Le Blog de Sybille de Bollardière
Roman en ligne
Résumé des épisodes précédents
Après avoir tenté l’expérience de l’écriture à quatre mains, avec un certain Yoshka, nègre de son état, Blanche a renoncé à son projet initial et s’est installée pour quelques jours à Fécamp dans le décor de son roman qu’elle est bien décidée à terminer seule. Un soir de tempête, son héros Martin- qui remplace un médecin de campagne- fait un détour par la côte après avoir terminé ses visites. Dans la nuit noire, il rencontre Julien affolé, qui l’entraine dans une maison où il découvre Lili Lemaire, une étrange jeune femme que tout le monde semble connaitre sur la côte. Lili a fait une terrible chute et gît au pied de son escalier, sérieusement blessée. Tandis que Martin la fait hospitaliser et promet d’aller la voir, Julien, l’adolescent un peu simplet disparait dans la nuit avec son secret.
Pourquoi Julien était il auprès de Lili ce soir là en pleine tempête ? Martin se posa la question un moment, puis il écarta le visage du jeune rouquin de ses pensées pour y laisser pénétrer l’obsédante image de Lili. Après une nuit blanche et plusieurs appels dans le service hospitalier où la jeune femme avait été admise, il sortit de chez lui, prit un café sur la place avant de s’engouffrer chez le fleuriste. Il se ravisa, réalisant qu’il était médecin et n’avait donc aucune raison d’arriver avec une brassée de fleurs qui ne pouvait faire que mauvais effet dans un service de chirurgie orthopédique où elles étaient rigoureusement interdites. Il rentra chez lui pour se changer. Son appartement était situé en plein centre, non loin de la pharmacie de sa sœur Armelle. Ce n’était qu’un modeste deux pièces qu’il avait loué « provisoirement » en arrivant à Fécamp. La Farandole, la maison familiale en passe d’être vendue, était partiellement démeublée et sinistre à souhait pour ne pas dire inhabitable. Il pénétra dans le hall, prit son courrier dans la boite aux lettres et c’est alors qu’il le vit : L’escalier…
Cela faisait plusieurs mois qu’il habitait là et il n’avait jamais fait le lien, ni repensé à cet autre escalier si semblable au pied duquel sa vie, ou plutôt une autre vie s’était brisée. Il frissonna. Quel curieux rapport entretenait-il avec les escaliers ? Il repensa à ce dont il voulait se souvenir comme « d’un accident » la chute interminable d’Agnès sur les volées de marches en pierre de l’hôtel particulier de ses parents…
Le choc avec la dernière marche avait été fatal et si Agnès avait survécu, elle était dans le coma. Elle n’était plus enceinte et Martin savait qu’il ne l’épouserait jamais.
Il se souvenait vaguement de l’avoir poussée mais commençait à l’oublier à force d’en avoir persuadé les autres et il s’était mis à croire en son innocence. Seule Agnès savait… Et elle ne pouvait plus parler. Lui, Martin était libre, enchaîné à cet instant, mais libre de vivre loin d’elle. Il pensa qu’il ne l’avait jamais aimée, ni même désirée comme il désirait Lili depuis le premier regard.
Il renonça à sa première visite et attendit quelques jours tout en prenant des nouvelles et puis un matin, il sut qu’il allait la revoir ! Sur la route qui longeait la côte, il se dirigeait vers l’hôpital, oppressé, le cœur broyé, la respiration bloquée, comme en apnée dans un sentiment amoureux qui ne disait pas encore son nom.
Lili l’attendait dans sa chambre ensoleillée à l’heure des visites médicales. Elle était souriante et fraiche comme si la douleur, si intense les premiers jours, la laissait enfin en paix. Elle portait une chemise de nuit ancienne dont la broderie anglaise dissimulait en partie la minerve qui entourait son cou. Martin s’appuya des deux mains sur le pied de son lit et chercha ses mots, mais c’est elle qui parla la première.
- Bonjour Docteur, je m’attendais à vous voir plus tôt… Oh mais ce n’est pas un reproche ! Je me doute que ce n’était pas facile pour vous de venir jusqu’au Havre...
Martin remarqua en la revoyant qu’il avait mémorisé le dessin de ses lèvres, mais aussi la forme de ses ongles, petits et plats comme ceux d’une enfant, ses mains fines comme sa taille contre laquelle elle maintenait le drap replié. Il était tombé amoureux en son absence, en reconstruisant son corps, ses gestes et dans ses rêves Lili était indemne de toute blessure.
La jeune femme avait beau lui montrer le plâtre qui entourait sa jambe et ses nombreuses ecchymoses, Martin aveuglé, ne voyait rien d’autre que le corps transfiguré de celle qui occupait ses pensées depuis huit jours.
- Lili, je crois que tout est prêt pour votre sortie, si vous le souhaitez, je peux vous ramener chez vous…
Il l’avait appelé Lili et évita son regard quand il lui dit en la quittant :
- J’ai deux ou trois courses à faire, je passerai vous prendre en début d’après midi si vous le voulez ?
Lili souriait, parfaitement détendue et lui répondit :
- Merci, c’est très gentil ! Je suis vraiment heureuse de rentrer chez moi… Si ça ne vous ennuie pas, pourrait-on ramener Julien aussi ? Je l’attends, il doit venir me voir…
Martin referma la porte et se dirigea d’un pas ferme vers le hall, il croisa Julien qui montait vers la chambre de Lili et fit semblant de ne pas le voir.
A suivre
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