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  • : Sybille de Bollardiere
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  • : Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et de "MU-GHINDO" à paraître en 2010.

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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /2009 22:48
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable

 

Avant de rencontrer Lili, Martin n’attendait des femmes qu’un plaisir intense certes, mais bref et surtout, ni tendresse ni projets. En matière d’amour ses goûts étaient simples pour ne pas dire frustes. Sa vision de la chair avait été quelque peu malmenée par son éducation rigide et sa carrière médicale. Six années de pratique en médecine esthétique l’avaient convaincu que la beauté ne devait rien au hasard et qu’elle avait un coût  dont il entendait bien profiter sans états d’âme.  Et puis un soir de mai, dans un très bel hôtel particulier d’une voie privée du XVI arrondissement, tout avait basculé. Le corps parfait d’Agnès M. réputée tant pour sa fortune que pour ses qualités de juriste, n’était plus qu’un pantin désarticulé. Dans l’année qui suivit, Martin perdit ses relations, la liberté de quitter la France en attendant la fin du procès et bien sa carrière et ses précieuses patientes.

Ce soir là, en ramenant Lili chez elle, il réalisa qu’il avait renoncé sans aucune difficulté à sa vie parisienne. Dorénavant rien ne lui paraissait plus exaltant que son destin de médecin perdu sur la côte un soir de tempête. Il songea qu’il avait bien du mal à mettre un nom sur ce qu’il éprouvait pour Lili et cela l’agaçait. Elle ne ressemblait en rien à ce qu’il avait pu connaitre et il n’était même pas certain de pouvoir la qualifier de « belle » . Non, elle échappait à toute tentative de description et c’est ce qui le motiva à revenir chaque jour, comme si le fait de franchir sa porte avait le pouvoir de le soulager de cette douloureuse étreinte qui lui coupait le souffle.

Martin comptait sur l’habitude pour maîtriser ses sentiments, s’en remettait à la routine d’une visite domiciliaire quotidienne pour espérer faire de Lili une maitresse ordinaire sinon banale.

Le temps leur offrit une accalmie et de beaux après midi ensoleillés que Lili passait dans sa véranda à peindre, confortablement installée dans un fauteuil pour ne rien perdre de la vue. Elle pouvait le voir arriver chaque jour aux alentours de midi, une fois ses visites terminées. Martin venait s’asseoir près d’elle et surveillait les progrès de sa guérison tout en s’informant de sa vie et de ses projets.

Lili ne répondait qu’en souriant et parfois, elle s’enhardissait jusqu’à lui proposer de rester déjeuner. Il avait toujours décliné. Conscient de ne rien pouvoir avaler en sa présence il préférait s’enfuir. Pourtant un jour il lui fit l’amour.  

Il était arrivé brusquement avec une envie d’en finir, en fin d’après midi, ce qui était tout aussi inhabituel que la mine défaite qu’il offrit à Lili ce jour là. Elle comprit et se montra docile, complaisante, pas vraiment amoureuse, ce qui  acheva Martin.

Son retour chez lui fut un calvaire.

Il avait regagné sa voiture et était resté un moment immobile, le front contre le volant. Plus tard devant la mer, les yeux fermés, il avait marché dans le parfum de Lili et dans l’incertitude de la revoir. Il avait été mauvais et il le savait.

Lili, quant à elle, avait le même souvenir, Martin lui était apparu touchant de maladresse et c’est justement ce qui lui donna envie de le revoir.

Blanche poussa un grand soupir ; elle en avait enfin terminé – un peu rapidement, elle en était consciente – avec cette scène qu’elle redoutait. Elle avait toujours vu en Martin le type du mauvais amant et pourtant, elle tenait par-dessus tout à sa séduction et à son charme. Elle imaginait déjà la réaction de Yoshka, les plaisanteries acerbes qu’il ne manquerait pas de faire sur son héros, mais aussi sur elle, Blanche. Alors elle prépara sa réplique comme on fourbit ses armes, avec patience et détermination. Yoshka pouvait lui envoyer un mail ou encore l’appeler, peu importait ! Elle, Blanche savait que « l’amour en zone inondable » obéissait aux seules lois de Lili. D’ailleurs, elle aimait à se le rappeler à voix haute : Lili était la fille de la violoncelliste Génia Allassymovitch et de l’un de ses amants : un écrivain orientaliste parfaitement inconnu répondant au nom de Xavier Lemaire.

 

à suivre

 

 


Par Sybille de Bollardiere - Communauté : papierlibre
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