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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /2009 20:47
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

16 - La Farandole


 Les averses se succédaient le long de la vallée de l’Eure chassées parfois par des bourrasques de vent mais, indifférente au temps, Blanche restait penchée sur son clavier d’ordinateur avec ses cheveux blond vénitien sagement relevés sur la nuque. Depuis une semaine elle ne quittait plus son bureau que pour de brèves promenades le long du chemin de hallage. Le reste du temps était entièrement consacré à l’écriture. Son héros Martin venait de retrouver Fécamp, la ville de son enfance où il s’apprêtait d’ailleurs à dîner avec sa sœur Armelle. Il était temps pour Blanche d’évoquer cette maison dont le nom lui semblait mieux convenir au souvenir des joies enfantines qu’à la disgrâce familiale de son héros.


La famille Hamel faisait partie de ce qu’il y avait de mieux à Fécamp; certes ils n’étaient pas nombreux puisque Martin et sa sœur Armelle en étaient désormais les derniers représentants. Dans les années soixante on ne parlait que d’eux ou plus exactement de Nathalie C. leur mère quand elle épousa Jean Marc Hamel, jeune ingénieur venu prendre la direction de la pêcherie familiale.  Tout cela était bien loin et parfois même oublié. Jean Marc Hamel était mort au cours d’une régate en mer d’Irlande dix ans auparavant et Nathalie sa veuve n’avait pas résisté au premier démantèlement des pêcheries familiales. Enfermée dans le deuil et la solitude elle avait lentement glissé la pente d’une dépression sévère avant de rejoindre au cimetière de la falaise trois générations d’entrepreneurs et de marins normands.

 

La grille de « La Farandole » était fermée depuis deux ans, Armelle attendait le retour de Martin pour la mettre en vente. Elle savait déjà que peu d’acheteurs se présenteraient. Installée non loin de la mer dans un quartier autrefois prisé, la maison familiale souffrait maintenant de la proximité des bas quartiers du port, de remontées humides de plus en plus fréquentes et l’on disait même, qu’avec la détérioration du climat, elle se situait en zone inondable.

 

Il n’y avait plus un client dans la pharmacie lorsque Martin s’y engouffra précédé d’une bourrasque de vent. Armelle l’attendait derrière son comptoir avec son chapeau de pluie.

 

- Mais qu’est ce que tu faisais ? je t’attends depuis une heure ?

- Oh j’avais une visite à faire à Thorville et puis j’ai traîné en rentrant par les falaises…

- Thorville ? Qui tu soignes là-bas ? La belle Lili Lemaire ?

- Armelle le regardait avec un sourire taquin.

- Qu’est ce que vous avez tous avec cette Lili Lemaire ? Justement on m’en a parlé aujourd’hui, c’est qui exactement ?

- Une femme seule, ça fait toujours jaser. Je te rappelle que nous sommes en province… Bon on en parlera au restaurant, je meure de faim !

- Et ton mari ?

- On en parlera aussi !

 

 Armelle installa le système de sécurité puis descendit la grille. Elle rejoignit Martin qui l’attendait sur le trottoir d’en face en fumant une cigarette. Elle lui prit le bras.

- Je n’ouvre pas demain. On aura un peu de temps pour parler ce soir… Il faut que je te dise que je n’ai plus vraiment de mari en fait…

- Ah bon ! Eh bien c’est charmant tout cela; nous voici tous les deux malheureux et célibataires.

- Non Martin, je me permets une correction : célibataire oui, mais pas malheureuse en ce qui me concerne… Quant à toi… Tu as toujours eu l’air malheureux, même accompagné !

 

Armelle éclata de rire, c’était une petite blonde affable, toujours gaie et qui dissimulait très bien sa peur de la solitude par une nature finalement plus inquiète des autres que d’elle-même. A l’abri de la stature imposante de son frère, elle se sentait bien.  C’était l’automne et il avait beau pleuvoir, c’était pour elle un soir de fête, elle retrouvait son Martin, son épaule et tous les souvenirs trop lointains des bonheurs partagés.


Par Sybille de Bollardiere
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