dans les délices de l’aveu. Elle avait avoué sa faute avec délectation, confessé sa passion, son passé avec, dans le désordre, le fruit de l’amour et les circonstances atténuantes : l’enfance vagabonde, la liberté, l’amant voyageur, les soirs de tempêtes et ces grottes où il fait bon s’aimer au coin d’un feu d’algues sèches.


Avant de s’enfermer dans un silence coupable, elle jeta avec condescendance quelques vagues regrets aux pieds de Martin. Il fermait les yeux et lui tenait les mains. La révélation lui était à la fois voluptueuse et cruelle. Ce qu’il avait toujours su, il le relisait dans les paumes sèches qu’elle lui avait offertes, comme ses demi-vérités censées apaiser son angoisse. « Non, elle n’avait pas mis Tolya au courant de la naissance de Julien, pas plus qu’elle ne lui avait écrit »


Martin s’en était voulu de son interrogatoire, tétanisé par la peur de la perdre il ne mit pas en doute ses réponses et ne réagit même pas quand elle prit sa mine boudeuse pour lui assener un nouveau mensonge :

« C’est vrai, je ne lui ai jamais écrit et puis tu sais, depuis que je te connais, je n’ai plus aucune raison de chercher à le voir »

Elle venait de s’en trouver, une bonne raison. Avec sa jalousie, Martin l’avait mise sur la piste et tracé sa route jusqu’aux délices retrouvées des amours contrariées. Oui, Tolya existait sûrement quelque part et à l’heure d’Internet, rien ne lui parut impossible.


Blanche venait de finir sa phrase, ses mains quittèrent le clavier, elle poussa un gémissement et se redressa. Elle commençait à relire le passage en se tenant les reins quand j’entrai dans son bureau.

- « L’aube succédant à la nuit, il est temps d’interrompre le récit »…

- Vous m’avez fait peur…Que me vaut votre visite et cette tirade…

- Shéhérazade, Mille et une nuits !

- A quelle occasion ?

- Pour rien, cela m’évite d’apporter des fleurs  aux malades

- Vous me trouvez malade ?

- Tout à fait ! Et pourtant j’aimerais bien que vous alliez un peu plus loin dans le récit.

- C’est vrai que je n’en ai plus la force…

- Quelle blague ! Vous n’allez pas me faire croire que vous ne pouvez pas écrire parce que votre nègre s’en tape une autre ?

- Je ne vous permets pas, ce n’est pas mon nègre et il…

- Vous avez raison il ne se tape personne mais c’est pire… Ah je ne sais pas ce que j’ai moi aussi, mais je suis d’une humeur exécrable ! Au fond il n’y a que Lili qui s’amuse dans ce roman et je crains que vous ne soyez pas à la hauteur de ce que j’attends…

- C’est à moi que vous vous adressez ?

- A qui voulez vous que ce soit ? Oui, Blanche, je ne suis plus certaine que vous fassiez l’affaire et je suis à deux doigts de reprendre seule l’écriture de ce roman…

- En tête à tête avec vous-même j’imagine ?

- Exactement ! A moins que….

- Quel nouveau chantage me préparez-vous ?

- Je vous donne huit jours, convoquez tous vos héros, les miens aussi si vous voulez, ceux de Yoshka et au travail ! Je veux la gloire, l’amour, et la passion !

Blanche claqua le couvercle de son PC et se dirigea vers l’escalier.

- Je ne vous propose pas un café, j’imagine que vous avez bu la cafetière en faisant vos corrections ?

Mais pour une fois c’est moi qui avais disparu.

 

à suivre

 


 

Par Sybille de Bollardiere
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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /2009 11:07
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Tout est mensonge y compris le silence, songeait Blanche en épiant la nuit. Allongée dans le noir, elle retardait l’instant du sommeil en surveillant les bruits étranges de sa chambre : craquements suspects, vols de mouches, chuintement de son propre souffle dans les narines, jusqu’au battement de son cœur qui résonnait dans la nuit. La peur, encore une fois, générait son vacarme et rythmait sa folie ordinaire. Elle sombra dans le vide et n’ouvrit les yeux qu'au matin, pour découvrir la réponse de Yoshka.

Chère Blanche,

Je comprends que tu éprouves quelque difficulté à rédiger une lettre d’amour digne de ce nom. Lorsqu’on invente un héros aussi insipide que Martin Hamel, ça a tendance à plomber l’inspiration, je me trompe ?  Tu vas dire que je suis de mauvaise foi, mais  depuis le début, je ne peux m’empêcher de l’imaginer dans sa salle de bains en slip kangourou et avec une moumoute sur la tête. La vérité, c’est qu’il te manque un personnage un peu plus romanesque. Tu veux que l’on reparle de Tolya ? Lui seul est capable de bouleverser Lili. J’ai d’autres héros en magasin pour mon propre roman et je t'abandonne volontiers Tolya. Il est tellement démesuré, qu’à chaque fois que je le mets en scène, je suis contraint d’avaler un doliprane. Mais pour ce qui est d’écrire des lettres d’amour,  il est champion du monde, admets-le ! Le temps de changer le prénom de la dame  et le tour est joué….

 

Blanche interrompit la lecture du mail de Yoshka pour vérifier que la lettre d’amour était bien en pièce jointe. Elle l’était, ainsi qu’une autre, toutes  deux signées Tolya, mais Blanche ne voulut pas les lire  e suite, pas plus que la fin du mail qu’elle mit de côté.

 Elle voulait imaginer à nouveau le visage de Martin repensant à la lettre. Que pouvait-il proposer à la femme qu’il aimait après l’avoir lue ? Surtout que Lili n’avait plus qu’une idée en tête après le médiocre mensonge de son compagnon : filer sur la grève pour relire encore une fois ces mots d'amour  qu'elle avait gravé en elle. Elle souhaitait vérifier que sa mémoire n’avait rien déformé ni embelli. Oui, elle avait aimé, aimé jusqu’à la déraison, aimé jusqu’à l’oubli d’elle-même. C’était l’été de ses vingt ans. Quinze années s’étaient écoulées depuis; des années d’attente et d’oubli intermittent car Lili, en dépit de tout, n’aimait pas les chagrins pas plus qu’elle n’appréciait l’humeur maussade de Martin depuis quelque temps.

La fin de l’été s’annonçait à Thorville et les pluies à venir s’accumulaient à l’horizon tout comme l’orage domestique qui donnait à l’air un parfum électrique. Martin rodait dans la maison à la recherche d'une nouvelle révélation tandis que Lili emportait partout avec elle le reste de son secret.  Car ill y avait plusieurs lettres de Tolya et également un cahier où Lili avait tenu son journal pendant le temps que dura sa liaison. Profitant de l’absence de Martin appelé pour une urgence à Fécamp, Lili se dirigea vers la grève. La mer était basse, une fois arrivée à l’extrémité des rochers découverts, elle sortit la lettre de Tolya de sa poche et la relut :

 

Warfleet creek – Dartmouth

Le 8 avril 1994

Lili, Lili,

Que j’ai aimé ton regard dans l’amour cette nuit ! Et combien il me fait peur aujourd’hui. Tu étais penchée au dessus de moi ; tu tremblais, tu disais des mots inconnus, tu inondais mon visage et je buvais tes larmes ; tu me regardais avec stupeur. Tes yeux m’interrogeaient: « Je t’en supplie, Tolya,  dis moi qui tu es. Je veux savoir. Je t’aime ». Tu te souviens ? Après, tu t’es endormie sur mon ventre. Moi, je n’ai pas fermé l’œil. Ma main était fascinée par ta nuque, captivée par tes épaules. Tu as murmuré  dans ton sommeil. Et tu as ri parfois.

  J’ai peur, mon amour. C’est peut-être à cause de la lumière  qui a éclairé ton corps au petit matin. J’ai oublié le nom du peintre. Certaines beautés devraient être interdites au regard des hommes. Elles font trop mal. Peut-être de savoir que d’autres pourraient les contempler. Un nu n’est pas une falaise.

 Dis-moi, c’est vrai ce qu’on raconte ? Que tu sais te réveiller  des rêves les plus fous ?  Ne me dis pas comment tu fais.  Je ne veux pas que tu m’apprennes.  Oh ! J’ai affronté d’autres périls.  J’ai connu des tempêtes ; j’ai chaviré en mer de Chine ; j’ai survécu dans le désert et même à la passion; j’ai vu des guerres aussi. Pourtant, j’ai peur de revenir.

Tolya

 

Tolya était revenu, il avait même passé plusieurs semaines à Fécamp et rendait visite à Lili par la côte. Elle le guettait sur la grève de Thorville, allait parfois à sa rencontre en longeant le bas des falaises. Des lettres, il y en eut d’autres postées de tous les endroits où le bateau de Tolya jetait l'ancre.  Quant à Lili, elle avait promis d’écrire tous les jours mais elle ne le fit pas. Bientôt les missives du navigateur restèrent sans écho. Comme cette autre que Lili retrouva également dans la table de nuit, près du précieux cahier.

 

15 novembre 1994, quelque part en mer.

  Lili,

J’ai dépassé le Cap Vert. Je m’approche du Pot-Au- Noir par 8° nord. Tu sais combien il est imprévisible.  Tu te souviens quand je peignais des cartes sur ton ventre  et quand ta hanche était le Libéria ? Il te tardait que mon pinceau soit déjà au Gabon. Après tu me suppliais de doubler l’Angola, de filer  trente nœuds vers ton cap de Bonne Espérance. Pourquoi m’as-tu laissé partir ?  Qui a dit que les marins n’ont qu’une seule maîtresse, la mer ? Si tu savais comme je me fous de la mer. Aujourd’hui, je veux bien croire qu’elle est belle comme un Turner, que demain elle sera terrible comme un Géricault. Mais au diable la peinture. Tes yeux aussi sont changeants et l’art n’imitera jamais tes yeux.

 Lili, combien d’hommes as-tu  écorchés vifs en les effleurant d’un sourire ? Tu m’as menti : tu n’es pas de Normandie, tu es de Brocéliande. Ton vrai nom est Morgane. Je posterai  quelques lettres en Sierra Léone. J’y trouverai bien un enfant-soldat qui acceptera de me fusiller contre un verre de Coca.

Tolya

 

Lili avait espéré chacune des lettres de Tolya, elle les lavait lues en pleurant avant de les ranger dans une grande enveloppe en kraft brun en se jurant d'y répondre, plus tard, après la naissance de l’enfant… Mais Julien vint au monde un peu plus tôt que prévu et à vrai dire rien ne se passa comme prévu.

Blanche regarda par la fenêtre l’Eure qui se gonflait déjà des pluies de fin d’été. Elle soupira et se résolut à lire la fin du message de Yoshka :


Tu vois, Blanche, c’est facile de parler d’amour, il suffit juste d’aimer à en crever. Elle a envie de crever d’amour ta Lili ou de mourir d’ennui avec Martin ?

 Laisse-moi réfléchir… Voilà ! Tolya ne supportait pas les changements d’humeur de Lili  et ses caprices de femmes gémeaux. Alors, il est parti. Blanche, ma très chère Blanche, si ta Lili tombe amoureuse de Martin, c’est que tu n’es pas faite pour la littérature. Ou pour l’amour. Au fond, c’est la même chose, non ?

Yoshka

 

Le caprice de Lili s’appelait Julien, mais Yoshka, pas plus que Tolya son héros, ne pouvait le savoir. Lili n’était pas une mère ordinaire, elle choisit pour son fils l’ombre protectrice du secret et de la généreuse Véronique.  Tolya  se crut oublié  et  Lili découvrit la patience. Elle avait aimé à Thorville et se sachant faite pour le bonheur, elle décida de rester fidèle à cette brèche dans la craie blanche des falaises. Bien sûr, il y eut des hommes, beaucoup d’hommes. Ils venaient tous par la mer et lui rappelaient Tolya. Tous, sauf Martin qu’une tempête avait conduit sur sa route. C’était un signe, pensa-t-elle...

 Mais les signes mentent aussi, songea Blanche en terminant son épisode. Elle avait espéré qu’une lettre d’amour en cacherait une autre…

A suivre

(En collaboration avec Richard L.) 

Par Sybille de Bollardiere
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