Le Blog de Sybille de Bollardière
Roman en ligne
De mémoire de normand on avait jamais vu cela, tant de pluie ! On la comptait en jours, en centimètres mais il fallait bien se rendre à l’évidence : l’eau suintait de partout. Le long des falaises gorgées d’humidité, de petites rigoles se formaient et certains blocs de pierre en surplomb menaçaient de s’effondrer. La route était déviée sur plusieurs kilomètres en allant vers Fécamp. Et puis pour tout arranger, il y avait le vent, de véritables tornades qui frappaient au hasard d’un village ou d’un hameau et éventraient les granges en quelques minutes.
La nuit tombait. Une dernière lueur se glissa entre les nuages. « Encore une journée passée » pensa Martin en reprenant la route des terres vers Fécamp. Il avait enfin terminé ses visites et envisageait de passer chez Armelle avant de rentrer chez lui. Au croisement de Thorville, il bifurqua vers le nord. Le ciel s’était éclairé à l’ouest et malgré le vent, il eut envie d’apercevoir la mer avant qu’il ne fasse complètement nuit. Après un kilomètre sur une route couverte de débris, encadrée par deux torrents d’eau boueuse, Martin songea qu’il était plus raisonnable de rebrousser chemin. La chaussée descendait vers la mer pour rejoindre le port encastré entre deux falaises.
La route était trop étroite pour risquer une manœuvre ; alors que la nuit s’installait pour de bon, Martin continua la descente, étonné de trouver les abords de Thorville plongés dans l’obscurité. Mais au même moment il se sentit emporté par l’eau qui dévalait la rue principale, il tenta de redresser sa voiture et c’est alors qu’il aperçut dans la lueur des phares la figure épouvantée et hirsute de Julien.
La pluie reprit de plus belle, et le moteur cala pour de bon. Martin avait évité Julien de justesse. Il sortit de la voiture et les pieds dans l’eau, se mit à sa recherche. C’est alors qu’il le vit surgir de la nuit avec ses mèches rousses collées sur son visage et son air égaré.
- Mais Julien qu’est ce qu'ilse passe ? Que fais tu dehors par ce temps ?
- Docteur, Il faut venir !
- C’est pour ta mère ?
- Non Docteur, C’est pour Lili Lemaire et c’est grave, venez vite !
A suivre…
Note de l'auteur :
Blanche découvrait Fécamp et les lieux de Martin son héros. Elle avait besoin d’être seule pour écrire et j’eus beaucoup de mal à la persuader de m’écouter. En fait, j’aurais aimé comprendre les raisons de ses difficultés avec Yoshka, car si elle affirmait avoir de l’estime pour lui, elle le tenait à distance, du moins de son écriture. Depuis quelques jours j’avais découvert que Yoshka ou plus exactement Gary, encore que je ne sois par certaine que ce soit l’un ou l’autre, avait posté de nouveaux billets sur son blog où il était question de Blanche… Il fallait que nous en parlions… C’est chose faite et la réponse de Blanche fut cinglante :
- Merci de votre sollicitude d’auteur, mais vous paraissez méconnaître la vraie
nature de Yoshka, son allergie à la chlorophylle et à toute description de la nature qui m’interdit de le faire participer à certaines parties du livre. De plus, il a une opinion désastreuse de
Martin et des idées arrêtées sur Lilli qui ne sont pas les miennes.
- Vous pourriez peut-être en parler ?
- C’est parfaitement inutile pour l’instant, je crois avoir fait suffisamment d’efforts pour l’intéresser à l’entreprise en temps voulu, maintenant il devra attendre l’entrée en scène de son personnage.
- Ce n’est pas Lilli ?
- Non, sûrement pas, mais cela viendra, Lilli a eu une vie compliquée et un amour passionné dont nous allons être amenés à parler, disons même que Martin va le découvrir avec une certaine violence.
Le reste de la conversation fut très banal et essentiellement féminin, consacré aux charmes de Lili et à sa capacité à séduire « l’élément masculin ». Blanche était de meilleure humeur et je décidai de ne pas lui avouer que j’avais moi-même posté un commentaire sur le blog de Yoshka-Gary and C°, ni que j’avais l’intention de publier régulièrement une sorte de chronique inspirée par diverses rencontres fictives ou réelles.
Finalement l’espace de l’Amour en Zone Inondable devenait avec le temps, plus un espace romanesque, une terre d’aventure pour les personnages successifs de ces mises en abymes, qu’un roman classique. Qui étaient les véritables auteurs de ces fictions? Et quel avenir pour ces personnages avec la part de nous même que nous leur avions attribuée ? Ce que je pressentais c’est que les différents personnages disent chacun dans leur style ce qui leur est propre et dévoilent ainsi l’auteur (ou les auteurs…) bien mieux qu’il ne ferait lui-même dans un texte autobiographique.
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