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Le blog de Sybille de Bollardière

Le blog de Sybille de Bollardière

Blog littéraire de Sybille de Bollardière - Auteur de Romans, de poèmes et d'un roman en ligne : L'Amour en Zone Inondable, sur ce blog. Egalement une chronique "L'Atelier"... d'écriture Publications : Le Défaut des origines - Editions Ramsay - 2004 Alizarine - Editions la Coincidence

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Une garden party en novembre, la fin de L'Amour en Zone Inondable

 


Il faisait doux, trop doux pour un mois de novembre et l’on ne parlait que de ça, en redoutant que cet automne ne soit qu’un signe de plus du réchauffement climatique. Sur les bords de l’Eure, dans la douceur humide de cette fin de saison, Yoshka Boric avait pris en main l’organisation de la Garden party finale.  Il avait toujours aimé  se dépenser physiquement et la fête de clôture, comme la nommait Blanche, lui en donna l’occasion.

J’arrivai à l’improviste, en fin de journée. Une tente avait été dressée sur la pelouse et un grand braséro y diffusait une douce chaleur. Les premiers invités se pressaient autour du buffet et Yoshka Boric les servait avec de grands gestes tout en ponctuant chacune de ses phrases de bienvenue par un rire sonore. La nuit était tombée et personne ne fît attention à ma présence, pas même Blanche qui s’avança à la rencontre de Martin et de Lili. Julien suivait derrière, maussade. Plus loin j’aperçus essoufflée et rougeaude, Véronique qui se lamentait déjà de ne pas avoir eu le temps de réserver une chambre. Blanche ricana et murmura à l’oreille de Yoshka :

- De toute façon, une fois la fête terminée, plus personne n’aura besoin de chambre.

Yoshka la prit par l’épaule et la serra contre lui sans ajouter un mot. Il regardait au loin la nuit tomber sur les collines comme s’il y cherchait un refuge capable de les accueillir pour leur dernière fuite.

 

Derrière la rangée de saules qui borde les rives de l’Eure, on devinait les lueurs d’une fête. Quelques forains venus d’on ne sait où, avaient choisi de faire relâche au village et accepté de rouvrir leurs manèges. pour l’occasion. Une citrouille géante d’où s’échappaient les premiers tangos goba quelques  invités curieux et parmi eux, Martin et Julien. Plus loin, Blanche et Lili se dirigeaient vers la roue. J’essayais de lire sur leurs lèvres mais ne pus saisir que quelques bribes de leur conversation. Lili tentait de faire entendre à Blanche que sa relation avec Martin était terminée ; je n’avais pas besoin d’aller plus loin pour comprendre que chacun était à bout et n’avait dans l’idée que de se plaindre à l’auteur. Plus loin, c’était Lucy, l’amie anglaise des deux Yoshka qui affichait une tête d’enterrement à l’idée d’affronter Blanche.

- Je déteste ce genre de femme et en plus je ne vais tout de même pas la remercier du rôle minable qu’elle m’a attribué.

- Et qu’est ce que je devrais dire moi ?

Ajouta Véronique.

- Et bien, elle s’annonce tendue cette soirée !

La dernière réplique émanait d’une charmante jeune femme en robe rose. Je vis Yoshka Boric s’élancer à sa rencontre mais je le devançai.

- Pardonnez-moi Yoshka, je la connais c’est une lectrice, Malwenna, laissez la entrer.

- Oui bien sur, vous faites ce que vous voulez n’est ce pas ? Au fait…

- Oui je sais, vous aimeriez que nous parlions, nous allons prendre le temps…

- Quand ?

- Je ne sais pas… Vous savez Yoshka, je veux seulement m’excuser d’être si pressée d’en finir, je veux dire ici… Nous avons d’autres choses à nous dire, à partager, mais il nous faut du temps, de l’intimité.

- Vous voulez dire « du papier » ?

- Oui, vous m’avez comprise Yoshka. Je crois que je suis allée au bout de cette histoire compte tenu de l’espace qui m’est offert ici. Il faut passer à autre chose… Je vais vous regretter, on se retrouvera… Blanche aussi, je crois.

Je pris le bras de Malwenna et nous nous dirigeâmes vers la rivière.

-  Il faut que tout cela se termine Malwenna, je ne me sens pas bien … Tous ces gens qui errent et rêvent de la suite de leur histoire.

Il y eut un grand cri, plutôt une plainte qui déchira la nuit. Tout le monde se dirigea vers les bosquets près de l’Eure où, une torche à la main, Martin Hamel éclairait la berge. A ses pieds gisait le corps inanimé de Julien que l’on venait de trouver pendu à la branche d’un chêne. C’était Véronique qui avait crié et Lili qui la soutenait sans quitter des yeux le corps livide du petit rouquin de Thorville.

- Vous pouvez changer ça ?

C’était Yoshka Boric qui s’était précipité sur moi en découvrant la malheureuse victime.

- Yoshka je peux tout changer, mais vous savez mieux que moi, n’est ce pas, qu’il nous faut toujours une victime.

- Et maintenant il y a l’autre qui va arriver !

Il paraissait furieux et terriblement agité, lui d’ordinaire si maitrisé.

- Quel autre ? Yoshka 

- Votre Yoshka ! Celui que j’ai rencontré à Jersey et qui m’a offert sa place ici après m’avoir pris Lucy… Blanche est partie le chercher à la gare.

Yoshka… Le premier Yoshka, je l’avais complètement oublié, persuadée que compte tenu de sa petite nature, il hésiterait à honorer de sa présence un pique nique en plein hiver, nous avions pris la décision Blanche et moi de l’inviter mais, sans trop nous faire d’illusions.

 

Blanche revint seule.

- Il n’était pas dans le train et je viens seulement de recevoir son SMS m’annonçant qu’il était malade.

Tout était prêt pour que nous puissions en finir. Martin et Lili venait de se séparer, Véronique pleurait Julien et Blanche se pensait libre d’aimer.

La nuit s’avançait et la robe rose de Malwenna virevoltait au loin dans la lueur du feu de camp des forains. Comme je m’approchais pour la saluer elle me fit signe :

- Je reste, vous permettez, ils m’ont invitée…

- Bien sûr Malwenna que je vous permets, prenez du bon temps car ici la fête et finie et déjà tout s’efface.

 

Je pars sans me retourner, Blanche m’accompagne à contre cœur, je sens sa présence derrière moi dans la voiture, comme en ce premier jour où je roulais sur l’A86. Il pleut et dans l’épaisseur de notre silence plane le visage de Yoshka Boric.

A cause de lui je sais que je vais recommencer à écrire quelque part, là-bas dans le repli des collines où coule ma rivière. Alors Blanche qui ne songe qu’à vivre son histoire d’amour disparait à son tour.

Je roule seule dans la nuit tout en installant devant mes yeux un autre décor pour les héros de « l’Amour en Zone Inondable ». Bourreaux ou victimes ou encore passagers de l’intranquillité, j’ai charge d’âmes, ce ces âmes noires que je porte en moi et qui n’en finissent pas de hanter les routes vers l’ouest.

 

6 décembre 2009

Le Chesnay

Un grand merci à tous ceux qui m’on suivie et lue durant ces quelques douze mois. Je vous réserve d’autres textes, des surprises aussi. A bientôt

 

Sybille de Bollardière

 

 

 

 

Publié le 06/12/2009 à 18h15 dans L'Amour en Zone Inondable

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