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L'Orange de Mars 15 - L'état des lieux

, 14:11pm

th_fond.jpgOui, pour répondre à une lectrice, « Ces deux là » vont se voir, se découvrir dans l’épouvante et l’indigence de leurs attentes respectives car, pourquoi parlerais-je d’un amour qui va de soi, d’une rencontre opportune ? Ils sont l’incarnation de la rencontre inversée, d’un sentiment qui part de l’estime en quête de l’impossible désir. Je ne les en blâmerai pas, c’est de ce genre de rencontre que l’écrivain fait son miel - O l’horrible mot… Mais c’est ainsi, dès les premiers échanges de lettres, virtuose dans l’art du « copier-coller » Savannah fait son marché. Mais pourquoi au fond ? Que retire t’on d’un sentiment incertain qui ne comble pas et ne peut que nous faire entrevoir l’absence de cette passion que justement nous souhaitions intimement ? Je ne suis pas certaine de vouloir répondre à cette question

 

De Savannah à Malcom

Objet: désarroi

Date: mardi 22 avril 2003 14:30

Malcom

Deux messages en une matinée, vos deux petits messages emprunts d'un certain désarroi. Je ne serai pas longue, que répondre au 'blanc-bec' si ce n'est lui offrir le silence dont il a besoin, peut-être ce repli sur soi auquel il aspire. Faut-il que je m'efface ? Je le ferais de bon cœur si c'est nécessaire mais avant, juste une chose. Dans une rencontre au delà de nos insuffisances et de nos inquiétudes (sur lesquelles les bonnes fées des 'empêchements' trouveront plein de bonnes raisons) il y a aussi le besoin que chacun a de l'autre, une attente, un souhait. Ces mains impropres à saisir n'en demeurent pas moins tendues dans ce geste esquissé

Je n'en dirais pas plus, mon silence vous fera du bien je l'espère (petit pincement au cœur avant de laisser le clavier)

Je t'embrasse

Savannah

 

De Malcom à Savannah

Objet: inclinaison

Date: mardi 22 avril 2003 15:44

Savannah

Une rapide réponse pour te dire et pour vous dire tout le bonheur de partager au-delà des mots et des maux la plus simple des joies, celle de s'être reconnu. Alors qu'importe les aléas quotidiens. Je prends tes mains et m'incline les effleurant des lèvres.

Je t'embrasse

Malcom

 

De Malcom à Savannah

Objet: sans voix....

Date: mardi 22 avril 2003 19:32

Savannah,

D'une voix espiègle tu te jouais de mes silences ou hésitations je voulais en rire et me voici sans voix.

Je suis maladroit, accorde moi quelques circonstances atténuantes. Mais je ne saurai être larmoyant, je n'en ai pas l'usage. Et voilà le « vieux garçon » qui revient à la charge, odieux percheron.

Je revois clairement ce coeur bleu sur ta peau ensoleillée découverte furtivement dans un estaminet. Je l'ai embrassé du regard. Sur ta main mon index caressant. Instant de toi à moi. Je voudrais ne plus être de toutes les distances et prendre ta main.

En relisant ton mot d'hier soir, je retrouve le rythme de tes paroles. Certaines douces et rêveuses, d'autres emportées, promesses épiques et piquantes. Alors oui Savannah je me sens en écho et prétendant à quelques tendresses.

Je t'embrasse

Malcom

 

De Savannah à Malcom.

Objet: Etat des lieux

Date: mardi 22 avril 2003 23:08

Malcom

Récapitulons :

Cela fait un peu plus de 50 jours que nous nous sommes écrits pour la première fois (Le 8 mars et c'était moi !) depuis nous nous sommes envoyés 94 e mails. Vous avez bien lu, je viens de les compter. A cela s'ajoute quelques dizaines de coups de fils, des rendez-vous, quelques dîners, un week-end, deux petits mots, une carte, deux lettres, un bouquet de fleurs, un œuf de pâques, deux thèmes astraux, deux livres plus quelques échanges.

Pardonnez-moi, mais je suis en train de pleurer de rire ! Je crois que nous sommes complètement malades. Et nous nous plaignons vous et moi de manquer de temps, d'hésitations de doutes et d'incertitudes. Si ça se trouve, je ne suis même pas votre genre. Quant à moi je suis certaine que je ne me serais retournée ni sur vous ni sur votre CV si je l'avais lu. Un vieux garçon ! Et pas commode avec ça, sensuel mais 'blanc bec', langoureux mais pressé, hésitant mais convaincu et j'en oublie mon autoportrait.

Toute cette affaire dans un monde normal, entre gens normaux aurait déjà été emballée et réglée. On n'en parlerait plus. Mais j'ai beau me pencher sur mon passé, m'essayer à quelques calculs mentaux, je ne vois rien qui ressemble à cette situation, pas une correspondance qui atteigne cette quantité (et je ne parle pas de la qualité.) Il me semble un peu normal, pour le coup, que nous soyons 'fatigués'.

Qu’allons-nous faire ? Empêtrés dans nos vies respectives de 'célibataires entourés' nous nous sommes offert le lit d'une page blanche où nous couchons nos désirs, nos envols, sans avoir le moindre espace réel où nous pourrions simplement nous reposer d'être ensemble. Nous voici donc condamnés au virtuel, bagnards du net par attachement (je ne peux en douter et j'ajoute : l'attachement est de qualité.)

Tu me demandes 'les circonstances atténuantes'  et je t'offre mes reproches exténués. Déjà j'imaginais cet après-midi des solutions radicales. Ah surtout ne pas être triste, ne pas souffrir (et toi tu ne veux pas larmoyer non plus) Nous sommes prêts à tout pour nous garder intacts. Finalement ce que nous aimerions, c'est une liaison raisonnable sans fusion ni excès, avec quelques rendez-vous pris aux heures ouvrables, quelques escapades en fonction du temps qui nous permettrait de nous envoyer au septième ciel sans tempête ni embruns. L'extase oui, mais maîtrisée, pour ne pas dire dominée (Ah le vilain bec orange qui s'est grimé en blanc pour jouer les pierrots lunaire.)

Je t'avais dit que les masques tomberaient. Avril de tous les dangers, qui résiste à ce vent qui nous vient des saisons de l'attente ? Tu parlais de bouée de secours, de sortie de secours mais où sont-elles maintenant ?

Je n'ai comme fuite possible que l'effacement et je sais déjà que le vide d'une journée sans te lire est plus lourd chaque jour. Comme je sais que j'aime ta voix surprise et les bruits qui l'entourent quand tu rejoins le trottoir pour m'entendre. Je vais tenter le régime : ce soir plus de voix, moins de mail. Ainsi j'arpenterai les rues avec légèreté et je travaillerai avec opini-atre-té (même avec des tirets, c'est un mot affreux)

Les mots me manquent maintenant, la nuit s'avance et je cherche un poème des yeux, celui que je te lisais hier :

'Tout seul. Tellement peuplé d'une autre vie que j'ai cru vivre. Mais ma vraie vie commence sa révolte. Elle rit, elle rit tout à coup d'un rire aigu qui troue et déchire ! Tout ce que transfigurait mon pauvre bonheur imaginé redevient l'énigme d'avant. Les distances renaissent. Qu'est ce que j'attends encore ?'

Gustave Roud

Je t'embrasse

Savannah

 

à suivre