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Blog littéraire de Sybille de Bollardière - Auteur de Romans, de poèmes et d'un roman en ligne : L'Amour en Zone Inondable, sur ce blog. Egalement une chronique "L'Atelier"... d'écriture Publications : Le Défaut des origines - Editions Ramsay - 2004 Alizarine - Editions la Coincidence
Martin Hamel - L'Amour en Zone Inondable 11
Yoshka se demanda s’il venait de rêver de Blanche ou s’il était victime d’une hallucination. Le cœur battant, il resta quelques instants immobile, persuadé qu’elle était derrière lui, quand il se retourna elle avait disparu. Il descendit les marches qui menaient à la berge, près de l’endroit où il avait cru la voir assise. Il n’y avait aucune trace de son passage.
Il remontait en soufflant, quand il sentit la vibration de son portable dans sa poche de pantalon. Le nom de Blanche s’afficha sur l’écran. Il décrocha.
- Alors Yoshka, vous m’avez lâchement abandonnée…
Le ton était léger, ironique.
- Blanche c’est vous ? Mais …. Enfin… Je croyais qu’on se tutoyait ?
- Cela ne me parait pas vraiment primordial … En revanche, votre attitude…
- Quoi mon attitude ! Qu’est ce que j’ai fait ? Et d’abord où êtes vous ?
- Pas très loin de chez vous, mais déjà en route. Vous n’avez pas voulu que l’on se voit, et bien, on ne se verra pas Yoshka. J’ai été très déçue en arrivant mais je m’en remets et voyez vous, je me dis même que c’est une bonne chose.
- Je ne comprends pas, je viens de rentrer, j’ai eu un souci familial… C’est dommage, nous aurions pu nous rencontrer…Tu étais au bord de la rivière n’est ce pas ?
- Oui, ce matin et j’espérais te voir en visitant S***. Je n’ai jamais cru à ton départ…
- Je suis sincèrement désolé Blanche …
- Yoshka, je suis venue ici avec les premières pages du roman et comme tu n’étais pas là, j’ai continué…j e commence à aimer y travailler
- C’est bien … j’aimerais lire…
- Mais toi, tu n’as rien écrit n’est ce pas ?
Yoshka n’écrivait plus depuis plusieurs semaines, ni pour le roman avec Blanche ni pour lui-même. Il préférait se dire qu’il avait le temps, que c’était bien qu’elle commence et qu’il participerait plus tard, quand il irait mieux. L’image de H*** venait les hanter toutes les nuits, son désir pour elle était intact, mortifère. Il se cramponnait à ses rares souvenirs, à ces lambeaux d’après midi qu’elle lui avait offerts sans jamais se donner vraiment. S’il ne pouvait aimer Blanche ni la désirer, il n’était plus capable de se supporter seul. Même la lumière du jour lui était douloureuse. Tapi dans l’ombre de sa tour, il guettait chaque soir le déclin du soleil pour hanter les ruelles de son pas fatigué.
- Allo, Allo… Yoshka, tu es toujours là ? Ca va ?
- Oui, si on veut…
- Et dire que je comptais sur toi pour écrire les scènes d’amour…
- Blanche il faut que tu viennes… Tu es où ?
- Pour quoi faire ? Tu veux parler du livre ou de toi ?
- Je ne sais pas …
- Bon écoute commence par lire un peu ce que j’ai écrit et puis on en reparle d’accord ? Je t’ai posé une copie des premières pages chez toi. Là je rentre à P*** retrouver ton copain Vincent qui attend sa voiture et puis, on verra demain.
Une enveloppe en kraft brun attendait Yoshka sur le pas de sa porte. Il songea en souriant que Blanche avait grimpé les étages de la tour dans l’espoir de le surprendre. Il se servit un verre de vin et étala les premiers feuillets de « L’Amour en Zone Inondable » sur son lit puis, il s’allongea et en commença la lecture à voix haute. Le soleil couchant entrait par les fenêtres et la silhouette des collines bleuissait pour la nuit.
I - Martin Hamel
1 – Une visite à Thorville
D’un geste machinal, Martin souleva le drap, remonta le tissu de la chemise de nuit pour découvrir les chairs molles et vergeturées de sa patiente et sa lombalgie qui l’avait envoyé lui, malheureux médecin de campagne, en urgence sur les routes boueuses du département. Il pleuvait depuis des mois, l’eau suintait de partout, boursouflait les murs de salpêtre et remontait jusque dans les fosses lacrymales. Un été pourri !
Comme une terre inconnue, au fond de cette vallée normande fendue jusqu’aux falaises, la peau de la malade apparut, blanche et sillonnée de minces cicatrices, traces des mouvements anciens du terrain comme les plissements d’un soulèvement oublié. Ca et là, de minces vaisseaux du rouge au violet sillonnaient l’espace entre de légers renflements de l’épiderme.
La chair se raidit, frissonna et durcit sous la main de Martin qui cherchait à identifier sous ses doigts le nœud de douleur de sa patiente.
- C’est là n’est ce pas ?
- Oh je ne sais plus docteur, depuis hier que j’ai mal, ça me descend jusque dans la jambe et je ne peux plus bouger.
Martin se releva et, tout en ouvrant sa sacoche pour prendre son matériel, il jetta un œil tout autour de lui. La pièce était sombre éclairée par une étroite fenêtre dont le rebord encombré par divers objets et des journaux, masquait la lumière. Le lit qui occupait une grande partie de l’espace était lui-même envahi par les vêtements. La patiente releva la tête et surprenant son regard, elle gémit
- Ne voyez pas le désordre, j’ai pas pu ranger ni laver avec ce temps…
Elle soupira et remarqua qu’il extirpait d’une boite en métal une seringue dans son emballage de protection.
L’aiguille avait pénétré la peau et les couches de graisse et le liquide s’infiltrait sous la pression régulière du geste de Martin.
- Ca va aller maintenant, détendez vous
Il frotta l’endroit de la piqure avec un morceau de gaze imbibeé d’alcool et pensa à la route qui lui restait pour regagner Fécamp. La nuit n’allait pas tarder.
En lançant un regard par la fenêtre il vit à travers le rideau de pluie, les phares des voitures sur la route. Il s’imagina remontant la côte sous ce déluge avec cette pensée qui ne le quittait plus depuis deux jours : « En avait il vraiment fini avec Agnès ? »
Yoshka fit une pause dans sa lecture et alluma une Rothman. Il prit son portable et envoya un SMS à
Blanche.
« Appelle –moi quand tu arrives. J’ai commencé à te lire, j’aime bien. Biz »
La réponse arriva au milieu de la nuit et le bip fit sursauter Yoshka dans un demi sommeil.
« Excuse-moi, j’ai passé la soirée avec Vincent…Il baise bien. Je t’appel demain. Bisous »
Interloqué Yoshka se leva, alluma la troisième cigarette de sa nuit et répondit en retour :
« Je sais qu’il baise bien comme tu dis… C’est le mari de ma sœur ! »
Publié le 02/02/2009 à 11h52 dans L'Amour en Zone Inondable