Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
Voie d'accès

Sybille de Bollardière, bio et extraits

, 20:55pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Sybille de Bollardière, bio et extraits

Sybille de Bollardière est née au Le Chesnay le 5 juin 1951. Femme d’affaire autodidacte, auteur de poèmes et de romans, son parcours professionnel et familial l’a amené à vivre au Congo-Brazzaville et en Bretagne où elle reprend et dirige une entreprise de maroquinerie. À son retour en région parisienne en 2002, elle est nommée à la direction de Cassegrain le célèbre graveur de la rue Saint-Honoré. Aujourd’hui elle vit entre Paris et le Perche en Normandie où elle anime des ateliers d'écriture. Depuis 2011 elle est membre du jury du prix Rive gauche à Paris.

Bibliographie

– Alizarine, poèmes, Éditions Chambelland- La Coïncidence en 1982

– Le défaut des origines, roman Ramsay en 2004 (Prix Lafayette)

– Une femme d’argile, roman, L'Editeur, 2011

– Territoires, poèmes, La Passagère, 2012

Extraits

Alizarine

Etre allée si loin

Où la vague écartée

N'a d'autre parole

Que l'abîme lapidaire

Offrir au matin

Le souffle des nuits

Tachées de lumière

Et se remettre en chemin

Ainsi je passerai les heures

Au tamis de mes mains

Et je porterai la terre

Au cerne de mes ongles

Ils fertiliseront le sable du désert

Le défaut des origines

Mais « ça » a continué. Aussi lentement, aussi sûrement que Jean le souhaitait. Parce qu’il y avait les après-midi à l’hôpital, nos voix qui le berçaient dans son sommeil et ce va-et-vient autour de lui, Jean se sentait enfin aimé. Il y eut ces longs conciliabules dans le couloir quand je débarquais de Paris par le train, les réponses de l’infirmière en chef à nos questions :

- Il ne souffre plus, il ne peut plus vous entendre, son état est irréversible...

Et puis nous nous sommes habitués au ronronnement de l’appareillage, au coma profond, à ce bruit d’aquarium qui distille, insuffle l’air, la morphine, la vie et son contrepoison... Nous nous étions tous retrouvés pour cette « affaire de famille », cette maladie du sang, transmissible comme notre difficulté à vivre. Nous la partagions comme un dernier repas, évoquant les disparus, comptant nos morts comme en temps d’épidémie.

La peste envahissait nos villes… Lorenzo et maintenant Jean. Mon frère s’était donné la mort à petit feu, seringue contre seringue, dans ces ports où le soleil invite au corps à corps. Où avait-elle germé ? A Cannes ? A Ibiza ? C’est moi qui aurais dû être malade bien avant lui, moi qui aurais dû mourir... Il est mort au petit matin, en novembre. La brume avait rameuté les mouettes qui piaillaient le long des fenêtres. Il est mort seul, embarqué comme un navigateur sans port d’attache, souriant du coin de l’œil et enfin libre.