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À: "Savannah <.Savannah@hotmail.fr> Objet: toutes affaires cessantes Date: samedi 3 mai 2003 17:02 Savannah, Fatale infidèle ? Ton journal parti prendre les eaux en un moulin discret finira bien par reprendre sa place...." href="http://www.sybilledebollardiere.com/pages/LOrange_de_Mars_22_Toutes_affaires_cessantes-877276.html"> L'Orange de Mars 22 - Toutes affaires cessantes

, 14:11pm


 

De: "Malcom." <Malcom.@hotmail.fr>

À: "Savannah <.Savannah@hotmail.fr>

Objet: toutes affaires cessantes

Date: samedi 3 mai 2003 17:02

 

 Savannah,

 

Fatale infidèle ? Ton journal parti prendre les eaux en un moulin discret finira bien par reprendre sa place. Tout aussi discrètement.

 

L'eau est de tous les luxes, de tous les sacres, l'eau est cet autre qui nous habite. Mais nous nous consumons plus sûrement que nous nous évaporons. Je ris. Je ne crois pas que nous ayons, Savannah, quoi que ce soit d'évaporés. Dussions-nous pratiquer les paradis artificiels et autres amertumes.

 

L'eau est aussi cette musique apprivoisée jusque dans les rigoles des caniveaux. Bonheur des caniveaux. Bonheur des fontaines, gargouilles et rigoles.

 

Toutes affaires cessantes je t'embrasse ;

 

Malcom

 

 

 

De: "Savannah." <.Savannah@hotmail.fr>

À: "Malcolm." <Malcom.@hotmail.fr>

Objet: Jar din secret

Date: lundi 5 mai 2003 22:56

 

Malcom,

 

Insidieusement tu as envahi ma "boite de réception" je viens de réaliser que le reste du monde s'est évacué vers les dossiers "bureau" ou "supprimés" "perso" pour quelques rares intimes qui osaient encore m'écrire mais dont les voix se sont tues, probablement conscientes (par le biais d'un sixième sens" du fait que la ligne était occupée.

 

Est ce pour cela que mes enfants que je trouvais objectivement réussis et plutôt en phase de grande indépendance, se trouvent soudainement affligés de tous les maux ? Les bras m'en tombent ce soir, d'eux et d'autres qui prennent des chemins détournés vers le bonheur qui ne me disent trop rien.

 

Je connais la chanson des jours tristes, c'est une vieille rengaine que l'on entend de loin et qui vous semble faite pour nous. Une mélodie facile, un peu épidermique. Ce chant des sirènes, si on a le malheur de l'avoir entendu enfant alors on se laissera porter vers lui aussi sûrement que les marins antiques dont parle l'Odyssée. A moins que. Après tout on ne sait jamais.

 

Tant de messages aujourd'hui que nous en oublions de respecter le rythme des marées ! Il me vient une inquiétude -cela doit être à l'ordre du jour - Il faut que tout cela dure, je ne saurais me passer de tes écrits ni d'aucun de ces petits signes qui me donnent beaucoup de joie.  L'humour nous sauvera n'est ce pas ? Il empêchera que le temps, la surabondance (ou n'importe quoi d'autre) viennent ternir notre goût pour les messages, nos tirades et tous ces petits riens dont nous émaillons nos propos.

 

Il m'importe à moi que tu connaisses le vêtement des coupeurs de canne, les noms des oiseaux et mille autres choses encore comme l'usage du "presse purée". Il m'importe aussi de t'écrire ces lignes, celles d'hier et d'autres comme un journal à quatre mains où les destinataires s'emmêlent les doigts. Sentinelle, oui c'est cela, deux sentinelles d'une histoire qui s'allonge et que j'ai pourtant l'impression de voir juste commencer.

 

Qu'importe si cette prose a pris le pas sur le poème ou le journal, j'ai noirci tant de cahiers ... Toutes ces heures passées à écrire  pour un retour à soi dans cette malle rouge fermée autrefois, simplement rangée aujourd'hui. "Sans destinataire" telle est la vocation d'un journal, mais les choses ne sont pas si simples et bien sûr je souffre parfois, ou tout du moins je me questionne sur le sens de ce cul de sac littéraire. Je n'osais pas rêver d'une correspondance, habituée à ne lire pour ainsi dire que les morts, j'entretenais un dialogue virtuel avec ceux ou celles qui peuplent mon panthéon personnel. Et puis il y a la vie du dehors, cette vie agitée que tu me connais, le côté pas toujours supportable de ma personne, entre les deux un journal rassemblant les morceaux épars, tentant de faire une vie avec tout ce qui peut être écrit.

 

Le secret c'est ce qui ne peut être nommé, ce que l'on ne nomme pas pour le nier ou le faire disparaître, c'est aussi ce que l'on tait pour en protéger l'essence, la vie même. Un jardin secret est un jardin toujours en avance d'une saison, on s'y découvre toujours un peu trop tôt, mais qu'importe, sous ses frondaisons le temps n’obéit à aucune loi.

 

Je t'embrasse

 

 Savannah