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Le blog de Sybille de Bollardière

Le blog de Sybille de Bollardière

Blog littéraire de Sybille de Bollardière - Auteur de Romans, de poèmes et d'un roman en ligne : L'Amour en Zone Inondable, sur ce blog. Egalement une chronique "L'Atelier"... d'écriture Publications : Le Défaut des origines - Editions Ramsay - 2004 Alizarine - Editions la Coincidence

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Je crois bien que je vais devoir y retourner... L'Amour en Zone Inondable n°29



Il y a des phrases qui peuvent vous faire craindre le pire et  pourtant  tout avait si bien commencé… Blanche était si heureuse de faire découvrir la région de Thorville à Yoshka qu’elle en avait oublié ses phobies et les souvenirs mitigés qu’elle gardait de son séjour à S***. L’époque de la Dordogne et des ruptures était loin et si le temps du roman rejoignait le sien, je décidai de suivre moi aussi cette migration qui devait nous conduire sur la grève de ce petit village que sans connaître, j’aimais déjà.

Yoshka n’arriva pas le jour même comme il l’avait un peu trop rapidement annoncé, il proposa même à Blanche de la retrouver au Mont Saint Michel qu’il espérait bien visiter avec elle. Agacée par ce contre temps, elle lui proposa un rendez-vous à Caen, au mémorial. Finalement ce fut Cabourg, non pas le Grand Hôtel, mais le parking près de la plage où Blanche gara sa voiture et attendit patiemment le car de Yoshka.

La veille, tourmenté plus qu’il ne voulait l’admettre par ce déplacement, Yoshka s’était couché fort tard après avoir copieusement arrosé ses angoisses d’une vodka orange qui ne devait pas être fameuse. En découvrant sa mine et son maigre bagage, Blanche comprit que le voyage ne serait pas si simple et qu’il n’était pas obligatoire de le faire précéder d’une visite  au « mémorial »

Après quelques sincères effusions qui montraient la joie que nos deux auteurs avaient de se revoir, il fut question de trouver un endroit pour le pique-nique (que Blanche avait soigneusement préparé) C’est alors que Yoshka s’enquit de la pharmacie la plus proche. « Je ne me sens pas très bien pour tout te dire » C’était un euphémisme ! Le reste de la matinée se passa à rechercher un endroit suffisamment confortable pour déjeuner sur l’herbe sans trop s’éloigner de toilettes cinq étoiles. De Cabourg à Honfleur notre duo fila à vive allure, un œil sur la mer, l’autre sur les bas-côtés. Le ton devint aigre. Yoshka gémissait tandis que Blanche fulminait en voyant s’éloigner une dune accueillante où elle avait imaginé se reposer quelques heures avant de reprendre la route de Thorville.

- J’ai hâte de passer le pont de Normandie, de nous trouver un hôtel, une chambre et des toilettes !

Blanche blémit.

- On ne passe pas par le pont de Normandie…

- Mais qu’est ce que tu racontes ? Passe-moi la carte !

- Yoshka, ce n’est pas la peine de discuter, je ne peux prendre ce pont !

- Mais je me moque de ce que tu ne peux faire, tu vas me passer le volant et…

Blanche était face à son désastre intime : un vertige incontrôlable qui lui interdisait les ponts et l’obligeait donc à de longs détours qu’elle cherchait toujours à justifier par une visite, une découverte…

- Je te propose que nous passions par le pont de Brotonne, par Rouen, c’est une très belle ville et…

- Et puis quoi encore ! On peut aussi passer par Paris, Amiens ou traverser en bateau… Mais oui en bateau, en voila une bonne idée !

Mais le projet de la traversée maritime de la baie de Seine fut remis à plus tard.  Blanche dut accepter de passer sur le pont de Tancarville conduite par Yoshka qui après un douloureux chemin de croix dans les toilettes d’une douzaine de cafés du pays d’Auge, avait pris le volant d’autorité.

Ce n’est qu’en fin d’après midi que je les vis débarquer sur la plage de Thorville. Il faisait encore passablement chaud et Yoshka se dirigea vers l’hôtel sans prêter aucune attention à ma présence et déclara à l’adresse de Blanche :

- Ne m’attends pas, je crois que je vais devoir y retourner…

Blanche était pâle, fatiguée de cet aller retour normand qui ne l’avait visiblement pas enchantée. Elle murmura à mon intention :

- J’ai entendu cette phrase toute la journée et ce n’est pas terminé malgré ce que nous venons de vivre…

Car ce que je ne savais pas et que je n’appris que le lendemain, c’est que cette journée qui avait commencé plutôt médiocrement avait frôlé le désastre.

Après la traversée de la Seine, Blanche ouvrit les yeux et découvrant un Yoshka visiblement désolé de l’avoir malmenée et déçue, elle lui proposa une pause.

- Avant d’arriver à Thorville, nous pouvons nous arrêter à F***, il y a plusieurs supermarchés, nous ferons quelques courses si tu veux…

- Très bonne idée, j’ai besoin de crème solaire !

Au Super U de F***, il n’y avait pas la crème solaire que Yoshka cherchait, mais dans un rayon de soldes saisonnières, il dénicha une piscine gonflable et persuada Blanche que cela lui changerait sinon la vie, du moins l’été lors de son retour dans sa maison de l’Eure. J’ai du mal à imaginer la discussion de nos deux héros sur l’utilité ou non d’une piscine et de son indispensable gonfleur en pleine crise littéraire… Car il faut tout de même se souvenir que dans les jours précédents Blanche n’écrivait plus beaucoup, quant à Yoshka, il se contentait de paraphraser ses auteurs favoris pour séduire une femme qui ne pouvait déjà plus rien lui refuser. Anne, dont il partageait la belle demeure bretonne, avait accepté sans sourciller son départ pour Thorville …

Mais j’ai encore plus de mal à imaginer Yoshka et Blanche, couchés au sol entre deux caisses du supermarché quand celui-ci subit l’attaque des gangsters. D’après ce qu’en révéla le journal du lendemain, ils étaient dix, cagoulés, ils prirent en otage les caissières au nombre de six, deux magasiniers qui n’avaient pas eu le temps de fuir et quelques rares clients qui venaient d’entrer après la réouverture de l’après midi.

Blanche et Yoshka étaient de ceux là. Ils ne furent libérés qu’en fin de journée, après une heure de séquestration qui permit à Yoshka de découvrir qu’un des gangsters était une jeune femme à la très délicate odeur de muguet. Il avait deviné une peau brune, de celles qu’il aimait. Ils'enhardit à décrire au lieutenant de police « un beau regard noir intense et émouvant » qui d’après lui, révélait que la jeune femme agissait sous la contrainte.

 Blanche, quant à elle, n’avait rien vu et surtout, elle avait pris garde de ne rien observer qui puisse l’obliger par la suite à des comptes rendus qu’elle jugeait par avance aussi fastidieux qu’inutiles. Moins elle avait de rapport avec la police et mieux elle se portait alors, pour elle, la farce de l’après midi n’avait que trop duré.

Le soir, Blanche monta très rapidement dans la chambre qui était réservée à leurs noms et qui donnait sur la mer. Yoshka lui, ne put résister à l’attrait de raconter encore une fois  l’aventure de la journée aux derniers clients du bar.

Seule la lune éclairait encore le rivage quand il se glissa dans les draps pour chuchoter à l’oreille de l’endormie.

- Allez  Blanche ! Réveille-toi, je suis en pleine forme !

 

 


Publié le 05/07/2009 à 22h13 dans L'Amour en Zone Inondable

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