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Quand j’arrive à Paris certains matins, j’ai déjà entendu la nuit craquer dans les bois et découvert sur les vallées d’ici, les soleils rouges de l’aube et leurs lacs de brume. Plus loin sur la plaine vide et morne où m’entrainent les rails, je repense à ceux que je laisse après les avoir dérangé : animaux sauvages qui regagnaient les lisières quand ils m’ont croisée. Quand j’arrive à Paris le plus souvent je n’ai aucune idée du monde qui m’attend, je voyage, métro ou train, sur d’autres lignes, au fil des pages que je lis où que j’imagine écrire.
Récemment j’ai lu, je crois dans le dernier numéro du Magazine Littéraire, ce mot de Michon « La littérature est une forme déchue de la prière, la prière d’un monde sans Dieu » Eh bien moi, le mien de dieu, s’il ne sait plus très bien son nom que je ne prononce pas, il se réjouit de chaque mot, de chaque ligne mais aussi de chaque labour et jusqu’à la plus minuscule trace humaine, ne serait elle qu’une griffe à la surface de la terre.
Il nous en faut bien un dieu généreux à nous autres, griffeurs de pages et de jours dans le plus parfait silence et face à la plus glorieuse indifférence… Un dieu joyeux et tout de même un peu condescendant quand il répond à nos vaines interrogations « Ne te pose pas la question de savoir si cette histoire mérite d’être écrite ou lue, cela reviendrait à te questionner sur ton droit d’exister… ECRIS-LA » Il a raison et je me dis toujours la même chose en arrivant à Paris, « Dieu-le-pas-nommé » a toujours raison. On écrit parce que la plupart du temps on ne sait faire que ça, que la politique est devenue insupportable, la guerre et le sexe terriblement ennuyeux depuis qu’il n’y a plus de vraie conquête. Le dernier combat reste la littérature même si les plus grands aimeraient mieux d’autres gloires que celles que leur offrent leurs lecteurs…
En disant cela je pense aux lectrices bien sûr et pas n’importe lesquelles, du beau monde de la ligne Paris-Nogent le Rotrou, où des dames bien coiffées parlent dans le train du week-end à venir de leur ISF et de leurs chères lectures, des lectrices enragées de Sollers dont l’une déclarait avec un air désenchanté à propos du dernier opus « Le Sollers se termine petit-à-petit, le soir».
Voila, c’est ça un grand écrivain, ça se boit comme une tisane avant d’aller dormir.
Sybille de
Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a
publié Alizarine,
poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman
Ramsay 2004, (Prix La Fayette) Une femme d'argile, L'Editeur, 2011. Membre du jury du Prix Rive Gauche à Paris
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Merci Roméo, il faudra m'expliquer cette spécificité française
je vous lis et je suis émue. A cause de ce combat silencieux envers soi-même, ces doutes rongeants,ce "droit d'exister" qu'ils renieraient.
Je connais bien ce duel intérieur. C'est un défi ravissant pourtant qui donne à se sentir vivant.
Continuez d'exister dans vos lignes, vous savez enchanter et toucher. Aucun discours n'est jamais parfait... mais l'important, l'essentiel - souvent difficile à expliquer à un lecteur - est ce qui se vit au coeur même de l'expérience d'écriture.
Le dieu sans nom, a tant raison de vous enjoindre ce pari aussi vaste que notre capitale : "écris-la".
Je m'empresse de noter (pour me l'appliquer quand nécessaire) cette réflexion et cette injonction encourageante ! Merci de l'avoir laissée ici pour tous ceux qui, n'en doutez pas, connaissent eux aussi ces moments d'interrogations.
Chaque livre - qu'il soit abouti ou non, publié ou non - est pour l'auteur un palier supplémentaire vers une certaine liberté de créer et une forme d'affranchissement.
Et puis, si c'est souvent avec désinvolture que des lecteurs parlent d'un livre, certains vous disent sûrement ce qu'ils ont vécu au fond d'eux en vous lisant.
C'est alors que le partage prend un sens.
Je vous envoie mes chaleureux encouragements .
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"Nuit après nuit, jour après jour, en rêve, la demande est insistante et pressante : il faut absolument terminer ce livre, le mener à bien, le livrer à l'extérieur pour le vérifier. Il faut..."
(Philippe SOLLERS, Trésor d'Amour)
source : http://www.philippesollers.net/tresor-d-amour.html
Cela ne ressemble-t-il pas à ce "écris-le" qui vous est soufflé ? :-)
Merci Marianne pour ces mots qui me vont droit au coeur et pour la belle citation de Sollers... Oui, c'est bien de cela dont nous parlons... Il faut continuer... Amitiés
Aprés tant de "Poulpitudes"...
Merci Ali, moi aussi j'avais besoin de retrouver mes mots... A bientôt
Merci Roméo,
...Alors je suis française... Dela chair à canon délayée d'encre et de mots pour afronter un monde désanchanté...