Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Voie d'accès
commentaires

Les Pouilles 5, Dernier soir au cap

9 Septembre 2019, 20:16pm

Publié par Sybille de Bollardière

Les Pouilles 5, Dernier soir au capLes Pouilles 5, Dernier soir au cap
Les Pouilles 5, Dernier soir au cap

8 septembre Santa Maria

Dernière soirée face aux eaux mêlées des deux mers. Je ne parviens pas à quitter ce lieu, cette nostalgie qui se murmure au dessus d'un verre de spritz et que les rengaines italiennes n'en finissent pas de chanter sur les pontons de Leuca. La nuit tombe tôt, de plus en plus vite, le temps file comme une fin de saison comme l'amour vieux, celui que l'on n'attendait plus alors, on reste un peu plus tard on regarde la mer virer au violet, au gris. En robe de mousseline orange dont elle se défait rapidement sur la jetée, elle vient se baigner, seule dans l'eau grise du soir. C'est son habitude, ça se voit, elle est seule au monde et remarque à peine cet autre sexagénaire qui la salue d'un geste de main. Des habitués. Il fait doux et lui traîne sur son transat. Cheveux blancs, peau bronzé et « moule bite » rouge, il téléphone en se caressant le ventre. Sa femme, ses filles et ses petits enfants sont déjà remontés mais lui est bien, il est resté pour téléphoner. Il a l'air heureux, disert, la brise du soir ne le dérange plus. Au bout du fil quelqu'un qui l'aime, ça se voit.

Un bateau de pêche rentre au port, je finis mon verre de blanc et soupire en fermant le cahier. Le « moule bite rouge » s'est rhabillé et la femme a enfilé sa robe de mousseline orange. La terrasse se vide. Demain nous partons pour Polignano a Mare et la côte Adriatique.

 

Journal d'Italie
Les Pouilles 2019

Voir les commentaires

commentaires

Les Pouilles 4, Lecce

9 Septembre 2019, 20:08pm

Publié par Sybille de Bollardière

Lecce, Pouilles, Italie
Lecce, Pouilles, Italie
Lecce, Pouilles, Italie
Lecce, Pouilles, Italie
Lecce, Pouilles, Italie
Lecce, Pouilles, Italie
Lecce, Pouilles, Italie
Lecce, Pouilles, Italie

Lecce, Pouilles, Italie

7 septembre

Santa Maria di Leuca

Après une journée à Lecce, écrire au bord de l'eau, au confluent des eaux ioniennes et adriatiques le plus profond bonheur imaginable. Écrire pour soi, tacher les pages du cahier au gré de l'encre et des embruns, se moquer éperdument de tout ce qui n'est pas « encre », sang noir de mon crane qui se délivre face au bleu. Oublier les livres et jusqu'à l'idée d'un livre, se contenter de laisser la trace des journées d'ici. Lecce, une ville massive, lourde, on dit baroque on dit aussi « La Florence du sud » pour moi c'est une perle ocre et noire sur l'océan des anciennes terres d'oliviers, une ville mille feuille aussi belle que ténébreuse et peut-être plus encore. Dès la piazza Sant'Oronto le ton est donné : un amphithéâtre romain, ses gradins intacts tout comme la porte par où ont dû pénétrer fauves et lutteurs. Lecce vénéneuse en ce jour d'orage où le ciel se déverse sans ménagement sur les dalles glissantes des ruelles, où le ciel noir traversé d'éclair se déchire en bleu pour reprendre une teinte de ténèbres. Nous avons remonté trempés, la Via del palazzo del Conti di Lecce, longé les murs terre de sienne où des coulées noires nous invitaient à lever les yeux vers les balcons incroyablement et fastueusement ornés, sculptés.

Par ce qu'il pleuvait encore, nous avons cherché la via Asciano Grandi et l'incroyable musée Faggiano. Un petit miracle archéologique qui commence par une banale histoire d'humidité.Je vous laisse découvrir le musée sur son site : http://www.museofaggiano.it

Je suis encore émue autant par cette visite que par cette incroyable histoire. Dans les années 80, un homme, Faggiano (le père du guide qui me raconte l'histoire) achète cette maison de ville de Lecce pour en faire son habitation. Lors des travaux d'installation il remarque des problèmes d'humidité qui l'amène à découvrir le passé de cette étrange demeure qui remonte au moyen âge et fut tour à tour demeure patricienne et couvent...

J'ai pris un certain nombre de photos des lieux notamment les céramiques très

anciennes qui protégeaient les murs de l'humidité lors de la descente des eaux du toit ou celle plus troublante d'une tombe de nouveau né... Une tombe si petite qu'on ne pouvait y mettre qu'un enfant mort né ou un enfant qui n'avait pas à naître et j'ai pensé aux mœurs de certains couvents que l'on commence à évoquer... La tombe se trouve entre deux portes, elle était invisible anonyme. C'est le côté vénéneux de Lecce car il est probable qu'une grande partie des maisons du centre historique ont des histoires semblables à révéler.

 

Journal d'Italie
Les Pouilles 2019
Les Pouilles 4, Lecce
Les Pouilles 4, LecceLes Pouilles 4, Lecce
Les Pouilles 4, LecceLes Pouilles 4, Lecce
Les Pouilles 4, LecceLes Pouilles 4, LecceLes Pouilles 4, Lecce

Voir les commentaires

commentaires

Les Pouilles 3, Gallipoli

9 Septembre 2019, 13:36pm

Publié par Sybille de Bollardière

Gallipoli
GallipoliGallipoli
GallipoliGallipoliGallipoli
GallipoliGallipoli

Gallipoli

Les Pouilles 2019
 
Gallipoli, une ville, la cité historique au bout du port. Une ville, ce que les italiens réussissent mieux qu'aucun autre. En dépit de ma « nostalgie persistante », nous nous sommes promenés dans ces ruelles anciennes, aussi vivantes que colorées. Ici la vie, semble écrire chaque enseigne, la vraie vie une fois franchies les premières rues touristiques. Une vie authentique et pas forcément facile, à l'ombre de murs épais.
Ce matin j'ai découvert devant une porte une cage d'oiseaux installée dans la rue pour que les malheureux captifs aient aussi leur part de soleil car Gallipoli la vie éblouissante est une ville d'ombre pour ceux qui n'ont pas de terrasse jardin ou encore vue sur la mer Ionienne.
J'écris sur la plage au pied de cette impressionnante muraille, cernée par des familles italiennes venues profiter de cette belle journée d'été. Je nage aussi, les yeux fermés. L'eau est turquoise par endroits, merveilleusement transparente et douce, des bancs d'alvins longent la côte et vous passent entre les jambes.
Dans la ville, tout est repeint à neuf jusqu'au fronton des églises. Certaines maisons sont à vendre mais on vit encore ici. Les triporteurs livrent des légumes dans les ruelles, un coiffeur attend ses clients dans la boutique qu'il doit tenir de son père (à l'enseigne « depuis 1951 ») et les enfants courent d'une maison à l'autre avec leurs jouets. Oui, « Gallipoli l'ancienne » est encore une vraie ville mais pour combien de temps ? Je ne peux m'empêcher de redouter ce qui l'attend : les boutiques de fringues et de bijoux et tout le bazar des « villégiatures » pour ce qui pourrait devenir le Mont Saint Michel de la mer Ionienne...
 
Journal d'Italie
Les Pouilles 2019

Voir les commentaires

commentaires

Les Pouilles 2 Castrignano, le cimetière des oliviers

9 Septembre 2019, 12:41pm

Publié par Sybille de Bollardière

Castrignano del Capo
Castrignano del CapoCastrignano del Capo
Castrignano del Capo

Castrignano del Capo

le 6 septembre 2019

Je ne sais pourquoi mais, malgré le ciel bleu, les plages caribéennes et la gentillesse de ses habitants, le Salento me laissera le souvenir d'une indéfinissable tristesse. Surtout dans le sud, notre village d'adoption pour quelques jours, Castrignano del Capo. Ruelles désertes, rideaux des commerçants tirés et déjà poussiéreux, enseignes décolorées. Où sont-ils partis ? Il ne reste que les vieux qui tapent le carton sous notre fenêtre, chaque soir de 18 heures à 20 heures. Tout commence par une petite bière et le ton monte jusqu'au dernier round et c'est l'heure du dîner qui l'emporte. Chacun range sa chaise de plastique blanc à l'intérieur du local, les derniers emportent les tables et le rideau tombe. Il fait déjà nuit. On n'entendra plus dans les ruelles du village que le son de quelques scooters, le miaulement des chats et de rares voitures. Nous allons dîner dans la cour d'un pallazzo, ancienne construction normande où l'on sert la cuisine locale et un rosato aussi coloré que les nôtres sont maintenant le plus souvent pâles et insipides.

Je suis venue chercher une saison ici, celle de l'eau chaude, du soleil et des cafés en terrasse mais il manque à tout cela la joie de vivre, la mienne, celle que j'ai perdue. La tristesse du Salento c'est la mienne, je l'ai reconnue et dans le miroir des plaines desséchées je me fais penser au héros de Guiseppe Tomasi de Lampedusa, "le guépard". "Il voulait ramasser petit à petit hors de l'immense tas de cendres du passif les paillettes d'or des moments heureux."

Les Pouilles m'apparaissent comme le souvenir de ce qu'elles ont été tout comme je me promène avec le fantôme de ce qui n'existe plus. Le passé me manque, je lui appartiens encore. Entre Lecce et le cap, nous avons longé des kilomètres d'anciennes plantations d'oliviers, des terres sèches et désertes où le moindre tracteur allumait des brasier de poussière rouge. Parfois, les arbres ne sont plus que des troncs sur la terre à nu, les stèles de bois d'un immense cimetière d'oliviers, les tombes d'un passé que je suis venue oublier. 

Journal d'Italie
Les Pouilles 2019

Voir les commentaires