Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 10:23
- Publié dans : Poésie

 

Il pleut depuis des lunes

Invisible dans la nuit d’encre

Tout le continent défile

Contre ma barque délestée de ses rêves

Souillure des berges où l’ingérence des eaux emporte

Jardins - étoffes - nuages

Et des éclats d’îles dans la nuit

Comme des corps chavirés

Vers le sommeil du delta

 

Absence de signe autre

Que le bleu écaillé du ciel

Et le grand tourment du soleil

Dans l’enchevêtrement des pluies

 

Un feu dessine un temple

Dans les mailles d’une mangrove

Et je la vois Elle, dans le jeu des flammes

Telle qu’elle était

Avant que le monde ne l’habille

Remontant le Nil et les cataractes

Du Soudan aux vallées kenyanes

Telle qu’elle était, gravide et nue

Depuis les premières collines de l’Est

Jusqu’au commencement de l’eau.

 

L’altérée

Comme une stèle noire sur la rive

Tissant l’homme à venir

Avec du jonc de l’écume et du feu.

 

Plus bas au seuil de la nuit qui rougit l’échine des falaises

Le fleuve emporte son cri dans la plainte des rapides

Une nouvelle lune m’accompagne

Sur le miroir des eaux.

 

Extrait - L'altérée - Poèmes du Djoué


Par Sybille de Bollardiere
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Commentaires

Qu'est-ce que c'est beau ! On se sent transporté par vos mots dans votre barque où la poésie baigne dans chaque pan de paysage.
Il y a de la sérénité dans ce silence que vos sons portent avec une douce harmonie.
Merci, Sybille, de nous enchanter ainsi.
Bon dimanche à vous.
Commentaire n°1 posté par Marianne le 17/04/2011 à 11h49

Merci Marianne, un très beau dimanche à vous également

Réponse de Sybille de Bollardiere le 17/04/2011 à 11h57
C'est superbe ! D' autant plus qu'il se passe quelque chose de fort, en vous, que l'on perçoit. A tel point que je me permets cette question : êtes-vous certaine de la fin ? Le double cliché de la lune qui accompagne et plus encore du "miroir des eaux" m'a sorti brutalement du rêve cauchemardesque où j'étais plongé.
Commentaire n°2 posté par Antoine le 17/04/2011 à 14h12

J'ai écrit ce poème en 1993 au Congo. Je l'ai laissé tel que je l'avais écrit parce que, confidence, il est à l'origine de l'écriture du roman, de son titre aussi. Il faut mourir pour renaître, pour accepter cette part de soi, sauvage, plus exactement primordiale qui surgit avec ce cri. J

Réponse de Sybille de Bollardiere le 17/04/2011 à 14h32
Merci de ces précisions... je le lis mieux maintenant. Et je suis confirmé dans mon sentiment que les deux derniers vers n'expriment qu'une idée, d'où l'absence d'image poétique personnelle et les clichés. Je comprends aussi que vous teniez à cette idée... que le roman exprime de façon poétique ? Il faut que je me le commande, au fait !
Commentaire n°3 posté par Antoine le 17/04/2011 à 15h01

Les derniers vers pour moi sont une image de paix, une nouvelle vie. Ceci dit le roman est tout autre chose. Vous verrez... Merci Antoine

Réponse de Sybille de Bollardiere le 17/04/2011 à 15h09

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S. de B. Sybille de Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a publié Alizarine, poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman Ramsay 2004, (Prix La Fayette)  Une femme d'argile, L'Editeur, 2011.  Membre du jury du Prix Rive Gauche à Paris




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