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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /2009 22:09
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

 

Martin avait suivi Julien le long du chemin du Phare. La route n’était plus carrossable, à deux reprises, la rivière l’avait traversée en lui laissant sa moisson de pierres et de branchages. Julien marchait devant avec la lampe torche de Martin qui le suivait comme il pouvait, en tenant sa sacoche d’une main et en se rattrapant de l’autre quand il glissait dans la boue du sentier.

Lili habitait une jolie maison normande au bord de ce qui n’était d’ordinaire qu’une paisible petite rivière. « C’est le bout du monde » pensa Martin qui commençait à comprendre pourquoi Julien n’avait même pas appelé les secours. Dans la nuit noire du chemin, l’adolescent s’était retourné et devinant ses pensées lui avait déclaré :

- Heureusement que vous êtes passé, avec ce genre de tempête la ligne est coupée et de toutes façons les portables ne passent pas ici… C’est à cause des falaises…

Les falaises… On devinait leur silhouette dans ce néant qui s’avançait et au pied duquel apparût la faible lumière d’une fenêtre.

- Ca y est, on est arrivé docteur, c’est là !

Lili Lemaire était allongée sur le sol au pied d’un escalier qui ressemblait plus à une échelle de meunier. Elle n’avait pas bougé depuis sa chute, une bougie posée dans une soucoupe à même le plancher l’éclairait faiblement. Elle ne tourna pas la tête vers les visiteurs quand Julien s’approcha d’elle.

- J’ai trouvé le docteur, ça va aller maintenant

-  Oh, merci d’être venu… Je crois que je me suis fait assez mal.

C’était un euphémisme, Julien s’approcha d’elle et fît mine de la soulever mais Martin s’interposa :

- Non, on ne vous bouge pas de là, je préfère attendre les secours, j’ai réussi à joindre l’hôpital, ils vont arriver.

Lili était dans une étrange position, une jambe à demie pliée sous la cuisse, un bras sous la poitrine et l’autre derrière la tête. Elle avait du sang sur les mains et  le visage.

Martin s’était agenouillé près d’elle et lui prenait le pouls.

- Qu’est ce qui est arrivé ?

- C’était après le déjeuner, j’accrochais des cadres dans l’escalier, une pluie violente s’est abattue et j’ai voulu refermer le petit vasistas, j’ai réussi mais je suis tombée…

Elle souriait, désolée et trempée sur ce plancher où elle avait attendu du secours, puis la nuit…

Pendant que Martin l’examinait, Julien essuyait son visage avec une serviette de toilette qu’il était allée chercher au premier étage. Il ajouta à l’adresse de Martin :

- Vous savez ce n’est pas la première fois qu’elle tombe, il est vraiment dangereux cet escalier.

- Oui, mais cette fois c’est sérieux !

- Martin ajouta en s’approchant de Lili :

Je pense que vous avez plusieurs fractures, c’est pour cela que je ne vous déplace pas… Votre dos m’inquiète…

Martin avait pris sa voix grave et professionnelle, il luttait contre l’envie qu’il avait de prendre sa main et de caresser sa joue meurtrie comme l’aurait fait Julien qui lui relevait les cheveux et l’enveloppait d’une présence douce qui n’avait rien de malhabile. Le demeuré hirsute de Thorville paraissait chez lui, ici, auprès de cette fée brune et blessée qui lui souriait…

Les secours arrivèrent et emportèrent Lili le long du chemin. Martin eût le temps de prendre sa main de lui dire qu’il la rejoindrait à l’hôpital dès cette nuit. La douleur avait tiré les traits du visage de la jeune femme et probablement aussi la faim et la peur, mais aux yeux de Martin, elle n’en parut que plus émouvante. La pluie avait cessé quand elle disparut dans l’ambulance. Julien s’approcha de Martin et lui dit en cherchant son regard :

- Elle est belle n’est ce pas… Même si aujourd’hui elle n’est pas comme d’habitude…

-  En toi tu l’aimes bien ! Tu viens souvent la voir hein ?

Martin avait lancé sa phrase avec une ironie un peu blessée, comme s’il ne s’était pas encore remis de ce détour dans ce village étranglé entre deux falaises où une femme inconnue l’avait irrémédiablement touché.

Julien baissa la tête et gêné répondit à voix basse :

- Oui je l’aime bien… Mais c’est normal…

Mais Martin ne l’entendit pas, il était déjà parti.

 

à suivre...

 


Par Sybille de Bollardiere
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