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Textes de l'atelier d'écriture des Halles avec Mathieu

, 00:42am

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Les textes que je publie ici sont dus aux participants des ateliers d’écriture de Mathieu Simonet. Réponses ou évocations personnelles à partir des publications du blog ou de nos échanges, ils ont été écrits sur place, lors de la séance où j’étais « l’auteur invité ». Merci encore à tous ainsi qu'à Mathieu pour ces moments d’une grande richesse. Sybille de B.

 

J'ai commencé à écrire à l'âge de 12 ans à l'aube de l'adolescence. Je me revois en train d'écrire avec mon stylo à couleurs différentes sur ma feuille avec une intensité dans le geste et dans le regard par rapport à ce que j'étais en train d'écrire.

L'écriture est venue tout d'un coup comme un moyen de m'exprimer suite à la perte de mon père qui est arrivée brutalement l'année passée. J'ai ressenti un besoin brutal d'écrire, d'être dans un monde imaginaire fait de paroles, de dialogues comme si la parole n'était pas rompue, qu'il n'y avait pas de silence.

L'écriture à cette époque se couplait pour moi d'un univers musical qui me donnait de l'inspiration. Quelques années après, j'ai diminué l'écriture en souhaitant être plus dans le monde tout en gardant ce désir qui a été toujours là depuis mes 12 ans et qui est revenu depuis quelques années par le chemin de la lecture de romans que je dévore.

Sirine

 

Genèse d’un roman

Vivre avec plus de légèreté. Prendre du recul par rapport aux événements de sa propre vie. Se regarder de l'extérieur comme un observateur. C'est un trajet de vie qui ressemble à l'analyse. On peut éprouver dans certains cas une sensation de déjà vu, d'inquiétante étrangeté comme quand on entend sa propre voix enregistrée ou qu'on se découvre par inadvertance dans le miroir.

L'enfance est le terreau de la vie. C'est dans cette période qu'on découvre et ressent ses premiers sentiments qui reviendront ou non à la surface de ses pensées à l'âge adulte. L'oubli ou l'amnésie, les souvenirs qui font parfois écran à des choses qu'on ne voulait pas voir ni entendre peuvent revenir dans l'écriture.

Ecrire sur soi pour se décentrer de soi-même et incarner un autre je est une forme de catharsis. Le lecteur peut être s'identifie-t-il aux non-dits et secrets de l'auteur qui se dévoilent au fil des pages.

L'écriture constitue un travail psychique en soi qui permet de se ré-inventer autrement et de donner un autre sens à sa vie. Une momie, des hiéroglyphes, une écriture secrète qui revient au grand jour et qui est incarnée par l'œil et la pensée du lecteur qui s'y reconnaît ou non et qui met dans le roman une partie de lui-même.

Sirine

  

Rituel d’écriture

Ecrire vient par pic, par vagues successives. L'inspiration est comme un souffle. On a une phrase dans la tête, on a envie de l'écrire.

Ecrire en étant vierge de mots, d'informations, comme si on venait de se réveiller d'un sommeil sans rêves.

S'installer à sa table, trouver une place, un lieu pour écrire en une matinée paisible, contenu par des vêtements souples.

Prendre son stylo pour écrire des dialogues, des moments forts d'un récit rend toute sa force à l'inspiration, aide à mettre en forme le récit de ses émotions.

L'enfance comme source d'inspiration et d'écriture, parler de soi, de ce qu'on vit à travers un roman construit son rapport à l'écriture.

Avoir un carnet d'écriture qui est un journal de vie où l'on vient déposer ses pensées, son vécu qui se transforment en écriture au fil du stylo dont l'encre change de couleurs en fonction de son humeur, du temps, des saisons.

Rituels d'écriture comme des rituels de vie qui aident à susciter l'inspiration et la créativité de l'écriture qui deviendra roman ou non.

Sirine 

 

J’ai vingt ans

J'ai 20 ans. Je suis une grande jeune femme plus mince, blonde, les cheveux mi-longs, aux yeux bleus. Je suis habillée avec des pantalons roses ou en jean un peu d'eph avec des baskets, des tee-shirts colorés, une sacoche en bandoulière pour me rendre à la fac.

Je porte de grandes boucles d'oreille, des colliers types ethniques, des foulars autour du cou. J'ai souvent froid et je me couvre. Je n'ai pas encore de cicatrice autour du cou, ce que j'aurai quelques années plus tard.

Je me sens à la fois forte d'être arrivée debout sur mes pieds jusqu'ici et à la fois très fragile, inquiète devant le chemin qui me reste à parcourir.

Je suis entourée de famille, d'amis tout en me sentant seule, ayant l'envie de tomber amoureuse sans pouvoir réellement me permettre de l'être comme je le serai quelques années plus tard.

Je suis dans le deuil de l'enfance et à l'aube de ma vie, comme sur un fil, habitant seule en dehors du nid familial tout en n'étant pas vraiment sortie, comme un funambule sur un fil, qui est devenu plus solide avec le temps.

Sirine

 

Un jour, un meuble

C'est un "barbier" m'a dit le vendeur ! C’est le début de l'été 1975 dans les environs du Val d'Oise, et le dernier jour d'une brocante, les exposants remballent déjà.

Mon mari et mon père m'accompagnent dans cette promenade où je ne recherche rien.

Je m'arrête subitement, je tombe devrais je dire en arrêt devant un meuble en bois doré, miroir pivotant dans son cadre sculpté, tablette en marbre.

C'est comme un coup de foudre, le prix est dérisoire, le vendeur veut s'en débarrasser.

Je paie et se pose la question comment le transporter dans ma province ?

Je ne m'en  souviens plus, mais comme souvent mon père trouva une solution.

Le voilà en bonne place chez nous, les enfants se sont regardés grandir dans son miroir.

Séparation, éparpillement dans le temps et dans les villes, il ne m'en reste qu'un depuis que je suis ici, c'est lui.

Il m'arrive de me poser la question, qui l'aimera après moi ?

Claudine C.