Profil

  • Sybille de Bollardiere
  • Le blog de Sybille de Bollardière
  • Femme
  • Ile de France
  • auteur écrivain poète romancière
  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

Présentation

Partager

Images Aléatoires

  • lamarseillaise121204_r1.jpg
  • sybille-champs-orange.jpg
  • Le jury des "plumes d'amour"
  • Paris-sous-la-neige 0288
  • sybille-champs.jpg
  • Turquie-2010 1199

Playlists du blog

Syndication

  • Flux RSS des articles

L'Amour en Zone Inondable


Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /2009 10:09
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

         

 

C’était un soir d’été normand un peu frais, une brise de nord-est remontait la vallée jusqu’aux champs près de la rivière où une tente avait été installée, non loin des feux de la fête. Attirée par la musique et les lumières qu’elle observait depuis son bureau, Blanche décida de s’offrir une soirée de liberté loin des écrans désespérément muets. Elle n’avait pas plus de nouvelles de Yoshka que d’idée pour la suite des relations entre Martin et Lili. Après avoir noirci deux carnets de notes confuses et d’inutiles aquarelles dont elle avait espéré quelques lueurs, elle sut que la fin de l’été ne l’inspirerait pas. Alors pourquoi ne pas profiter de cette fête de village qui ne demandait que ça. Après avoir refermé le portillon du jardin, elle s’était avancée dans l’ombre des chênes qui bordent les berges de la rivière pour observer de loin l’estrade où s’avançaient les premiers danseurs.


Elle regretta de ne pas avoir la force de se glisser dans la lumière comme elle s’était toujours promis de le faire, un jour… Peut-être… Du moins c’est ce qu’elle se disait quand elle vivait encore avec Philippe et que tous les ans elle lui demandait de rester pour ce dernier dimanche d’août. Mais Philippe ne venait en Normandie que pour s’enfermer dans le grand salon où trônait son Steinway. Il avait passé tant d’heures penché sur son clavier, que Blanche avait parfois la sensation que son ombre glissait encore sur les murs.  Et maintenant il n’y avait plus de mots pour rappeler l’absent, plus de mots non plus pour décrire l’effacement et ce vide traversé de cris et d’épouvante quand les nuits n’en finissaient pas.


Blanche sursauta, son téléphone portable vibrait dans sa poche pour lui indiquer l’arrivée d’un SMS, elle se précipita dans une flaque de lumière devant la buvette désertée par les danseurs. Elle lut :


« Devines, tu vas être contente car je suis maudit de t’avoir fait faux bond. Me voici embarqué contre mon gré et filant toutes voiles dehors dans la tempête vers le « Passage de la Déroute » Je viendrai plus tard et je t’embrasse. Yoshka »


Blanche sourit en pensant que ce « Passage de la Déroute » bien connu des navigateurs du secteur « Manche Ouest » allait à Yoshka comme un gant, elle l’imagina dans la lessiveuse du « Raz Blanchard » avec le coup de vent que l’on annonçait depuis deux jours. Brusquement la nuit s’éclaira d’éclats de rire et d’une lune qui fila entre les arbres. Il y eut des bruits d’eau et de chaines, une barque remontait la rivière et s’apprêtait à accoster. Blanche s’approcha de la berge et remarqua un couple qui escaladait la rive en se tenant la main. Elle crut reconnaître Lili et Martin et je la vis reculer d’un pas dans l’ombre des chênes. Mais elle ne me vit pas moi, l’auteur, qui l’épiait depuis deux jours à la fenêtre de son bureau, ou dans le jardin lors de ses promenades rituelles. Je la guettais  dans l’espoir de partager nos infortunes estivales.  A moi aussi il était dur d’écrire. Il faisait ou trop beau ou trop chaud ou le vent se levait quand ce n’était pas l’attente qui me pétrifiait ou pire encore, l’irruption de ce que j’avais ardemment souhaité qui me privait définitivement d’imagination.


Blanche quitta la fête où personne ne l’avait même remarquée et se glissa dans son jardin comme une ombre. Le malheur annoncé de revoir Yoshka et de devoir l’attendre, lui redonnait vigueur. Je devinais son pas leste dans l’escalier, puis vers le bureau où l’attendait le décor de Thorville et le désespoir de Martin qui ressemblait tant au sien.

 


 

 


 

Par Sybille de Bollardiere
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /2009 17:00
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

 



Un ciel de plomb couvrait la mer que Yoshka aperçut au loin en débarquant de son train. Il fit un geste au taxi qui attendait devant le parvis désert, puis se ravisa. Même s’il se sentait épuisé, Il préférait marcher jusqu’aux remparts, et attraper la dernière vedette pour traverser la baie. L’orage n’était pas loin, au large, sur les îles où des nuées couleur d’ardoise s’abattaient sur les landes encore vertes.


Après une rapide pause cigarette, il rangea son journal et sa veste dans son sac avant de longer les quais vers le port et la calle d’embarquement. A marée basse, une forte odeur de vase remontait des bassins où quelques vieilles carcasses de navires croupissaient dans leur rouille. Plus loin, il aperçut la silhouette du ferry pour les îles et il hâta le pas.


La vedette qui devait lui faire traverser la baie pour le ramener dans l’élégante malouinière de son amie Anne, venait de partir et la suivante n’était prévue qu’une heure plus tard. Yoshka se dit qu’il avait le temps d’aller jusqu’au port de plaisance pour admirer quelques voiliers. Une pluie aussi soudaine que violente le poussa à s’abriter dans le hall de la gare maritime.

En attendant une accalmie, il longea distraitement les comptoirs et prit quelques dépliants sur les îles anglo-normandes qu’il feuilletait distraitement quand une voix féminine l’interrompit :


- Je ne sais pas si vous comptiez allez à Jersey, mais la vedette part maintenant et il reste des places… Enfin il faut avoir le pied marin parce qu’on annonce un bon coup de vent !


La jeune femme éclata de rire avant d’ajouter à l’adresse de Yoshka qui s’approchait du comptoir :


- J’ai dit ça un peu au hasard par ce que vous aviez l’air de chercher un embarquement…


Yoshka la détaillait négligemment au dessus de ses lunettes noires et regretta de porter un vieux tee-shirt et un jean mal coupé acheté en super marché. Il se sentait à la fois vieux, moche et pourtant plein d’audace devant cette fille qui semblait chercher un complice au milieu de l’uniformité grise de la gare Maritime. Elle n’était pas vraiment jolie, mais suffisamment souriante pour lui enlever tout complexe. Elle fixait maintenant Yoshka en tirant sur sa jupe d’hôtesse trop courte en raison de ses cuisses un peu fortes. Il s’approcha d’elle en enlevant ses lunettes.


 – Voulez- vous venir avec moi à Jersey ?


-  Ah mais … Je ne peux pas, moi, je pars sur le ferry pour Guernesey… Je suis de service


- Et est ce qu’il y a encore des places sur votre ferry ?


- Vous voulez vraiment aller à Guernesey ?


- Mais mademoiselle, avec vous j’irais au bout du monde !


La miss avait répondu par un ricanement un peu gêné, Yoshka réalisa qu’elle ne devait pas avoir beaucoup plus de vingt ans et que s’il prenait ce bateau pour Guernesey, il ne savait pas du tout ce qu’il ferait par la suite mais, il aimait l’idée de jouer avec le destin et plus encore avec cette peau brune qu’un imprudent décolleté lui faisait miroiter.


Après avoir pris son billet et embarqué pour Guernesey, il s’installa sur le pont enveloppé dans un ciré prêté par Lucy. Il regardait la pluie tomber sur une mer d’airain. La houle commençait à déferler, on annonçait des creux de 5 mètres et un sérieux coup de vent mais, en matière de dépression, Yoshka ne craignait que les siennes.


Il se débarrassa  du retour chez Anne par un SMS laconique où il lui annonça qu’un problème familial l’obligeait à regagner S*** de toute urgence. Bien entendu il lui précisa également qu’il appellerait pour donner des détails sur sa date de retour, ce qu’il ne comptait évidemment pas faire. Puis il ferma son mobile juste avant de pénétrer dans la zone anglaise. C’est à ce moment là qu’il pensa à Blanche. Il était trop tard pour la prévenir de son changement de programme et de toute façon, il n’était pas mécontent de ne pas avoir à lui mentir. Pour elle, il était  officiellement près de Saint Malo en train de faire ses adieux à Anne. Avec Blanche, ils avaient prévu de se rejoindre en Normandie où elle comptait l’accueillir quelque temps.


A Guernesey, Yoshka suivit Lucy dans une des petites ruelles près du port où elle habitait un studio. Elle ne travaillait dans les îles que durant la saison, le reste du temps, elle étudiait la littérature à Durham, au nord-est de l’Angleterre. Si elle parlait parfaitement le français, elle était pourtant anglaise (de mère pakistanaise) avait-elle avoué à Yoshka pour expliquer son léger duvet brun dans la nuque et à la naissance des cheveux).Il lui fit l’amour tous feux éteints, fenêtre ouverte sur la mer déchaînée qu’on devinait à chaque éclair. Lucy se montra beaucoup moins délurée que ne l’avait laissé présager leur rencontre et Yoshka un peu déçu, s’endormit assez vite.

 

Une vague lueur caressait les toits de Saint Peter Port  quand Yoshka s’éveilla d’un mauvais rêve. Il se croyait face à la mer à Thorville et chercha à tâtons dans la pénombre le corps de Blanche. C’est la voix de Lucy s’inquiétant de le voir assis, hébété, qui lui fit retrouver ses esprits.


-  Tu as appelé quelqu’un, quelque chose ne va pas ?


-  J’ai fait un cauchemar, tu as entendu ce que je disais ?


-  Non, seulement le nom, Blanche, c’est ta femme ?


-  Non une amie.


Il regretta immédiatement sa réponse, il eût été bien plus commode de lui faire croire qu’il était marié et même père de famille car, s’il était bien décidé à laisser faire le destin, il n’avait pas l’intention de s’encombrer d’un gamine somme toute assez banale.


La douche était étroite, passablement délabrée, mais l’eau tiède lui fit du bien. Des images de sa dernière nuit à Thorville repassaient devant ses yeux : Blanche hurlant face à la fenêtre sur la mer. Elle avait fait le tour de la chambre en somnambule, frappant les murs du plat de ses mains tout en criant d’une voix rauque : « Ouvre moi, ouvre la porte, ne m’enfermez pas, je veux sortir… » Cette nuit là, Yoshka s’était réveillé en sursaut, avait pris contre lui son corps glacé, trempé de sueur avant de l’aider à se recoucher. Blanche s’était laissé faire, absente, sans paraître le reconnaître. Plus tard elle avait replongé dans un profond sommeil et au matin, ni l’un ni l’autre n’avaient évoqué ce curieux rêve.

 

Lorsque Yoshka sortit de la douche il trouva Lucy dans sa minuscule cuisine, toute habillée, serrée de près dans son uniforme.


-  Tu travailles aujourd’hui ?


-  Oui, je vais à Sark avec des touristes, Yoshka il fait beau, tu veux venir avec moi ? C’est une île étonnante tu sais ?


-  Tu vas m’expliquer ça en route, fais-moi un vrai café, pas cette tisane tiède…


-   Excuse-moi, répondit Lucy, légèrement agacée,  je n’ai que ça, il faudra t’en contenter.


La traversée vers Sark n’était pas longue et Yoshka se demanda ce qu’il allait faire sur cette île inconnue. A vrai dire en tant qu’auteur, je me le demande aussi. Bon, c’était l’été, Blanche n’écrivait pas une ligne et se lamentait sur la chaleur dans sa maison près d’Evreux  quant à Yoshka, il s’offrait un peu de répit en initiant Lucy à de nouveaux rituels amoureux tout en découvrant la côte. Il avait un peu de temps avant d’affronter son retour à la réalité. Bien sur on peut s’interroger sur ce qu’est précisément « le retour à la réalité » pour un personnage comme Yoshka. Mais on peut aussi laisser notre héros libre de trouver la suite de ses aventures. C’est ce que j’ai fait en le laissant dériver dans les eaux de Sark, au fil de ces derniers jours d’août, accroché au corps lent et docile de Lucy comme à une  dernière bouée.

 

 


 


Par Sybille de Bollardiere
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /2009 21:44
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    




Il avait fait chaud tout le week-end et même la mer d’ordinaire si vorace au pied des falaises, s’était comme alanguie dans la douceur des jours. Avant de quitter Thorville, Blanche s’était installée devant la fenêtre de sa chambre pour profiter des dernières lueurs du soleil mais aussi, pour suivre des yeux ces rides sur la mer qui annoncent les séries de vagues. Elle avait songé que l’océan avait un rythme aussi mystérieux et souterrain que celui du cœur des hommes. Elle pensait à Yoshka  et à ce malheureux Martin qu’elle avait laissé depuis quelques temps dans le décor sinistre de « la Farandole ».
 

A Fécamp il y avait eu une vie, la grande vie pour certains, mais de là à appeler une maison La Farandole… Il fallait être cynique car, autrefois l’hiver, quand la rue empestait les huiles de poissons, la pluie, le vent et le veuvage précoce, il n’y avait pas vraiment de quoi faire la sarabande.

 
J’ai repéré la falaise, sa chapelle et le chemin des larmes qui y mène depuis les quais du port mais je n’ai pas trouvé la maison des Hamel. A ce qu’on m’a dit, elle se trouvait juste à côté de cet entrepôt dont  la peinture écaillée ne permet plus de distinguer le nom. J’aime tellement les repérages que parfois ils tournent à l’installation. C’était le cas ce week-end, je me suis assise au bout de la jetée du port et j’ai guetté les bateaux qui rentraient. J’imaginais le retour des terre-neuvas, les femmes, leurs jupes et leurs mouchoirs, les mauvais gars qui les regardaient du bar et ceux plein d’espoir qui prononçaient leur prénoms en mer pour retrouver leur visage après tant d’absence et le manque de tout.
 

A terre il y avait Hamel, le vieux, avec sa pipe qui  regardait son bien se ranger se ranger le long des quais et ses hommes le saluer en quittant le bord. Martin ne l’a pas connu et à peine le suivant, celui qui lui servait de père. Il a pris en grippe le hareng, la morue et même le maquereau qu’il pêchait enfant quand les bancs rasaient les falaises les jours de temps lourd. Comme sa sœur Armelle, il a suivi les conseils de sa mère qui les poussait vers la pharmacie et  la médecine, loin des pluies horizontales de la côte.

 

Après une nuit d’épouvante où une peur tatillonne l’avait maintenu éveillé, Martin était résolu à affronter le pire. Qu’Agnès se réveille, et réclame la tête de son assassin, il en avait rêvé cent fois et la réalité ne pouvait pas être pire mais, l'idée d'être privé de Lili et plus encore, celle de se la faire dérober,  le rongeait. Il imaginait le corps de la jeune femme endormi sur une grève inconnue et se dirigeant vers elle dans un bruit de fête foraine, une cohorte d’hommes débarquant d’un funeste navire.

Blanche voulut délivrer son héros du cauchemar. En auteur attentive et compatissante, elle le conduisit jusqu’à Thorville puis à la porte de la maison de Lili qu’ils découvrirent entrouverte pour profiter du soleil matinal. Si Martin ne prononça aucun mot pour expliquer sa disparition et son silence, il sut trouver les gestes pour se faire pardonner et il en oublia même de parler à Lili de ses soupçons à propos de Julien. A vrai dire, il n’eut pas le temps d’évoquer ses doutes. Ils avaient fait l’amour avec une douceur nouvelle comme après l’orage et Lili était descendue faire du café. En s’éveillant il allongea le bras pour découvrir son absence et renversa malencontreusement la table de nuit.
 
- Ce n’est rien, dit-il à haute voix à Lili qui le questionnait d’en bas, je vais te réparer ça !
 
Mais ni la table ni le tiroir n’étaient cassés, simplement sur le plancher, il venait de voir glisser une lettre à l’adresse de Lili dont l’écriture l’intrigua. Il n’eût pas le temps de la lire entièrement mais suffisamment pour comprendre que son auteur, un anglais, était non seulement l’amant de Lili, mais aussi le père de Julien.
 

Blanche termina sa dernière ligne hésitante sur le prénom de l’amant anglais. "Je vais demander à Yoshka", pensa t’elle puis,  elle se ravisa en réalisant qu’ils ne s’étaient quittés que depuis quelques heures et qu’elle songeait déjà à le rappeler. Elle se souvint de ce détail qu’elle avait toujours pris soin de remarquer chez chaque homme, ce défaut, parfois plusieurs, qui pouvaient servir de bouée de sauvetage en cas d’irruption intempestive du sentiment amoureux.
 

Alors oui, elle faisait revenir à elle le corps du bien aimé mais avec en évidence ce qu’elle y avait noté de déplaisant ou parfois de légèrement décevant et cela jusqu’à ce que l’étreinte et son souvenir trop brulant s’effacent de son propre corps.
 

Alors enfin elle s’appartenait, désespérément seule, mais libre.


 

Par Sybille de Bollardiere
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés