Chroniques


Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 20:48
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                   Marbre Hadrien 1


Tête d'Hadrien en marbre blanc, XIX siècle

« Nous étions d’accord presque sur tout. Nous avions tous deux la passion d’orner puis de dépouiller notre âme, d’éprouver notre esprit à toutes les pierres de touche. Elle inclinait à la philosophie épicurienne, ce lit étroit, mais propre, sur lequel j’ai étendu ma pensée. Le mystère des dieux, qui me hantait, ne l’inquiétait pas ; elle n’avait pas non plus mon goût passionné des corps. Elle était chaste par dégoût du facile, généreuse par décision plutôt que par nature, sagement méfiante, mais prête à tout accepter d’un ami, même ses inévitables erreurs. L’amitié était un choix où elle s’engageait tout entière ; elle s’y livrait absolument, et comme je ne l’ai fait qu’à l’amour. »

Marguerite Yourcenar

Les Mémoires d’Hadrien à propos de Plotine 


Ce n'est pas qu'une citation, c’est une œuvre, un rendez-vous, un souvenir, une litanie, une prière… Oui, peut-être la mienne.


Par Sybille de Bollardiere
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 09:50
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J’ai souvent rêvé d’une famille ordinaire, calme, paisible. Je l’imagine étalée au soleil d’un éternel printemps dans l’odeur des premiers lilas avec le cri des enfants jouant dans les allées et sur de vastes pelouses, posés au gré de l’ombre des grands arbres, quelques personnes âgées souriantes et heureuses.

     Et rien que d’écrire cela j’ai l’impression de l’avoir vécu, je me vois allant de l’un à l’autre, enfant échauffée d’avoir trop couru, les mains collantes de sucreries, plus grande, tâchée du jus des premiers fruits et puis comme aujourd’hui, témoin ému, repliée, épiant du crayon ou du stylo ce qui ne se reproduira plus, ce qui s’enfuit déjà et même ce qui n’a jamais eu lieu. Et le reste je l’inventerai comme j’ai eu envie autrefois d’empailler ceux que j’avais tant aimé, trop peut-être pour survivre sans dommage aux époques révolues.

      Pourquoi les enfants pleurent-ils dans mes rêves, je me le demande souvent. Parfois si fort que j’entends leur cri me suivre dans la rue, il s’enfle et grandit autour de moi jusqu’à ce que je prenne les armes, stylo en main. Je crois tirer à bout portant mais je ne dis rien, je n’écris rien. Je falsifie, détourne, arrange, trahit et embellit, je restaure parfois mais si peu, si peu.

      Il y a des familles qui se prêtent à l’écriture, non qu’elles le méritent, je pense qu’aucune ne mérite cela, mais disons que cela leur va bien. Pendant des décennies elles ont attendu leur heure de gloire tapageuse dans un confort bourgeois et ennuyeux alors elles acceptent de souffrir un peu et se remettront aussi vite que les livres s’oublient. Et puis il y a les familles comme la mienne, une famille en lambeaux qui se serait rêvée heureuse et qui se réveille à l’occasion, au bord du gouffre en poussant des cris de damnée.

     En d’autres temps les nôtres se nommaient eux-mêmes « la chair à canon », le pire n’était pas de naître femme dans ces familles-là, même si leur droit de parole était aussi ténu que leur choix. Avec la violence en héritage et quelques vertus imbéciles ou dogmatiques, nous n’avons jamais craint l’excès, la démesure, les chagrins et l’immense solitude qui précèdent et suit nos éclats. Je dis nous qui est un mot d’emprunt ; aujourd’hui, c’est le JE qui se pratique chez nous comme ailleurs. Un JE jaloux de ses prérogatives, un peu ivre de ses découvertes, de lui-même, mais souvent très malheureux quand on le laisse tout seul.

      Bavards pour taire l’essentiel, chacun cherche sa voix en protégeant ses sources et moi je leur ressemble, cultivant les secrets qui nous on fait, les amplifiant, les détournant. Alors oui, pour parler d’eux, de moi, de qui j’étais, je revendique la fiction, son armure et l’ombre aussi, celle qui croît sous les grands arbres où l’on évoque les secrets à voix basse pour qu’ils prennent un peu l’air sans pour autant se dévoiler tout à fait.

      Et peu importe ! Aujourd'hui, la vie rêvée, libre et aimée, celle que j’écris, c’est la vraie vie, il n’y a pas d’autre révélation à attendre de l’écriture

Par Sybille de Bollardiere
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 14:09
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bede

 

Ou les archives d'un passé composé...  Qu'en faire si comme l'écrit Delphine de Vigan "l'écriture ne donne accès à rien" ?

Le Chesnay, 24 février 2002

  Voilà ça y est, le temps est venu ; après bien des tentatives je me replonge dans cette matière qui m’encombre chaque jour un peu plus, je veux parler du contenu de la malle rouge : mon journal ! 

Il n’a pas toujours été dans une malle, je crois que j’ai du faire cet achat lors de mon premier mariage pour ranger et mettre à l’abri ce qui commençait  à prendre de la place. Donc depuis vingt ans j’empile ces cahiers numérotés et bientôt il faudra songer à un contenant plus vaste. Aujourd’hui il faut compter sur quelques 53 cahiers plus quelques petits carnets qui datent de l’époque où j’espérais prendre de véritables « notes d’écrivains »... 

Récemment il m’est venu l’envie de tout détruire, de faire disparaître ces cahiers qui m'ont suivie partout. Désir d’allègement, de liberté, espoir d’une nouvelle vie, je ne sais pas exactement. Détruire le journal s’est avéré jusqu’à présent impossible, l’histoire qui nous lie est trop ancienne. C’est un peu comme un vieux mariage que l’on ne peut se résoudre à défaire bien qu’on en connaisse toutes les faiblesses, les complaisances et surtout ces impudeurs que l’on ne prend plus la peine de dissimuler. 

A l’idée que mes enfants puissent un jour tomber sur cette masse de cahiers et qu’ils ne sachent qu’en faire, j’ai le projet de tout recopier, de trier, d’élaguer afin de préserver ce qui peut enrichir l’histoire familiale tout en apportant un éclairage sur les zones d’ombre de mon enfance et de mon adolescence.

  Mais c’est avant tout une redoutable tâche que de pénétrer à nouveau ce monde que pour avoir décrit, j’ai partiellement oublié. Ma mémoire est ailleurs, dans des images, des voix et des odeurs que finalement j’ai rarement décrites. Le journal c’est ce voleur de temps à qui je me suis livrée, parfois corps et âme, pour mon mal ou pour mon bien, par tous les temps, à toutes les heures. Le journal à la place d’une vie simple qui aurait cessé de se regarder pour simplement s’écouler, librement, au milieu des autres et de la vie...

 

 Aujourd'hui, les cahiers sont  au nombre de 70... Et il y a longtemps que la malle rouge a débordé... Alors j'archive en images... SB

 

Par Sybille de Bollardiere
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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 11:57
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ecriture 3145  ecriture 3144

Tout le monde croit connaitre Jérusalem pourtant, dans son dernier roman graphique, Guy Delisle nous promène au fil de son quotidien dans une ville déroutante et pleine de contradictions. Avec la rigueur et la simplicité de son trait, on découvre Jérusalem et ses alentours avec les yeux d’un canadien qui se définit modestement lui-même comme « Un type candide mais observateur». C’est un livre passionnant qui m'a beaucoup touchée, en particulier les lieux secrets et les personnages originaux de cette ville écrasée d’histoire et de religion. En dépit de l’humour et de l’autodérision de l’auteur, qui se dépeint souvent comme un père de famille empêtré dans son emploi du temps, le constat est dur et même un peu triste. Sans parti pris, et c’est tout le talent de Delisle, il nous offre un portrait grinçant d’une ville où rien n’est simple, surtout pas l’avenir.

A voir pour le plaisir, sur son site, les croquis de Jérusalem et beaucoup d’autres de ces précédents livres.

Chronique de Jérusalem

Guy Delisle

Editions Delcourt - Novembre 2011

Par Sybille de Bollardiere
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 15:54
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Paris-Rome3.jpg

C’était juste un essai mais je poursuis… La VIE, roman graphique continue et je pense y consacrer pas mal d’énergie et de temps ce qui m’amène à délaisser le blog, facebook et autres… 

Quant à "l'amour en zone inondable", le statut du roman est "à paraître", ce qui n'exclut pas quelques dernières corrections...

Et puis bien sûr :  "Une femme d'argile" chez votre libraire et Amazon

"Le Défaut des Origines" ...Priceminister

Par Sybille de Bollardiere
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sybille-de-b-17-juin-2011 (1) Sybille de Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a publié Alizarine, poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman Ramsay 2004, (Prix La Fayette)  Une femme d'argile, L'Editeur, 2011. 



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