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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 21:55
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    

Blanche était plus ou moins satisfaite du dernier passage qu’elle venait d’écrire au sujet de Lili. C’était un personnage difficile pour elle, pour ne pas dire douloureux. Lili, son antithèse, la malmenait dans son intimité et au fond elle la fascinait aussi. C’est peut-être en partie à cause de Lili qu’elle avait renoncé à écrire avec Yoshka. Elle n’avait pas supporté l’idée qu’il puisse se servir de ce personnage pour donner libre cours à ses fantasmes masculins…. Enfin, c’est ce qu’elle lui avait reproché dans un de ses derniers mails :

« De Blanche à Yoshka  :

J’ai lu ce que tu as écris au sujet de Lili, mais tu oublies l’essentiel quand tu la décris avec tant de complaisance masculine (et puis, c’est « mon » personnage…)  Elle ne t’appartient pas, pas d’avantage qu’à Martin. C’est une femme air et eau, un amphibie, d’ailleurs elle a toujours avoué avoir la sexualité d’une tortue de mer… (Si tu ne sais pas ce que cela signifie, n’hésite pas à me le demander…)

Blanche »

Yoshka lui avait répondu par un long texte fort documenté (Il avait  finalement aimé  l’idée d’une sexualité de tortue de mer pour une héroïne) qui se terminait par un article d’une encyclopédie sur la reproduction et l’accouplement des tortues : « Lors de l’accouplement, le mâle s'accroche par ses deux griffes antérieures (qui sont donc des caractères sexuels secondaires) à la carapace de la femelle. Les femelles peuvent conserver les spermatozoïdes des mâles durant plusieurs mois ou années dans un repli de leur oviducte. Les femelles ne pondent que sur leur lieu de naissance, à quelques mètres ou centaines de mètres près, suivant les espèces. »

Bon, je ne sais pas si nous sommes très avancés sur la sexualité de Lili Lemaire…

Yoshka.

 

De Blanche à Yoshka,

Oh comme tu es émouvant avec tes recherches ! Finalement tu me donnes des idées que je n’avais pas. Cela me plait beaucoup de supposer que Lili, comme les tortues de mer, ne peut s’accoupler que près de son lieu de naissance (et pour tout te dire, je la comprends…) Initialement cette boutade m’était venue pour son caractère exotique, sans que je sache exactement pourquoi je l’utilisais. Maintenant, j’aime bien l’idée de l’eau, de Lilli offerte et silencieuse dans une relative indifférence. Quant à supposer que comme une tortue sur le dos, Lili serait systématiquement passive, il n’y a qu’un pas et je ne le franchis pas. Car ce n’est pas parce qu’une femme se montre léthargique en amour qu’elle le demeurera en toute circonstance et avec tous ses partenaires. Il y a des miracles, c’est affaire de rencontre… C’est si long une vie de femme, une vie sexuelle, une vie amoureuse qu’importe ! Oui, on peut supposer qu’il y a des temps morts, des périodes « tortue de mer » et j’y pense, surtout à Thorville, entre l’habitude, et les tempêtes de nord ouest quand il n’y a rien à faire d’autre que d’attendre…

Mon cher Yoshka, malgré tes nombreux talents, ne me dis pas que tu es narcissique au point de ne pas avoir repéré « quelques tortues de mer » dans tes conquêtes…

Je t’embrasse

Blanche

 

Blanche avait imprimé ces deux derniers mails et les gardait dans son cahier. Maintenant qu’elle se trouvait confrontée au caractère de Lili, elle les relisait, cherchait une passe, un signe quelque chose qui l’aurait mise sur la bonne voie.

En fait, ce qui échappait à Blanche c’est le caractère solaire, l’instinct du bonheur de Lili et peu importe ce que sa sexualité en traduisait aux yeux des autres. Elle aimait, de tous ses pores, de chacune de ses cellules, elle aimait tant et si bien qu’il n’était pas rare qu’elle jouisse seule du spectacle de la vie qu’il s’agisse d’un lever de soleil sur les falaises ou de tout autre chose.

Rien n’était prévisible pour Lili.

Sauf Thorville,  cette volonté d’y vivre, d’y aimer ou plutôt d’y partager son plaisir.

Elle savait attendre ce qui revient à date précise : les saisons,  les oiseaux migrateurs mais parfois aussi, d’autres ombres, des souvenirs que rien ne peut faire oublier.

Lili était une femme d’air et d’eau, une Vénus callipyge dont le corps traduisait ce don particulier pour la lenteur.

à suivre...

 


 

Par Sybille de Bollardiere
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