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Le blog de Sybille de Bollardière

Le blog de Sybille de Bollardière

Blog littéraire de Sybille de Bollardière - Auteur de Romans, de poèmes et d'un roman en ligne : L'Amour en Zone Inondable, sur ce blog. Egalement une chronique "L'Atelier"... d'écriture Publications : Le Défaut des origines - Editions Ramsay - 2004 Alizarine - Editions la Coincidence

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Un jour d'été sans nuage - L'Amour en zone inondable n°28



Avec l’arrivée de l’été sur les côtes normandes, Blanche réalisa que le temps du roman et le sien s’étaient rejoints. Assise face à sa table dans sa chambre d’hôtel, elle imaginait Martin face aux précipices de sa vie, luttant pour ne pas sombrer dans ce caveau qu’était devenue La Farandole. Pourtant il faisait beau et Lili l’aimait ou plutôt elle croyait l’aimer, rassurée par sa présence et comme anesthésiée par le bonheur sans nuage que Martin lui dessinait.  

En terminant son chapitre, Blanche songea qu’elle aurait peut-être aimé, elle aussi, se lier à ce genre d’homme qui avait le bonheur de ne pas écrire et de vivre au jour le jour.  Elle se sentait aussi peu douée pour décrire l’amour que son héros pour le vivre et décida de faire une pause avant de reprendre le cours de son récit. Après avoir observé le ciel sans nuage, elle prépara son sac pour une journée de plage.

 

En passant devant la réception de l’hôtel, elle jeta un œil sur son casier et remarqua une lettre qu’elle se fit remettre. Depuis son séjour sur la côte, elle n’avait reçu que des relevés bancaires et quelques factures, aussi fut-elle très étonnée de découvrir sur le vergé crème de l’enveloppe le cachet de Saint Malo et une écriture visiblement soignée qu’elle ne connaissait pas.

 

A l’heure des mails et des SMS, qui pouvait bien lui écrire une lettre ? 

Yoshka !

Un Yoshka qu’elle redécouvrait à travers une l’écriture inventive et déliée dont l’encre bleu délavé révélait toutes les finesses et parfois même les hésitations. Si Blanche n’avait pas été aussi pressée de prendre connaissance du texte, elle aurait remarqué en premier lieu l’en-tête raffinée avec une fine gravure représentant une très jolie malouinière. Ce détail vaniteux et provocateur était probablement la raison principale de cette missive, car, pourquoi une lettre alors que la plupart du temps Yoshka – quand il daignait donner des nouvelles - se contentait d’un mail.

La lettre datait déjà d’une semaine, Yoshka n’était pas fâché d’y annoncer à celle qu’il considérait peut-être à tort comme une rivale, qu’il venait de découvrir d’autres cieux maritimes et qu’il s’y sentait bien. Les jardins du Château de C*** lui offraient une vision renouvelée de l’écriture au bord de la mer. Grâce à la rencontre providentielle d’Anne sur le net, il avait repris l’écriture de ses chroniques. Installé  au premier étage de l’austère demeure, dans un bureau décoré dans le plus pur style anglo-saxon,  Yoshka bénéficiait d’une belle vue sur la très maritime rivière Rance.  Il décrivait tout cela à Blanche avec précision, très flatté d’être l’objet de soins de la part « d’une jeune quinquagénaire qui, nantie d’une certaine fortune,  avait le bon goût de posséder également une jolie plume et beaucoup de charme»

Blanche était verte de dépit même si au fond elle n’était pas dupe des intentions réelles de Yoshka quand il lui affirmait qu’il s’était engagé auprès d’Anne à s’astreindre à trois heures d’écriture quotidienne consacrées à ce qui devait être un livre majeur…

Il y avait quelque chose de pathétique à imaginer Yoshka jouant les gigolos littéraires pour ne pas dire le « toy-boy » en échange d’une chambre avec vue. Mais dans un premier temps, sa lettre avait atteint son but. S’il avait été blessé que Blanche l’écartât du projet du roman à deux voix, c’est pleine d’amertume qu’elle descendit les marches qui menaient à la grève.

 

Ce n’est que le soir, quand le soleil embrasa la mer à l’ouest, annonçant un lendemain sans nuage, que Blanche eut sa revanche.

Elle choisit de répondre par mail.

Ravie d’avoir de tes nouvelles et de te savoir si proche. Figure-toi que je suis à « Thorville » pour quelques repérages qui finalement se prolongent… Ta lettre vient seulement de me parvenir avec la réexpédition de mon courrier. Que dirais-tu de venir quelques jours ? Il fait un temps magnifique.  Je te propose : découverte de la région, ballades, crevettes et vin blanc en terrasse, suivis de sieste sur la plage….

Je t’embrasse

Blanche

 

 

La réponse de Yoshka lui parvint  dans la demi-heure suivante.

« J’arrive, j’apporte le vin et le tire-bouchon »

 


 

 

Publié le 27/06/2009 à 11h49 dans L'Amour en Zone Inondable

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