Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 22:57
- Publié dans : L'Amour en Zone Inondable



 

Deux semaines s’étaient écoulées depuis le retour de Blanche dans sa maison de L’Eure, deux longues semaines de pluies qui installaient l’automne et en ternissaient déjà les lumineuses couleurs.  Le ciel rincé de Normandie ne m’inspirait probablement pas assez ; toujours est-il que je pris quelques vacances, délaissant mes deux héros pour d’insidieuses et noires pensées dont je vous ferai grâce. Je me suis soignée en poésie et mes blancs d’ici portent un nom ailleurs.


A se croire dotée d’un don d’ubiquité on en perd le fil du récit et Blanche, livrée à elle-même, commença à songer à un fin possible pour l’Amour en Zone Inondable. Préoccupée du devenir du roman, elle ne s’émut ni du temps exécrable, ni du mutisme de son visiteur. C’est à peine si elle le questionna sur sa vie et ses projets. Visiblement épuisé par un voyage qui avait du être pénible, Yoshka Boric avait accepté l’hospitalité qu’on lui offrait sans préciser la durée de son séjour ; seul son maigre bagage laissait supposer qu’il ne resterait pas longtemps. Est-ce pour cette raison que Blanche l’installa dans cette petite pièce du premier qui servait autrefois de lingerie ? Je ne le crois pas. Cette modeste chambre avait quelques avantages. Située au sud, elle bénéficiait d’un large ensoleillement – ce qui ne profita guère à Yoshka durant ces deux semaines – Mais elle avait également la particularité d’être reliée par une porte communicante au bureau de Blanche. « Le géant », comme le nommait Blanche en elle-même, se trouvait ainsi logé au cœur de la maison, libre de découvrir la bibliothèque et d’observer l’auteur à son œuvre.


S’il avait sourit en découvrant l’exigüité du lit de la fameuse chambre au sud, Yoshka n’en avait pas moins dormi plus de quinze heures la nuit de son arrivée.  Dans les jours qui suivirent, toujours silencieux mais prenant ses aises, il fit le tour de la maison, puis du jardin et poussa jusqu’au village dont il revint avec quelques provisions et des journaux.


Un matin, malgré le temps plutôt frais, il était vêtu d’une simple chemise blanche et d’un jean. Rasé de près, reposé, il paraissait heureux et détendu. Blanche préparait le déjeuner dans la cuisine quand elle le vit rentrer. Elle s’émut de l’entendre parler au téléphone, craignant qu’il lui annonce son prochain départ. Elle réalisa qu’elle ne savait toujours rien de lui à part qu’il venait de Croatie. C’est là-bas qu’il avait rencontrée et séduit une certaine Lucy qu’il suivit jusqu’à Jersey. Leur histoire avait duré quelques mois, le temps qu’un autre Yoshka fasse son apparition et leur propose un étrange marché. Faute de tout connaitre de son visiteur, ses quelques révélations avaient tout de même ouvert les yeux de Blanche. Elle avait beau se mordre la lèvre, « son Yoshka » s’était bien moquée d’elle. Sachant qu’elle ne le reverrait plus, Blanche prit son parti de cette situation et après une semaine, sans pour autant savoir comment évolueraient leurs relations, elle ne souhaitait plus du tout le départ  de Yoshka Boric. Aussi fut-elle très surprise lorsqu’après avoir refermé son portable, il se tourna vers elle :


- Blanche, nous déjeunons à quelle heure ?

- Bientôt… Enfin… Quand vous voulez. Pourquoi, vous devez partir ?

- Non, je voulais juste savoir si j’avais le temps d’envoyer quelques mails… Si vous permettez que je me serve de votre PC bien sur.


Yoshka Boric parlait d’une voix caverneuse en roulant les « R » et terminait toutes ses phrases par un long sourire qui ne modifiait que le bas de son visage tandis que son regard noir restait étrangement fixe et pénétrant.

Tout cela avait le don de perturber Blanche dans ses jugements et lui interdisait de prendre une quelconque décision. Elle se laissait porter par les événements, se contentant de rougir d’émotion dès que le « géant » lui adressait la parole. C’est donc quatre à quatre qu’elle monta l’escalier pour lui ouvrir son PC.


Elle ne parut pas plus étonnée quand il redescendit vers 14 heures en souriant :


- Désolé Blanche de vous avoir fait attendre et en plus j’ai vraiment faim.

Certaines femmes sont par nature, sensibles à la vision des hommes puissants dotés d’appétits d’ogre. Blanche était de celles-là. Voir manger Yoshka Boric lui procurait un plaisir aussi inattendu que violent.  Elle était prête à lui décrocher la lune pour qu’il ne parte pas et ça tombait bien, parce qu’à voir la façon dont il la regardait, on pouvait penser qu’il n’allait pas tarder à lui demander.


- Blanche, dites-moi, ça vous ennuierait que je jette un coup d’œil sur votre roman ? Vous me pardonnez n’est ce pas ? Je n’ai pas pu m’empêcher d’ouvrir le fichier…


Blanche interdite ne sut quoi répondre, alors Yoshka  Boric se leva, posa sa serviette sur la table et la prit par la main :

-  Venez, il faut qu’on parle tous les deux !


Il lui parla deux jours et deux nuits. Au petit matin du dernier jour, il lui fit l’amour.


à suivre

 

 

 

 

Par Sybille de Bollardiere - Communauté : Romans en ligne
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  • : Sybille de Bollardiere
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  • : Romancière, poète, Sybille de Bollardière vit entre la région parisienne et le Perche. Elle est l'auteur du roman "Le Défaut des Origines" publié aux Editions Ramsay 2004 (Prix Lafayette)et de "MU-GHINDO" à paraître en 2010.

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