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18 Janvier 2013, 10:16am

Publié par Sybille de Bollardiere

brume-d-automne-b-w.jpg

DR

 

Sillons de glace dans la plaine

Et l’écorchure bleue du ciel sous la griffe des lisières

Un feu près des voies pour les hommes qui ont froid

 

Il avance sous le reflet métallique du ciel

Entre des futaies de noisetiers, les feuilles froissées

Et les herbes rousses

Le rail

 

 

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A défaut d'écriture...

11 Janvier 2013, 10:15am

Publié par Sybille de Bollardiere

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C’est une journée d’écriture et de doute, un matin gris sous un ciel immobile où l’on tente d’aligner des mots, de remonter le fil de ce qui pourrait être l’histoire, le récit, le commencement et pour cela il faut le temps, le rythme et surtout ne pas perdre de vue ces images avec lesquelles on vit depuis de longs mois déjà. Oui le roman comme un train poussif, traverse les paysages, les contourne parfois et se perd en route dans les aspérités de la langue, le téléphone, les miaulements du chat et la tentation du net.

Trop près du début pour ne pas redouter de tout perdre à chaque virage, à chaque hésitation, je m’accroche et je peine sur une phrase lourde que je frappe sur l’enclume. Tout est pesant alors que j’aurais aimé m’envoler dans un récit tourbillonnant, sourcier plus que forgeron.  Dix heures sonnent déjà et je suis toujours là, à la porte de ce livre. C’est pour cette raison que je finis par aller marcher, à défaut d’écriture je quitte les gémissements de ma forge pour le vert des paysages.

Ici c’est le règne des pluies, bassin versant nord, l’eau  inonde l’ouest, la côte et me sature de larmes jusqu’à ces portes vertes qui cachent des jardins repris par la forêt, des villages oubliés, des murs où s’étale l’insolente écriture du lichen*…

Mousse et lichen sont des végétaux épiphytes (qui poussent sur d'autres plantes).Les lichens sont le fruit d'une symbiose entre un champignon et une algue. Fort résistants, ils ont la capacité de résister à de très fortes dessiccations et peuvent également survivre à des variations de température importantes (de -70 à +70 °C !).

Le-Perche-8471.jpg

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Et pour commencer, une année en bleu et en poésie...

1 Janvier 2013, 17:26pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Union island, Grenadines-DR

 

Une fois n’est pas coutume, hier, j’ai réveillonné avec les rois mages, dansé avec Melchior, trinqué avec Balthazar et brassé des étoiles en rêvant, pailletée sur l’oreiller, de longues routes sous les ciels de nuit… Et puis en pensant à ce que j’allais vous écrire ce matin, c’est aux Grenadines que je me suis réveillée. Je vous les offre en bleu et en poésie, pour commencer cette année 2013 aussi belle et heureuse que vous pouvez le souhaitez…

...

"Le beaupré, la flèche, le cœur de désir et d’élan-

Le vol vers une cible au but à jamais inconnu,

La vaine quête d’une île dont nous guérit le port

Et l’horizon innocent, où de son ombre l’amandier

Ne blesse pas le sable. Il y a tant d’îles !

Autant d’îles que d’étoiles la nuit."

... 

"The bowsprit, the arrow, the longing, the lunging heart-

The flight to a target whose aim we’ll never know,

Vain search for one island that heals with its harbor

And a guiltless horizon, where the almond’s shadow

Doesn’t injure the sand. There are so many islands !

As many islands as the stars at night."

... 

After the storm

Le royaume du fruit étoile

Edition bilingue

Derek Walcott

Circé – 1992

 

Dès demain je vais me remettre au travail, un nouveau roman pour lequel il faudrait peut-être déserter le blog pendant quelque temps... A bientôt.

 

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Laisser verdure de François Montmaneix

31 Décembre 2012, 11:30am

Publié par Sybille de Bollardiere

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Sans retour

  

I

 

Un feu là-haut sur la colline

projette d'ombre un chêne gigantesque

ses branches sont les aiguilles des heures

d’où calmement descend la nuit

sur l’ancienne ferme à l’abandon

 

Du puits montent des ronces des orties

la porte n’est plus qu’un rictus

près des restes d’un banc de pierre

auquel manquent ses murmures

je me tais de toutes mes forces

 

Depuis combien d’années la solitude

est-elle ici chez elle ?

 

 

II

 

J’essaie de me parler d’avant

d’un temps de bœufs rentrant couverts de brume

de cris d’enfants d’abois

dans les pattes des bêtes besogneuses

de la chaleur du vin du sucre des pommes

 

Je suis seul et la terre est obscure

je contemple le ciel plein d’étoiles

une feuille morte s’en détache

je relève le col de ma veste

en m’éloignant étrangement

 

Est-ce du même pas

que jadis le fermier

sans ses clés sans se retourner ?


François Montmaneix, Laisser Verdure,

 Le Castor astral, 2012

Préface d’Yves Bonnefoy 

« Sous l'éclairage de ce que Maurice Denis disait d'un tableau, on pourra se rappeler qu'un poème, avant d'être un instant donné, l'éclair d'une rencontre, une rêverie en marche, un monde habité, est essentiellement un espace plan recouvert de mots en un certain ordre assemblés. Ce sont les désordres de cet ordre-là que l'auteur est allé interroger. De leurs innombrables et incessantes réponses - l'une prenant aussitôt la place de l'autre -, il a tenté de réunir les voies et de rassembler les voix : celles-là en une continuelle croisée des chemins à venir, celles-ci en un choral où le contrepoint tient lieu de charpente à un édifice dont les ouvertures sont issues du mouvement profond qui voudrait les élever vers ce qui leur est un ciel étoilé : le visage du lecteur, ce frère en inquiétude et en solitude, lui aussi à la recherche de son semblable. Puisse-t-il le rencontrer ici, dans ces quelques mots en un certain ordre assemblés, cet être au monde à qui confier le moment où le présent prend son essor et où la vie est alors partageable, tel le lied entre le chanteur et le pianiste qui parcourent ensemble l'espace d'une forme sans laquelle ils ne viendraient pas au monde ainsi qu'il vient à eux. » François Montmaneix « Laisser verdure ? En tout ce qui est reconnaître bruissement léger, frémissement, transparence comme d'un feuillage dans la lumière, et faire de ce constat - non, de cette instauration - ce qu'on peut confier à des mots : voilà bien ce que ce poète avait en esprit quand il a entrepris et mené à bien son livre. Et il n'est pas d'ambition plus haute ; ni de plus utile réponse au besoin de l'heure présente. »

Yves Bonnefoy


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