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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /2009 14:24
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

 

18 – Parenthèse

Le vent, l’absence, l’isolement..., on écrit parfois pour de mauvaises raisons, pour prolonger des instants, retrouver ce que l’on a perdu ou pour constater qu’une disparition est moins douloureuse qu’on aurait pu l’imaginer. Quand Blanche écrivit un certain 12 mai le nom Yoshka en haut de sa page, elle sut immédiatement qu’elle allait en parler au passé même si elle commença par un futur péremptoire:

« Yoshka ne réapparaîtra pas »

Le ton plein d’affliction qu’elle prit en relisant sa phrase à haute voix avait quelque chose de feint, d’exagérément appuyé comme si elle ne croyait pas encore à sa propre révélation. Elle aurait pu écrire « Yoshka ne réapparaissait pas » c’eut été plus prudent et de plus l’imparfait allait à Yoshka comme un gant. Mais Blanche garda son annonce, pas franchement mécontente de son effet. Elle escomptait que cette absence allait lui rendre la grâce d’une l’écriture émouvante et la liberté de manier les héros de L’Amour en Zone Inondable à sa guise.

Nous nous retrouvions seules Blanche et moi la narratrice, amies et rivales, rapprochées par une disparition dont je tentai de l’avertir qu’elle ne la protégeait nullement d’autres surprises de la part du vrai-faux Yoshka. Ce dernier avait d’autres avatars dans son jeu et n’était pas à une disparition près. J’acceptai l’idée que Yoshka s’efface pour que d’autres personnages apparaissent, pour que Blanche retrouve la nostalgie de ces instants à S*** où elle se confia avec beaucoup plus d’abandon qu’elle ne le fit jamais.

Mais le vent, l’absence, l’isolement soufflaient sur les rives de l’Eure un parfum d’ingratitude et Blanche songea qu’il était peut-être temps qu’elle parte en reconnaissance du côté de Fécamp. Elle estima qu’elle en avait terminé avec Yoshka qui avait le droit lui aussi après tout, d’être ailleurs pour écrire ou ne pas écrire. En guise d’épitaphe à son projet de roman à deux voix, elle inscrivit en bas de sa page « De toute façon nous nous étions rencontrés sur un malentendu »

Blanche referma son cahier et mit ses dernières notes dans son sac de voyage et prépara quelques affaires pour résister au mauvais temps annoncé sur la côte. Après quoi, elle prit la route de Fécamp où l’attendait Martin Hamel, son héros, mais aussi une certaine tempête …

A suivre


Par Sybille de Bollardiere
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