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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /2009 17:32
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

 

Un temps gris et froid avait encouragé Blanche à se remettre au travail de bonne heure. Avant de l’envoyer à Yoshka, elle relut une dernière fois ce passage du roman où Martin, repense à ses dernières semaines avec Agnès avant sa fuite et son retour près de Fécamp.


Martin était, en dépit de sa stature imposante, un tendre ou plus exactement un lent, un de ceux qui ont longtemps besoin de ruminer leur décision ou leur accord avant de les partager. Ce n’était pas le cas d’Agnès, sa compagne depuis plus de cinq ans. Habile et perspicace, elle jouait son avenir aux dés en le devançant dans ses choix. Ce soir là Martin dut renoncer à ce qu’il préparait depuis deux ans : annoncer à Agnès qu’entre eux tout était fini et qu’il ne souhaitait pas vivre avec elle. Il avait longtemps pensé agir par palier, il escomptait faire comprendre à Agnès qu’elle ne devait à aucun prix s’installer chez lui et qu’il ne souhaitait pas « le mariage » tel que la famille d’Agnès l’entendait. Mais à force de prudence et de tergiversations, Martin avait tout abdiqué et ce soir là, en acceptant de dîner avec elle, il sut qu’il avait perdu la partie. Agnès irait jusqu’au bout. Le pire restait à venir. Il n’avait plus qu’à attendre. Il vivait la peur au ventre, guettant sur le visage d’Agnès l’imminence de la catastrophe, et son avis d’internement conjugal.

Lors de cette première visite à Thorville, en regardant la pluie s’installer pour la nuit, pour le lendemain et probablement pour les trois jours suivants, Martin revit une dernière fois le visage d’Agnès tordue par la colère et la douleur…. Il frissonna, et se redressa après avoir ouvert son ordonnancier. En face de lui il remarqua un adolescent qu’il n’avait pas entendu rentrer dans la pièce. C’était un gamin hirsute qui semblait faire corps avec les murs salpêtrés, l’odeur de moisi et le laisser aller de la pièce. Il eût un ricanement gêné en lui glissant un « Bonjour  toi !» auquel l’enfant répondit par un signe de tête avant de s’enhardir d’une question à l’adresse de Martin :

- Vous connaissez Lilli Lemaire ?

La patiente que Martin venait d’examiner venait de se redresser sur son lit.

- Ah Julien qu’est ce que tu fais ici ? Tu ne vois pas que je suis avec le docteur ! Laisse nous donc ! La pauvre femme, furieuse d’être surprise à moitié dévêtue redescendit sa jupe et s’en recouvrit les cuisses. Elle ajouta en guettant l’approbation de Martin :

- Excusez son insolence Docteur, il est  gentil mon Julien mais un peu spécial…

- Ne vous en faites pas !

La forte odeur  des vêtements défraîchis de l’adolescent venait d’envahir la pièce. Julien avait décollé du mur et s’avançait vers Martin avec insistance.

- Connaissez Lilli ?

- Julien on t’a dit ! Ah c’est pas vrai ! File dans la cuisine !

Martin s’était relevé et cherchait un endroit où rédiger son ordonnance.

- Mettez-vous là Docteur

- Vous en faites pas Madame Bertin dit –il en s’installant sur le coin de la table. Votre prénom c’est ?

- Véronique

Ce soir là Martin longea les falaises en cherchant une lueur à l’ouest mais la nuit s’installait pour de longs mois. Il pensa que l’hiver serait interminable, qu’il n’aurait jamais du revenir. Il avait promis à Armelle, sa sœur, de venir la prendre à la pharmacie pour l’emmener dîner, ils avaient « tant de choses à se dire » comme elle lui avait précisé au téléphone. Les lumières de Fécamp scintillaient sous la pluie et Martin conduisait de mémoire comme s’il n’avait quitté cette ville qui l’avait vu naître trente cinq ans auparavant…


 

 

Par Sybille de Bollardiere
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