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L'orage et la plaine immense, jaune comme l'été...

29 Août 2013, 10:59am

Publié par Sybille de Bollardiere

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Mercredi 28 août 2013

Il fait beau, c’est le soir et le train file vers l’ouest. Heureuse de rentrer chez moi, j’écris dans ma tête en photographiant le coucher du soleil sur la plaine. Soudain "le livre" je revois l’orage…

« Elle s’est assise au bord de la rivière, ou plutôt elle vient de glisser, un vertige peut-être, ses mains tremblent. C’est un matin de juin et il y a de l’orage, un vent lourd et épais descend le vallon, un vent chargé d’éclairs encore silencieux. Elle se lève, regarde le ciel et décide de remonter vers la maison mais c’est un peu tard. L'orage est là avec ses tornades de vent qui tordent les branches alors que des trombes d’eau  transforment le chemin en torrent de boue et de pierres. Un temps épouvantable que rien ne laissait présager au matin quand Irène envisageait de prendre sa voiture pour rejoindre les plages. Elle imaginait même proposer à Alice de l’accompagner, elle qui aime tant la côte. Justement, sa mère est seule à la maison et elle craint l’orage. Irène s’en veut déjà d’être partie, elle aimerait remonter plus vite mais le vent l’en empêche, la contraint à s’abriter près du pont sur la rivière, juste le temps que ça se calme. Eclairs et tonnerre se partagent le ciel, un ciel d’encre et de fracas qui la ramène des années en arrière à un moment d’enfance oublié. Elle ne se souvient pas de l’endroit, seulement d’elle très petite assise à l’arrière de la voiture pendant que sa mère conduisait. La plaine était immense, jaune comme l’été et le ciel anthracite à perte de vue. Par endroits quelques rares et maigres bosquets le long de l’étroite route, mais pas un village, pas même un hameau ou une maison. L’orage est arrivé, Alice s’accrochait au volant en pleurant, elle avait peur et il fallait fuir, continuer droit devant. Irène assise, tenait dans ses bras sa couche-doudou de coton et suçait son pouce. Appuyée contre le siège avant elle observait le profil de sa mère couvert de larmes, elle la voyait fermer les yeux un bref instant à chaque éclair et gémir quand le tonnerre remplissait l’espace de son grondement. Parfois ça claquait devant elles sur la route, comme un feu d’artifice. Le ciel déchiré et menaçant entourait la voiture de son immensité et la plaine n’était plus qu’un océan jaune lavé de pluie. « Il faut que l’on continue disait Alice, tu ne dois pas avoir peur avec moi, tu ne risques rien… » Irène n’avait pas peur, elle ne craignait rien seule avec sa mère. Elle ne se souvient plus de la suite, où allaient- elles ? D’où venaient-elles ? Pour quelle raison Alice pleurait-elle autant ? Elle avait beau chercher dans sa mémoire, ce n’était que le grand vide autour de l’orage et ce bonheur intense d’être là, ensemble. »

C’était probablement quelque part près d’ici, en Beauce ou en Thymerais et demain ça n’appartiendra plus qu’à la fiction. J’aime cette impression de se vider de soi dans le livre. Maintenant je me remets au travail et bonne rentrée à tous.