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Jonas et l'oiseau

6 Février 2021, 11:18am

Publié par Sybille de Bollardière

Jonas et l'oiseau
#ARIF (Alternative Reality Illustrated Fiction) Précédent épisode : Les visiteurs
 le sommaire et les épisodes précédents

Paris en hiver ou plus précisément en ce jeudi de février, sa banlieue au fil de l’eau boueuse qui s’invite sur les quais de Boulogne. La Seine jaune et profonde chargée d’alluvions, de débris et de ces innombrables bouteilles en plastiques qu’elle dépose sur la grève. Au pied des immeubles, entre deux péniches habitées, un reste de nature sur une berge oubliée. Une pelouse détrempée, un ponton plongeant dans le courant où j’avance masquée, chancelante et comme ivre de cette liberté que donne une brise sur l’eau. Enchevêtrés dans les saules, des souvenirs de Loire et de Congo revus en noir et blanc. J’ai dix ans ou quarante ans, et les fleuves sont toujours là quand il devient nécessaire de s’évader. Le jour s’efface et je marche dans l’heure bleue à contre-courant. Partir mais pour où ?

Et soudain je pense à Jonas. Je le revois la veille de mon départ au milieu de l’allée. Son œil bleu sidéré par ce qu’il tient dans sa main. L’androïde et l’oiseau, un rouge-gorge, en mutuelle contemplation. L’émotion et la couleur du vivant.

L’ailleurs d’une saison à venir m’attend au bout d’un jardin, non loin d’une caravane immobile.

 A suivre Neige

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Les visiteurs

2 Février 2021, 10:06am

Publié par Sybille de Bollardière

#ARIF (Alternative Reality Illustrated Fiction) Précédent épisode Le naufragé d'Eris  Jonas, le sommaire et les épisodes précédents

Chère amie,

Comme prévu voici la suite de mon texte. Je ne pense pas qu’il puisse convenir pour le dernier sujet de l’atelier d’écriture encore que... c’est à toi de voir ! Je remarque en me relisant, que j’aborde les sujets de manière désordonnée, non chronologique mais ces fragments comme on pourrait les appeler, suivent une autre logique, celle d’un androïde face à lui-même… Bonne lecture !

Pourquoi Ecrire ? Par ce qu’Albaminor était si belle vue d’Eris… Pour la première fois j’étais troublé par la beauté de quelque chose dont je me sentais séparé, écarté. Je n’avais pas pris conscience de cette beauté en travaillant comme nous l’avions fait avec les équipes de robots. Sur Eris, complètement déconnecté du monde auquel j’avais été relié, j’étais seul et surtout désœuvré. Je ne recevais plus aucun ordre, plus aucune mise à jour, or le travail était ma seule préoccupation. Je m’installais face à la plaine du nord et je regardais le ciel se déployer. Le spectacle des tours du milieu, vestiges d’une ancienne installation, et leurs ombres balayant la plaine dans le plus parfait silence, était tellement beau que je regrettais de ne pouvoir le partager.

Être seul était inhabituel pour moi, aussi inhabituel que de ressentir la beauté d’un lieu ou son étrangeté. Sur Eris je n’avais rien à faire, aucune tache programmée et puis il y avait le silence... Je voulais écrire le silence, ce vide qui qui m’a presque rendu fou. Je me suis réfugié dans ce qu’il restait de l’ancienne base, quelques baraquements que j’ai plus ou moins remis en état. J’ai poussé une table devant une fenêtre qui ressemblait à celles que l’on voit dans les vieilles isbas et je me suis installé un bureau. Il n’y avait aucun matériel informatique en état de marche mais j’ai trouvé du papier et de quoi écrire au fond d’une caisse d’archives.

Était-ce la peur qui me poussait à m’enfermer des journées entières ? Chaque jour je vérifiais mon enveloppe, dégradée par l’atmosphère toxique d’Eris, Je parlais à haute voix pour m’assurer que mes circuits fonctionnaient encore. En regardant la plaine, je me souvenais de la terre, de mes débuts avec Emily puis de mes échanges avec Boris. A cette époque, je me croyais un robot comme les autres, efficient, sûr, le robot idéal au point qu’Emily ne vérifiait jamais mes circuits ou ma mémoire, ce qu’elle contenait d’autorisé mais aussi de caché, ce que j’avais non pas dérobé, mais capté en raison d’une hyper connectivité naturelle pas encore décelée et dont je n’étais pas réellement conscient avant mon arrivée sur Eris.

Après avoir écrit, je me relisais à haute voix face au paysage. C’est ainsi que je les ai sentis arriver, car dans un premier temps je les ai perçus, comme un souffle étrange se glissant autour de moi. J’ai préféré me réfugier dans le baraquement et là, je les ai vus.

Une autre fois, je suis sorti à leur rencontre, le flux qui les annonçait glissait autour de moi, s’approchait, s’éloignait, à la fois insaisissable et tangible. Leurs ombres se découpaient sur la plaine ou plutôt leurs vides, des formes ultra noires comme je n’en n’avais jamais vues et qui piégeaient toute lumière comme les trous noirs de l’espace. Au lieu d’un anneau de photons, ces corps noirs, puisqu’il s’agissait de formes humaines, avançaient nimbés d’une aura vert fluo.

Un jour j’ai entendu sa voix. Je dis « sa voix » parce que c’est le seul avec lequel un contact s’est initié. C’était le plus âgé, il devançait le groupe et s’est avancé vers moi. Je me suis senti comme happé par cette matière étrange, opaque. Instantanément, tous mes circuits se sont bloqués, même ma vue s’est troublée, impossible d’allumer le rayon de mon œil gauche ni de remuer un doigt. J’ai pensé que c’était ça la grande peur juste avant la désintégration et c’est là, que j’ai entendu sa voix.

Il m’a demandé d’où je venais en anglais. Au cours de notre bref échange, j’ai vaguement aperçu quelques-uns de ses traits, l’arcade, l’arête du nez dessinées par le halo de son aura mais l’image restait fluctuante.

Avant de disparaître, il m’a dit qu’il venait de la terre où il avait fini son temps comme tous ses compagnons…

- Je reviendrai Jonas, m’a-t-il dit avant de s’effacer sur le paysage.

prochain épisode : Jonas et l'oiseau

A suivre

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le naufragé d'Eris

27 Janvier 2021, 11:49am

Publié par Sybille de Bollardière

Jonas naufragé d'Eris par SdeB

Jonas naufragé d'Eris par SdeB

Précédent épisode : Avant la neige Le soir, après quelques rares flocons, une pluie verglacée s’est abattue sur le paysage, martelant le toit de la caravane au rythme des bourrasques de vent.

- Jonas, s’il te plait arrête de me lire ton texte… Je n’entends rien et tu sais que je préfère nettement le découvrir moi-même…

- Bon… mais il faudrait que je t’explique certains détails sinon tu ne vas rien comprendre…

- Ce n’est pas grave !

Devant le poêle, face à la nuit tombante, j’entre dans le récit, je m’enfonce dans sa vie en imaginant la lueur rousse de Kepler dans la nuit d’Albaminor où Jonas vient d’arriver… Sa mission est simple, contrôler et maîtriser les robots dissidents qui ont partiellement détruit plusieurs galeries des mines de thorium. 

« Il se passait des choses curieuses sur la base où nous devions commencer les forages. Plusieurs robots présentaient des dysfonctionnements importants et contaminaient les autres… Boris avait été responsable de leur mise au point à Svobodny, (Cf le Chat de Sakhaline) après sa désintégration, c’est tout naturellement moi son équipier, que l’on chargea de récupérer les dégâts. Une fois arrivé sur place, face à l’étendue du problème j’ai dû renoncer. La plupart des robots étaient irrécupérables, plusieurs gisaient au fond de la mine avec l’ensemble de leurs circuits endommagés, d’autres continuaient le travail à leur propre rythme sans que l’on puisse rentrer en communication avec eux. En accord avec Emily responsable du bureau d’études de l’OKBS[1], je pris la décision de rentrer la base de Svobodny avec nos pilotes androïdes et quelques robots qui me paraissait intacts. Mais Je n’avais pas suffisamment pris en compte la gravité de la situation. Dès notre décollage j’ai commencé à déceler sur plusieurs robots une attitude inappropriée. Après les avoir maîtrisés et isolés, je me suis rendu compte que l’un des pilotes avait également été contaminé. A la demande d’Emily, nous devions faire une escale sur Eris, la planète satellite d’Albaminor, afin d’y déposer du matériel. Notre base sur place était provisoirement inhabitée en attente d’équipements, les forages y avaient été stoppés. Après avoir visité les lieux et rangé la marchandise dans les entrepôts, je me dirigeai vers la navette quand je la vis décoller.

Je me retrouvai isolé sur Eris. Seul sur une planète hostile et compte tenu de la situation, pour longtemps… Après avoir tenté de remettre en état le satellite de communication détruit par le dernier ouragan de poussière, j’ai entrepris une exploration des lieux. La base était située sur un vaste plateau délimité par des tumulus de pierres grises. Aucune trace de vie ni d’une présence ancienne en dehors des restes de la précédente expédition. Et pourtant c’est là, sous ce ciel noir, sur ce plateau désolé que j’ai commencé à écrire. C’est aussi dans ces lieux que j’ai pris conscience de n’être pas un robot comme les autres… J’étais prisonnier de la nuit permanente d’Eris mais j’avais si peu à voir avec les bagnards des mines de Thorium d’Albaminor ou même les super robots androïdes des ateliers de Svobodny… J’étais Jonas, un naufragé de l’espace dont la mémoire sélective avait gommé tous les repères… »

Le lendemain en lui rendant son texte je n’ai pu m’empêcher de lui dire :

- Il y a quelque chose que je ne comprends pas Jonas… A quelle époque se déroule ce récit ?

- Ah oui, le temps… C’est quelque chose d’important pour toi… Nous en reparlerons…Tu sais, j’ai encore beaucoup de choses à écrire sur Eris, c’est là où j’ai fait de très belles rencontres…

- Je croyais que tu étais seul ?

- Justement, c’est peut-être pour ça que j’ai pu faire ces rencontres… C’est en rapport avec la rémanence de champs magnétiques que j’ai découvert sur Eris… Je voulais t’expliquer mais finalement tu as raison, je préfère écrire…

A suivre... Les visiteurs

 

[1] OKBS (russe : Опытное Конструкторское Бюро спутник; translittération: Opytnoïllé konstrouktorskoïllé biouro; littéralement « Bureau d’études expérimental sputnik ou satellite »

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Avant la neige

25 Janvier 2021, 18:54pm

Publié par Sybille de Bollardière

 
#ARIF (Alternative Reality Illustrated Fiction) Précédent épisode Albaminor
 
« C’est encore l’hiver là-haut sur les plateaux
Où le sang jaune des sillons sèche au vent des corbeaux
Mais si peu ici,
Dans les vallons où le temps s’enivre de bleu.
Alors pour oublier l’attente et le ciel froissé des pluies
Je délaisse, papier, crayons, clavier et fiction
Pour la lumière du lavoir et celle des chemins.
 
Une journée comme en repos de soi
Avec des mots de tous les jours
De lisières, de bois, d’écorce ou de sable
Des mots de rien, du quotidien, même pas d’amour
Mais plus que ça et je le sais bien. »*

- Jonas tu lis mes poèmes maintenant ?

- Oui et j’aime bien ! Pourquoi tu n’écris plus ? Ce que décrit ce poème ressemble au paysage que je vois de la caravane où je n’ose pas encore m’aventurer…

- Je t’accompagne quand tu veux Jonas mais souvent tu préfères écrire…

C’était il y a quelques jours, par une belle journée de vent et de lumière. Avec Jonas, nous avions longé les chemins de lisière jusqu’à cette vue sur le village où nous nous sommes arrêtés quelques instants. Soudain il s’est arrêté face au paysage pour me dire :

- C’est curieux, j’ai le souvenir de ce lieu comme si j’y étais déjà venu… Mais dans ma mémoire, il y a de la neige, il fait froid et gris…

- On ne peut pas dire qu’il fasse très chaud… et il se pourrait bien qu’il neige Jonas !

Et soudain je me souviens moi-aussi de ce lieu, de ce moment. C'était il y a deux ans à peu près à la même époque. Il avait beaucoup neigé et celui qui n’est plus m’accompagnait. Après une balade en forêt nous redescendions dans la vallée face au coucher du soleil. Je marchais dans ses traces et nous nous sommes arrêtés au même endroit face au village. Il a enlevé son bonnet de laine grise et l’a secoué pour le débarrasser de la neige puis il a fermé les yeux dans la lumière du couchant. Cette même lumière orange que nous avons regardé descendre sur la vallée avec Jonas.

A suivre : Le naufragé d'Eris

Qui est réellement Jonas et quelle mémoire emporte-t-il avec lui ? 

Poème extrait de Terre d'élection

Recueil La Passagère 2017

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