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  • Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et "d'Une femme d'Argile" à paraître.

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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /2009 21:44
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable - Partager    



Assise sur la digue au pied du parking désert,  je regarde la mer.  Ils sont repartis… Et face à ce vide immense qui résonne de leurs vies, de leurs amours, de leurs déchirements mais aussi de leurs silences, je me sens comme une reine déchue. Quel est ce royaume dévasté où les mouettes ont remplacé par leur cri les dialogues des personnages ? Un roman en ligne : L’Amour en Zone Inondable n° 30- C’est un anniversaire qui compte tout de même et d’ailleurs j’ai vieilli.

Trahie par ce temps qui nous a réunit l’espace d’un week-end : Blanche, Yoshka et moi. Trahie par les  silhouettes de Martin et de Lili qui surveillaient nos allers et venues sur cette grève d’ordinaire si tranquille. Oui, trahie par des personnages qui n’en font qu’à leur tête et me réveillent la nuit en faisant mine de l’oublier au petit matin.  Autrefois je n’écrivais que des poèmes. C’était bref,  sans suite et sans inconvénient et la plupart du temps, tout le monde était content (Sauf l’éditeur bien sûr, on n’édite plus de poèmes !)

Aujourd’hui la mer descend plus lentement que d’habitude, plus grise aussi,  comme Blanche ce matin quand elle a quitté l’hôtel. Elle avait les traits tirés… Ah la garce ! Deux nuits d’amour et pas une ligne, c’est sûr, elle a pris du bon temps !  Et pourtant, elle a navigué en amour comme en tempête, avec des « tours de rouleaux », une « petite voile » pour ne pas tomber amoureuse, ça peut se justifier pour  longer les côtes avec prudence  les jours de gros temps,  mais chez Blanche  c’est une habitude, ne jamais lâcher… Tout mais pas ça n’est pas Blanche ?

Elle n’avouera pas, c’est pour ça qu’elle écrit. C’est pour ça que Martin Hamel son héros transpire la nuit, c’est aussi pour ça qu’elle n’arrive pas à parler de Lili et qu’elle a fait venir Yoshka.

Avant de quitter Thorville, Blanche est passée par la plage pour prendre un galet en douce. Elle m’a vue et s’est approchée de moi.

- Vous êtes toujours là ?

- Que voulez vous  Blanche… J’admire la façon dont vous vous y prenez !

- Mais qu’est ce que vous racontez ? Tout est simple ! J’ai simplement passé un excellent week-end avec un ami et…

- Et il est déjà reparti ! Au fait il est passé me voir…

- Qui ça ?

- Yoshka évidemment ! Qui voulez vous que ce soit ?

- Que vous a-t-il dit ?

- Blanche… Vous ne vous rappelez vraiment de rien ?

- Non, vous le savez mieux que personne, j’ai des nuits aveugles et sourdes… Mais très passionnées quand même !

- Oui, il me l’a dit, il paraissait d’ailleurs assez satisfait...

- Yoshka en pleine forme et sans viagra…  Mais que vous a-t-il dit d’autre ?

- Qu’il était désolé de partir…

J’ai menti. Comment lui avouer ce que Yoshka m’avait raconté. Après l’amour, chaque nuit, ces hurlements de loup de pleine lune et Blanche en chien de fusil devant le mur de la chambre gémissant dans un incompréhensible langage. Yoshka l’avait prise dans ses bras, avait essuyé ses tempes brûlantes, puis il lui avait parlé mais, les yeux absents, Blanche ne le voyait pas plus qu’elle ne l’entendait. Il m’avait chargé de parler à Blanche : « Dites lui que « je sais »,  que je l’ai vue et qu’il faut qu’elle écrive « cela » et rien d’autre ! »

Blanche a pris son sac de voyage et je me suis levée pour l’accompagner jusqu’à sa voiture. Avant de me quitter,  elle a pris mon bras.

- Vous savez, j’aime cet endroit et j’y reviendrai. Vous aussi n’est ce pas ?

Yoshka m’avait glissé la même phrase en partant tout en ajoutant :

- Elle est impossible Blanche mais je m’en suis bien tiré pour cette fois ! De toute façons, nous sommes tous des cinglés n’est ce pas ? Allez,  je vous embrasse !

 

 


Par Sybille de Bollardiere
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