Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 08:41
- Publié dans : Poésie

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Ma terre d’écume

Exsangue au pied des falaises

Claquant des dents dans l’air acide

Mais irrémédiablement belle,

Invincible et tranchante

Comme l’arrête des mots

Et l’exigence des sentiments à venir

 


Par Sybille de Bollardiere
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Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 21:22
- Publié dans : Poésie

Dans le clapot des îles

Et sous la griffe des mangroves

Je t’ai cherché Toi, Mu-Ghindo,

La statue qui parlait à mes rêves

 

Je suis la fille des pilleurs d’Afrique

Et le pas des régiments marche sur mon cœur

J’épouse les guerres et les naufrages

La violence et l’oubli

Sous la tôle qui résonne en tam tam

Quand le soleil bat midi

 

J’épouse les cartes jaunies

Les villages anéantis et le recul des forêts

Pour un dieu minéral

Qui sème ses étoiles dans le grand marécage

Et nos gènes apatrides sur tous les continents

 

A cet autre, mon double

Qui attend et redoute le pire

J’offre ce partage des eaux

Et toutes les plaies de la terre

Où nous trouvions refuge

 

Enfants à jamais dans les limbes d’argile

Nous serons pilleurs d’étoiles un jour

 

Les poèmes du Djoué

 

Par Sybille de Bollardiere
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Dimanche 3 avril 2011 7 03 /04 /Avr /2011 11:04
- Publié dans : Poésie

Non pas un pays pour y vivre

Ni même pour y mourir

Une simple urne de couleur

Où l’on trempe son corps pour écrire

Un pressoir à douleur

Pour que le fleuve pleure

La sève des forêts

Pour que le poète découvre l’unique pierre

Et s’en frappe humblement le front.

 

Pas de saison si ce n’est

Celle de l’eau ou son absence

La sueur et les pluies, l’oubli

Et des routes abandonnées, inondées

Sans cesse remaniées

Pour que le poète n’ignore rien

De sa destination

Pour qu’il se souvienne

Que l’écriture n’est

Qu’une liquéfaction de plus.

 

Le vacarme des nuits

Sur la chaleur des jours

Les lampes grésillent d’insectes

Quand le soir s’avance

Luisant comme la peur de l’ombre

Pas une aube de silence

A midi le coq chante encore

Quand le poète s’endort

La main collée au papier

 

Feuilles blanches des matins

Quand la saison sèche nourrit la poussière

Sous les cosses noircies des arbres

Acre fumée des feux qui dévore les collines

Dans le tintamarre des dernières noces

La saison du poète africain

Celle des morts aussi

Que l’on porte en blanc vers les villages.

Un tableau perpétuel

Où les couleurs se touchent et se mélangent

Avec un rire qu’aucun peintre ne connaît

Une douceur de pierre usée

D’adoration et de larmes

Comme une église dehors

Qui braderait ses saints à la criée

Pour n’avoir jamais su ni chanter ni danser

Le poète en est réduit

Au blanc primitif de l’aquarelliste.

 

L’amour parfois

Ou plutôt l’idée que l’on s’en fait

Une convoitise élaborée

Comme un poème inachevé

Qui vous retranche de la vie

Ne plus savoir écrire

Ou plutôt, ne l’avoir jamais su

L’Afrique est un état du corps

Pas un état des lieux

  

Blanc, à hanter les rues comme un malade

A traîner sa mauvaise mine

Sa nostalgie de rien

D’un tout qui lui échappe et le ronge

Blanc, comme un chagrin de fin du monde

Avec du bois de coudrier

Pour unique fortune.

 

Ni Joseph le tailleur

Ni Abel le ferronnier

Ne me l’on dit

Ni aucun de ceux d’ici

Mais quand j’allais au fleuve

Laver ma solitude

Au goût de leur savon

Les chiens me l’ont appris

J’ai tourné le dos

Attelé à ma honte

Pour que le poète se souvienne

Qu’ici, contre une faute si ancienne

Le poète est désarmé.

 

Les poèmes du Djoué

Brazzaville 1993


Par Sybille de Bollardiere
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Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 23:18
- Publié dans : Chroniques

      Ham6031-l.jpg     Hammershoï Interior with woman at Piano,1901

 

J’écris, enfin je crois, depuis toujours et pourtant je n’y arrive pas.

J’ai baptisé mon journal « la voie d’accès » mais je sais bien qu’il n’arrive nulle part. Un journal ne se publie pas, ça ne se fait pas. C’est une voie à sens unique dans laquelle l’auteur se délivre avant d’écrire autre chose. Un journal, c’est tabou et insignifiant comme une journée, misérable et grotesque comme la peur, le doute, les faux espoirs et la fatuité aussi.

Au fond l’écriture c’est avant tout une histoire de territoire, un lieu que l’on habite et que l’on défend - sa langue – dans le désordre parfois. Ecrire, c’est violent, doux, familier, étrange, terrifiant éprouvant, passionnel, raisonné et courageux. C’est la vie, mais celle d’à côté et bientôt il ne vous reste plus que ça, cet instant décalé où l’on écrit déjà dans sa tête avec sa sueur d’encre au front.

L’écriture c’est un territoire que l’on surveille et que l’on délimite tout en repoussant sans arrêt ses frontières. C’est le vide, l’attente, le guet, la veille, mais aussi l’épuisement, le relâchement, les mots qui se perdent. La trahison des nuits se mesure au jour dans l’éclat de l’impitoyable lumière. Et ce double qui vous fuit, se rapproche, vous séduit, vous emporte et vous abandonne sans cesse.

Ecrire, c’est nommer, l’innommable parfois. C’est s’avancer à tâtons jusqu’au bord du gouffre, se pencher, vertigineuse, vers cette fosse commune avec la tentation d’en parler et pour finir : la tentative désespérée d’écrire autre chose. « Non, je ne peux pas, mais plus tard, un jour, il faudra bien ». Parfois on se dit qu’il faut écrire un chef-d’œuvre et alors le reste ce ne sera plus la peine, il y le journal pour ça.

Comment se délivrer de soi sans encombrer l’autre ? On essaie de transformer la matière de l’écrit jusque dans la moindre de ses particules, on cherche du liant, le balancement des phrases et ses mots conquis en poésie, toujours fidèles au poste. On fait de l’authentique avec la part reniée de soi-même, comme un faussaire qui n’aurait pas le choix… Parce que la fosse est toujours là avec le hurlement des chiens et les yeux jaunes de ceux à qui on n’a rien dit et qui pourtant la devine.

Oui, écrire c’est parfois renoncer à écrire et accepter de pleurer, muette sur ce que l’on ne sait pas transformer. Assis devant l’écran de ses jours gris, le corps s’efface et songe à cet autre dont il avait rêvé. Ecrire à deux voix, je ne demandais que ça, petite, quand j’inventais l’histoire et qu’on me tenait le stylo. La pensée naît du corps, l’écrit est dans son sillage comme une barque sur la mer. Je crois que j’écris comme on prend la mer, pour tout quitter et tout retrouver.

Parfois je crois que je pourrais vivre sans écrire mais cela ne dure jamais bien longtemps. Les chiens sortent de la fosse et puis, il faut tout recommencer… Et les débuts sont si difficiles, on l’oublie parfois. On recommence à écrire…  A regarder « en mots » tout ce qui nous entoure, ça calme et ça éloigne, on devient gentil et solitaire, fréquentable et malheureux. L’écrit c’est un écran entre les autres et soi qui ne cède pour ainsi dire jamais, parfois, on le souhaiterait, par exemple en amour.

J’écris contre la nuit, contre la mort, l’absence et la peur. J’écris pour durer et réparer et tous ceux qui écrivent sont de ma famille, c’est une évidence depuis l’enfance.

Il faut le dire aussi, écrire c’est un bonheur unique, la jubilation même, lorsque l’on s’approche de la justesse sans pour autant quitter la brièveté. Ce que l’on arrive à dire doit tenir entre deux points – Ce pourquoi j’aime les phrases longues…

Bonheur aussi avec la sensation d’être l’élue qui accueille chaque instant deux fois. Femme éponge qui se réjouit avec la vie, chaque manifestation de la vie : ce matin quelques grains de sable poussés par le vent et hier le souvenir du bruissement des peupliers qui inonde une vallée. L’écriture c’est parfois l’immobilité, l’instant pétrifié, saisi, quand on va au fond de soi. Alors on se ravise et on se dit « qu’une autre fois, plus tard » et on va dehors… Regarder ceux qui marchent, rient et se prennent la main, on se met à les décrire, à se les approprier en imaginant non seulement leurs vies, mais leur corps, leur intimité et leur histoire.

C’est comme cela, qu’un jour il vous arrive d’être publiée.

Publier, c’est cette ouverture vers la lumière, la porte invisible qui délimite un seuil que l’on met pourtant beaucoup de temps à franchir. Publier c’est blanc, propre comme le papier. C’est fixer, délimiter, certifier, corriger et comptabiliser ses mots, son travail. C’est aussi couper, signer et porter son masque, tout en posant son crayon, l’ardeur des nuits et des jours. Il faut se détendre, retrouver son corps, son genre aussi. Quand j’écris, je suis du genre féminin pluriel, j’ai le « nous » facile. Publier c’est revenir au féminin singulier quand on est jeune, au singulier tout court quand on est plus âgée.

Etrange à vrai dire, enthousiasmant parfois. Publier, c’est remercier, dédicacer, empaqueter, écouter oui, écouter l’autre enfin. Cet autre qui s’approche à qui l’on voudrait dire à voix basse :

-  Viens c’est pour toi ce livre ! Lis tout, jusqu’au bout ! Tu aimes ? Non ne me remercie pas, je vais recommencer.

Parfois on se relit, stupéfait. Le livre que l’on ne voulait pas écrire finit toujours par vous rattraper. Ca vient de biais par un personnage qui dit des choses que l’on connaît très bien car l’écriture c’est aussi un combat souterrain.

Un matin on se dit qu’on est devenu le héros inutile de son livre alors, vite il faut s’enfuir et retrouver la douceur du silence. Dans la solitude de l’écriture il y a la douceur d’être à soi dans le cocon de ses mots, l’enveloppement de sa syntaxe. Bientôt à nouveau il n’y a plus rien d’autre.

 

Publié en août 2009 sous le titre "Ecrire"

 

 

 

Par Sybille de Bollardiere
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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 12:05
- Publié dans : Chroniques

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Les marges des livres auxquels on tient sont pavées de nos bonnes intentions littéraires. Stimulés par l’illusion d’un échange ou d’une filiation secrète, on se prend à rêver d’une œuvre à soi à l’ombre d’une grande figure. On emporte ses livres au fil du temps et des lieux, partout, et il arrive parfois que les pages de garde se transforment en carnet de notes où les vœux d’écriture se superposent en strates successives avec les exercices d’admiration.

 

Relisant Cioran qui redécouvrait de Maistre, je retrouvai cette phrase à propos des éloges bien encombrants du grand énergumène :

« Il n’est qu’une manière de louer : inspirer de la peur à celui que l’on vante, le faire trembler, le contraindre par l’hyperbole généreuse, à mesurer sa médiocrité et à en souffrir. Qu’est ce qu’un plaidoyer qui ne tourmente ni ne dérange, qu’est ce qu’un éloge qui ne tue pas ? Toute apologie devrait être un assassinat  par enthousiasme »  Cioran Exercice d’admiration – Joseph de Maistre

 

Aujourd’hui lundi, la journée s’annonce sous un ciel transparent et l’on oublierait presque les nuages sombres de l’actualité. Un vent inodore et mauvais souffle sur nos têtes. Pourtant une joie imprévue me fait écrire en marge : Nous ne sommes jamais innocents des moments de bonheur que nous vivons. Acteurs dans l’âme, nous recherchons la scène. Un dieu voyeur nous l’offre parfois et nous l’en remercions sans trop s’appesantir, certains qu’il y aura, lui aussi, pris son plaisir.


Par Sybille de Bollardiere
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sybille-de-b-17-juin-2011 (1) Sybille de Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a publié Alizarine, poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman Ramsay 2004, (Prix La Fayette)  Une femme d'argile, L'Editeur, 2011. 



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