Partager l'article ! Telle qu'elle était, gravide et nue: Il pleut depuis des lunes Invisible dans la nuit d’encre Tout le con ...
Il pleut depuis des lunes
Invisible dans la nuit d’encre
Tout le continent défile
Contre ma barque délestée de ses rêves
Souillure des berges où l’ingérence des eaux emporte
Jardins - étoffes - nuages
Et des éclats d’îles dans la nuit
Comme des corps chavirés
Vers le sommeil du delta
Absence de signe autre
Que le bleu écaillé du ciel
Et le grand tourment du soleil
Dans l’enchevêtrement des pluies
Un feu dessine un temple
Dans les mailles d’une mangrove
Et je la vois Elle, dans le jeu des flammes
Telle qu’elle était
Avant que le monde ne l’habille
Remontant le Nil et les cataractes
Du Soudan aux vallées kenyanes
Telle qu’elle était, gravide et nue
Depuis les premières collines de l’Est
Jusqu’au commencement de l’eau.
L’altérée
Comme une stèle noire sur la rive
Tissant l’homme à venir
Avec du jonc de l’écume et du feu.
Plus bas au seuil de la nuit qui rougit l’échine des falaises
Le fleuve emporte son cri dans la plainte des rapides
Une nouvelle lune m’accompagne
Sur le miroir des eaux.
Extrait - L'altérée - Poèmes du Djoué
Sybille de
Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a
publié Alizarine,
poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman
Ramsay 2004, (Prix La Fayette) Une femme d'argile, L'Editeur, 2011. Membre du jury du Prix Rive Gauche à Paris
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Il y a de la sérénité dans ce silence que vos sons portent avec une douce harmonie.
Merci, Sybille, de nous enchanter ainsi.
Bon dimanche à vous.
Merci Marianne, un très beau dimanche à vous également
J'ai écrit ce poème en 1993 au Congo. Je l'ai laissé tel que je l'avais écrit parce que, confidence, il est à l'origine de l'écriture du roman, de son titre aussi. Il faut mourir pour renaître, pour accepter cette part de soi, sauvage, plus exactement primordiale qui surgit avec ce cri. J
Les derniers vers pour moi sont une image de paix, une nouvelle vie. Ceci dit le roman est tout autre chose. Vous verrez... Merci Antoine