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Le coeur tatoué

10 Avril 2013, 08:00am

Publié par Sybille de Bollardiere

Le-Perche-2-8851-copie-1.jpg

Il a disparu. J’ai cherché sur le web et sur tous les réseaux et je n’ai plus trouvé trace de lui. Pendant des mois il était là, rasant les murs, inconnu et tapageur, secret et indécent, pudique et pornographe. Il affichait son amour, l’offrait en pâture, fustigeant ceux qui le donnaient perdant. Il avait son miracle d’amour dans les yeux, dans la peau, il le tenait dans ses mains, sa bouche, ses mots et l’emportait partout avec lui. Il était son traducteur, son chorégraphe et dansait dans son ombre en souriant de crainte d’un mirage.

Comment fait-il aujourd’hui l’unijambiste pour marcher sans celui qui lui donnait la grâce ? Comment fait-il pour écrire avec l’encre de ses jours qui se répand ailleurs ? Comment fait-il pour battre sans écho ce cœur tatoué ? 

 

 

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Photos du jour

9 Avril 2013, 16:17pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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"Traquer le soleil dans l'ombre" un livre sur Georges Gasté

7 Avril 2013, 10:56am

Publié par Sybille de Bollardiere

 

gaste_0004.jpgMais qui est Georges Gasté ? Un peintre orientaliste, et parmi eux, un des premiers français à découvrir l’Inde en ce début du XX siècle et à s’y installer. Après l’Algérie et l’Egypte, il choisit l’Orient,  Agra et Bénarès puis Maduraï où il finira ses jours tragiquement en 1910.

Aude de Tocqueville est l’auteur de nombreux ouvrages d’architecture, d’art et d’histoire et notamment d’une Histoire de l’adultère (La Martinière) qui a reçu le Grand Prix des Lectrices de Elle en 2000. Mais ici, dans Traquer le soleil dans l’ombre,  ce livre qu’elle consacre à Gasté, il s’agit d’autre chose, d’une rencontre rare, intense, de celles qui laissent leur empreinte. Pour ce peintre que Yasmina Khadra décrit dans sa préface comme « Le Rimbaud des petites gens et des contrées oubliées », l’auteur va sillonner l’Afrique nord, l’Egypte et l’Inde pour retrouver la trace de cet artiste hors norme, à la fois photographe, peintre, poète.

« Cent ans ont passé. Cent ans de pluies violentes, creusant le sol, lissant la pierre. Année après année,  dans ce pays qui n’a pas le culte des corps, le cimetière de Saint Georges est devenu une friche silencieuse au cœur de la ville. (1) » C’est par Maduraï, cette ville tamoule du sud de l’Inde que commence ce voyage sur les traces de Georges Gasté, le roman de sa vie. Au fil des pages, l’auteur nous fait partager cette quête d’absolu dans les décors somptueux qui portent les couleurs de cette vie d’exil et de lumière du peintre. Mélange de vert d’eau, d’ombres violacées avec toutes les déclinaisons des tons de sables et d’éternité. Gasté est un homme exigeant et passionné, à la recherche d’une perfection tant en peinture qu’en littérature. « Evite de faire une chose quelconque, molle et banale. L’art est la façon propre à chaque individu de voir le beau et le vrai… Dès le commencement tu oublies un principe absolu de toute bonne composition littéraire ou picturale : Il ne faut pas pouvoir retrancher ni ajouter la moindre chose sans nuire au sujet (2)»gaste.jpg 

 

Sitta, sur la terrasse de Gasté à Agra                 

Ce livre particulièrement bien écrit et documenté est une réussite parce qu’il explore non seulement l’art du peintre, mais sa vie dans ces contrées encore insolites en ce début de siècle, ses rapports avec ses contemporains, qu’ils s’agissent des marchands de tableaux, des occidentaux qu’ils croisent sur sa route ou de sa famille qui joue un rôle aussi essentiel que difficile auprès de lui. Ce livre est aussi un voyage initiatique que l’on fait sur la trace du peintre en regardant les paysages des rives du Taj où il a posé son chevalet,  mais aussi en lisant ces mots de l’auteur, présente sur ce même décor : « J’ai retrouvé sa maison. A travers la grille rouillée, la cour, laissée à l’abandon parait toute petite : aucune trace des bougainvilliers qui y jetaient jadis des taches de couleurs… Du belvédère, espace rond aujourd’hui offert aux vents, j’ai admiré la Yamunâ aux eaux paresseuses et les minarets du Taj qu’il trouvait si difficiles à dessiner.(3)

Il y a beaucoup d’émotion contenue dans ce texte rare, une réelle passion pour cet artiste hors du commun et cette œuvre que l’on peut découvrir notamment au musée d’Orsay.

 

 (1) Aude de Tocqueville, Georges Gasté « Traquer le soleil dans l’ombre » page 25

 (2) Lettre de Georges Gasté à son cousin Henri Bérard citée par l’auteur page107

(3)  Aude de Tocqueville, Georges Gasté « Traquer le soleil dans l’ombre » page 157

gasté 0002

Aude de Tocqueville

Georges Gasté

Traquer le soleil dans l'ombre

ARTHAUD 20€

gasté 0001Le bain des brahmines, huile sur bois 1909 Maduraï, Georges Gasté 

A voir absolument l’exposition consacrée au peintre comportant notamment des tableaux prêtés par le musée d’Orsay et divers collectionneurs privés, des photographies et de nombreuses lettres et documents manuscrits de Georges Gasté et de ses correspondants

Musée du Montparnasse jusqu'au  5 mai 2013 (lien)

Dernière nouvelle : L'exposition est prolongée  jusqu'au 31 mai. Ensuite les oeuvres de Gasté seront réunies au Centre Culturel algérien 171 rue de la Croix Nivert, 15 ème ardt du 6 juin au 12 juillet.

 

 

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"je travaille à naître" Léon Deubel, le dernier poète maudit

5 Avril 2013, 09:43am

Publié par Sybille de Bollardiere

L’air est vif, acide et sent le feu de bois, l’hiver n’en démord pas. Alors « pour renaître » entre neige et pluie,  je lis ce poème de Léon Deubel, le dernier poète maudit, si connu de son temps et pour ainsi dire oublié.

 

Je travaille parfois à naître

D’un pays veiné de ruisseaux,

Populeux de pins et de hêtres

Et qui se décoche en oiseaux. 

 

C’est une terre recueillie

Que la menace des hauteurs

Rend grave à l’exemple des vies

Sui qui pèse et fond le malheur.

 

Entre les coteaux qui la bercent

Du lent bercement de leurs blés,

Elle apparaît, forte et diverse, 

Comme cent peuples rassemblés.

Léon Deubel, revue Europe, n° 1008, avril 2013, p. 280. 

 

 

Leondeubel1.jpgPauvre, inadapté à la vie sociale, Léon Deubel se suicida en se jetant dans la Marne après avoir brûlé tous ses manuscrits. 

 

Acte de décès retrouvé à la mairie du 4 èmearrondissement :

« L’an mil neuf cent treize le dix-neuf juin à trois heures du soir ; acte de décès de Léon, Louis Deubel, sans profession, domicile inconnu, né le vingt-deux mars, mil neuf cent soixante-dix-neuf, à Belfort (Territoire de Belfort), décédé vers le six juin courant, dans la circonscription de Charenton et transporté 3 quai de l’Archevêché. Fils de Louis, Joseph Deubel et de Marie Joséphine Mayer, décédé, célibataire. »

 

C’était le 6 juin 1913, son corps fut repêché dans la Marne et grâce à son ami le romancier Louis Pergaud, (auteur de La guerre des boutons) il échappa à la fosse commune et une souscription fut même organisée pour permettre l’édification d’un buste à sa mémoire et la publication de l’œuvre de Léon Deubel, le dernier poète maudit.  

 

Détresse

 

Seigneur ! je suis sans pain, sans rêve et sans demeure.

Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu,

Et ces frères en vous ne m’ont pas reconnu

Parce que je suis pâle et parce que je pleure.

 

Je les aime pourtant comme c’était écrit

Et j’ai connu par eux que la vie est amère,

Puisqu’il n’est pas de femme qui veuille être ma mère

Et qu’il n’est pas de cœur qui entende mes cris.

 

Je sens, autour de moi, que les bruits sont calmés,

Que les hommes sont las de leur fête éternelle.

Il est bien vrai qu’ils sont sourds à ceux qui appellent.

Seigneur ! Pardonnez-moi s’ils ne m’ont pas aimé !

 

Seigneur ! J’étais sans rêve et voici que la lune

Ascende le ciel clair comme une route haute.

Je sens que son baiser m’est une pentecôte,

Et j’ai mené ma peine aux confins de sa dune.

 

Mais j’ai bien faim de pain, Seigneur ! et de baisers !

Un grand besoin d’amour me tourmente et m’obsède,

Et sur mon banc de pierre rude se succèdent

Les fantômes de Celles qui l’auraient apaisé.

 

Le vol de l’heure émigre en des infinis sombres,

Le ciel plane, un pas se lève dans le silence,

L’aube indique les fûts dans la forêt de l’ombre,

Et c’est la Vie, énorme encor qui recommence !

 (1900, place du Carrousel, 3 heures du matin.)


Deubel page de Titre Poesie Beffroi 1906 


Œuvres de Léon Deubel

La Chanson balbutiante. Éveils, Sollicitudes, la Chanson du pauvre Gaspard (1899)

Le Chant des Routes et des Déroutes (1901)

À la Gloire de Paul Verlaine (1902)

Léliancolies. La Chanson du pauvre Gaspard (1902)

Sonnets intérieurs (1903)

Vers la vie (1904)

Sonnets d'Italie (1904)

La Lumière natale, poèmes (1905)

Poésies (1905)

Poèmes choisis (1909)

Ailleurs (1912)

Régner, poèmes (1913)

Œuvres de Léon Deubel. Vers de jeunesse. La Lumière natale. Poésies. Poèmes divers. L'Arbre et la Rose. Ailleurs. Poèmes divers. Appendice, préface de Georges Duhamel (1929)

Lettres de Léon Deubel (1897-1912) (1930)

Chant pour l'amante (1937)

Florilège Léon Deubel, publié à l'occasion de son centenaire (1979)

 

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