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Articles avec #extraits - romans

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L'amour des hommes

22 Mars 2019, 09:24am

Publié par Sybille de Bollardiere

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La photo : mon frère Jean sur la plage de notre enfance dans les années 60

 

L'amour des hommes

(déjà publié sur le blog en mars 2015)

Ils marchent côte à côte sur une plage qui n’en finit pas de jaunir dans les albums photo. La mer est basse, ils descendent vers l’eau d’un même pas lent pour surveiller les enfants pendant les heures de bain. Elle tient à la main les serviettes-éponges ou les bouées et lui son éternel mégot de cigarette qu’il finit jusqu’à s’en brûler les doigts.  Elle porte des robes de lin bleu-pâle, des ensembles jaune vif de chez Rodier et parfois quand il fait chaud, un maillot noir à ramages dorés. Lui ne quitte pas ses pantalons blancs qu’il roule à la cheville pour pouvoir goûter la mer de toute manière beaucoup trop froide pour lui. Ses maillots de bain il les garde pour d’autres destinations, des lieux exotiques qui traversent les conversations familiales comme des météores qu’on évite de commenter. Sitgès et Hammamet sont des soleils lointains dont il cache le bronzage sous sa chemise pour venir en Bretagne la retrouver. Il l’aime et ça se voit. Ils passent des heures ensemble, calmes, secrets et beaux. Oui beaux tous les deux. Elle et lui, la cinquantaine, grands et minces, bruns de peau et de cheveux avec le même front silencieux, la même voix sourde et ce regard d’enfants qui ont appris à découvrir la vie côte à côte.

Ils s’aimaient, c’était limpide comme ces jours d’été des années 55-56 quand il venait rejoindre pour une semaine rarement plus, cette sœur qui lui manquait. Aussi limpide que ma volonté d’enfant de les marier pour qu’il ne soit plus seul.

« On n’épouse pas son frère et ta grand-mère a déjà un mari ! »

C’est peut-être pour cette raison qu’il est resté célibataire, enfin c’est ce que je me suis donné comme explication ces années-là tout en continuant à admirer cet oncle solitaire et voyageur qui n’allait pas à l’église. Dans la famille on disait de lui : c’est un « Gidien » et même plus âgée, je continuais de m’étonner du caractère implacable de ce syndrome littéraire.

Un été « L’Oncle » est venu « accompagné ». Il a débarqué sur la plage avec un ami brun lui aussi, mais volubile et agité, étrennant l’usage du mini slip de bain et des crèmes solaires pour hommes sur cette grève bretonne où les mères de famille tricotent sur leurs pliants à l’abri de tentes rayées.

Bernard était chaleureux, prévenant, attentif et bronzé. On se plut tout de suite. Souriant et tendre, il prenait soin de moi, me mettait de la crème sur mes coups de soleil, rinçait mes cheveux après la plage et tout le monde paraissait l’apprécier. A quatre ou cinq ans, il ne m’en fallait pas plus pour être persuadée d’avoir enfin trouvé la solution pour L’Oncle. Oui, mon idée était excellente, il fallait que je l’annonce. « Puisque L’Oncle n’a pas de femme, il pourrait peut-être épouser Bernard ? Je l’appellerai tante Bernard…»

On a dû rire sur la plage mais je ne m’en souviens plus. L’Oncle est resté officiellement seul mais je l’ai souvent revu avec Bernard. Ils m’emmenaient en vacances dans le midi. Saint-Tropez, la plage de Pampelonne, mon tee-shirt de chez Choses et mon premier deux pièces, les glaces chez Sennequier, c’est à Bernard que je les dois. L’Oncle avait ses habitudes chez nous le jeudi pour le dîner. Il venait surtout pour ma mère qui le considérait comme son père, nous distribuait des sucettes Pierrot Gourmand et partait de bonne heure avec son éternel mégot vissé au coin des lèvres, soulagé d’échapper aux discussions politiques et au vacarme familial.

Printemps 76. L’Oncle toujours là qui vieillit, malade et proche de sa sœur si semblable à lui dans cette cour de ferme où il est venu la rejoindre. Il tousse et fume ses mégots dans la fournaise de juin et puis c’est le mois d’août, la canicule. Enceinte je ne peux pas partir en vacances alors je vais le voir à l’hôpital. Clamart derrière les persiennes. Je m’assieds à côté de lui, nous ne parlons pas. Il est allongé nu sur les draps avec un simple slip jaune. Il est toujours beau, je le vois dans les yeux des infirmières qui viennent lui passer un gant de toilette pour le rafraîchir. Dans la pénombre de la chambre, sa peau lisse et bronzée, ses jambes immenses. Il a toujours ce front haut et silencieux. Il me plaint de mon état et me dit qu’il ne souffre pas. On attend ensemble quelque chose qui ne vient pas assez vite. La pluie, l’orage, l’enfant, la mort.

C’est après que j’ai découvert sa maison, Dar Chems à Hammamet où j’ai écrit mon premier recueil de poèmes « Alizarine ». Après aussi, que j’ai connu ses amis qui m’ont parlé de lui. Badi et Kadija, Karim, Chadli. « Le Gidien » nous a laissé un pays : la Tunisie, des couleurs et une famille Alain, Jean-Claude… Et de ce genre de famille on a toujours besoin.

Jean, le plus jeune de mes frères aimait les garçons, la liberté, la peinture, le soleil, Ibiza, les illusions et je l’aimais, moi. A propos de lui on ne disait plus le « Gidien » mais simplement le pédé, la tarlouze et Le Frère, il en a bavé. Ce n’était pas facile d’être homo dans les années 70-80, pas facile d’avoir du talent quand on manque d’amour, pas facile avec Le Père, l’héroïne, la peinture et enfin le sida. Un jour il a déchiré ses toiles et s’est installé chez moi. C’était la Bretagne, l’automne, la pluie, le froid. Ce qu’il avait fui toute sa vie. Lui la tarlouze, le pédé, mon petit frère est mort sans sa famille à lui, celle qu’il n’a pas eu le temps de se trouver. Alors j’ai vraiment décidé de ne plus cesser d’écrire. Je suis devenue Henri, un pédé moi aussi dans mon premier roman et ça m’a fait du bien. Quand le livre est paru mon fils aîné m’a dit : « Merci pour le cadeau…».

Au nom de L’Oncle, du Frère et du Fils… Et de ce qu’ils ont en commun : les mains, le regard, un sourire en biais qui retient le cœur pour ne pas sombrer trop vite. Le goût des corps et de la beauté, le soleil, l’amour et  l’amitié et, ce dont ils se seraient bien passés, le courage et la solitude. Le fils est là, jamais loin et au pire, nous échangeons nos silences à portée de plume ou de dessin mais c’est à lui d’écrire sa vie. Quand il faut, je bats le pavé à ses côtés, je pétitionne, je coagule ivre de rage quand on menace ses libertés, ses droits. De L’Oncle et du Frère, il reste quelques photos jaunies, un rond de serviette en argent, un peu de couleur sur une toile et tous les chemins à prendre en pensant à eux. J’écris à plein temps maintenant. Des histoires d’hommes et de femmes à aimer et plus encore à comprendre, à suivre. Ils m’ont laissé le goût des hommes mais aussi de la différence, de l’ailleurs et de cet autre humain qui n’est ni à prendre, ni à séduire mais à aimer tout simplement. La solitude est sans frontière, elle vous rapproche de tout, surtout ici où la vallée entière est un écrin pour ceux qu’on aime, un refuge pour ceux qu’on ne connaît pas encore. Familles imaginaires ou réelles que l’on entraîne sous les arbres pour les regarder jouer toutes générations confondues. Ça fait du bien et répare des enfances à oublier. Ici, chez moi, la maison c’est « Oucé ki ya les pédés » comme on a dit à Julien dans le village.

Plus tard, il faudra que je me souvienne de cette fenêtre ouverte sur la vallée, des heures mauves accrochées aux arbres quand nous cessons de parler pour écouter la saison à venir. Il faudra que je me souvienne des nuits traversées dans le jardin avec Henri, David, Olivier, Catherine, et tous ceux qui ne sont pas encore venus et nous accompagnent en pensée quand la forêt s’ouvre sous le poids de nos pas.

 Ici, du galuchat orange offert par Olivier que je porte en collier. Madame Gayluchat ? Oui, c’est moi !

Sybille de B. avril 2014

Extrait du recueil collectif "les Lucioles" publié en juin 2014 Coordonné par 6401537-9656902Olivier Steiner et illustré par Olivier Millerioux. Sur une idée de Jérémy Patinier. Le livre comprend les textes de cinquante auteurs dont : Nina Bouraoui, Clément Bénech, Nicolas Boualami, Philippe Besson, Julien Cendres, Sarah Chiche, Camille Laurens, Charles Dantzig, Abdellah Taïa, Laurence Tardieu, Philippe Mezescaze, Franck-Olivier Lafferrère, Eric Neyrinck,  etc. Pour acheter le livre : 

http://www.desailessuruntracteur.com 

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L'amour en zone inondable... Lilli

27 Octobre 2018, 14:12pm

Publié par Sybille de Bollardière

 

"A l’instant où il fit connaissance de Lilli, Martin sut qu’il allait l’aimer affreusement. Il ressentait déjà en lui la douleur de cet amour fatal mais aussi la volupté de son propre abandon. Il lui semblait que toute sa vie passée n’avait été que le prélude de ce moment où le regard bleu de Lilli croisa le sien. Martin le raisonnable, Martin le tiède, tenait enfin son supplice, sa douleur, il allait pouvoir expier, non seulement ses fautes anciennes, mais sa nature tout entière. Lilli le possédait intimement, aussi sûrement qu’il pressentait déjà sa perte. Comment avait-il fait pour ne pas la rencontrer plus tôt ? Il croyait ne rien ignorer de ce village, en fait, il n’en connaissait que quelques pêcheurs, la grève, les bateaux et sa cantine habituelle, rue de l’Eglise."

Extrait de L'amour en zone inondable, roman La Passagère octobre 2018

Photo : décor du roman ; Yport, 76

 

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L'avis des lecteurs

10 Novembre 2017, 10:14am

Publié par Sybille de Bollardiere

Une femme d'argile

 

J’ai terminé ton roman, l'ai lu comme on lit un polar passionnant (ah, me disais-je, cette femme léopard, va-t-on la découvrir ?).
oui, la construction est sérieuse, précise: tu ne nous perds jamais entre l'Afrique et l'Europe. Les hommes sont des archétypes qui meurent, les femmes prennent les armes, n'ont pas le temps dans la tourmente de pleurer leurs hommes; l'enfant Marco et l'hippopotame; les objets transportés à l'autre bout du monde et que finalement Julia abandonnera pour le seul goût indicible du miel.


Tu as écrit un château fort, le prochain se souciera-t-il moins des arcs-boutants ? J'espère ton livre en de bonnes mains nombreuses et t'embrasse bien.

Emmanuelle G. (Comédienne)

 

J'ai lu en revenant à pied chez moi les 90 premières pages de ton livre (j'aime bien lire en marchant dans Paris), franchement, j'ai trouvé ça vraiment agréable, super bien construit, du Simenon "au féminin" (dans le type d'intrigue), et possiblement je trouve un livre populaire... la construction est assez subtile, en tout cas très bien menée, on ne voit pas les coutures, et on passe de l'Afrique/scolopendre à la Loire, à la Belgique, puis de nouveau direction l'Afrique sans cahots, et on sent que ça va pas être du gâteau même si l'initiation va être fertile... Bravo, c'est agréable de lire quelqu'un qui maîtrise son sujet, et je m'enfonce avec plaisir dans tes pages....

 

C'est un roman dans lequel on s'enfonce en voyageur, avec en ligne de frise (la bonne expression?) le portrait d'une femme paradoxale, une dure à cuire ou un coeur d'artichaut on ne sait trop, ça fait partie de l'énigme, car il y a aussi une énigme, des trafics et des coups de feu... à mon avis, ça pourrait un de ces quatre se retrouver à l'écran...

Rémi Karnauch (Ecrivain)

 

j'ai enfin pu me procurer une femme d'argile à la fnac et me plonger dedans
j'aime beaucoup; d'abord c'est très bien écrit, ton style me rappelle celui de chateaubriand (en toute simplicité…)et cette femme est attachante

Anne B. (Lectrice)

 

Je rentre à l'instant d'un très beau voyage qui me fit marcher pieds nus dans les rives ensablées de la Loire et perdre la raison douce dans le poétique Makuliti. Je quitte à regret mon guide, cette Julia exceptionnelle dont j'aime à jamais les noirceurs et son goût du miel pygmée. C'est un très beau livre et je vous remercie de l'avoir écrit.

Grégoire Delacourt (Ecrivain « L’écrivain de la famille, Lattès 2011)

 

Je viens de finir la lecture d’une femme d’argile et je suis très triste de quitter Julia l’héroïne attachante et les paysage magnifiques de l’afrique. Merci

Antoine H. (Lecteur)

 

Envouté dès les premières pages, pris dans les vapeurs africaines comme si on y était. Je ne le lâche plus…

Henri (Lecteur)

  

Ce livre me passionne et surtout l’héroïne. Pour moi il devrait faire partie des best seller de la saison

Eric M. (Lecteur) 

 J'ai beaucoup aimé. Merci pour ce beau voyage. 
 Arnaud L. (Lecteur)  

Je suis plongée dans ton livre ; magnifique ; histoire prenante ; style fluide; très belle écriture…

Lydia T. (Lectrice)

  

J’ai adoré ce livre, très bien écrit et passionnant tant pour l’intrigue que ce qu’il nous apprend sur le pays.

 Eliane (Lectrice)

 

Je viens de terminer  "une femme d'argile"...!

Un grand merci de nous faire revivre ces moments intenses qui ont tant marqué notre existence de "vagabonds" africains !

Bravo... l'histoire est intense et captivante. Et bien sur, même si c'est un "roman-fiction"... on est obligé de s'identifier aux personnages décrits (et si bien décrits...) que l'on semble avoir croisés dans notre expérience congolaise.

Raynald J. (Lecteur)

 

Moi je le dévore.... Souvenirs souvenirs... Mais j'avais oublié beaucoup de choses!!!! J'adore ta façon d'écrire j'attends ton prochain roman avec impatience (je pense qu'il est terminé)! Merci de m'avoir permis de revenir sur les rives du fleuve Congo et au bord du Djoué...

Dominique H. (Lectrice)

... on découvre le Congo c'est super j'ai été envoutée par le paysage on rentre dans la peau de l'héroine un petit livre bien épais que j'ai eu du mal abandonné un chef d'oeuvre j'ai hate de lire un autre roman de cet auteur

(Lecteur anonyme, commentaire sur le site de la FNAC)

 

Je tenais à vous dire que je me régale à la lecture d'une" femme d'argile" un délicieux moment de lecture, d'oubli de la vie trépidante à Paris.

 

Colette Jobard (Auteure)

 

 

 

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Ca se passait au Chesnay en septembre

12 Avril 2014, 10:02am

Publié par Sybille de Bollardiere

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..."Ça se passait au Chesnay en septembre. Toute la famille regardait les nouvelles à la télévision et l’on venait d’annoncer un documentaire sur la dernière guerre avec quelques extraits. Alice s’est levée pour se diriger vers l’entrée. Irène l’a suivie et l’apercevant de dos dans la lumière du soir, elle a saisit son Nikon sur la console. Ce n’était pas le moment, c’était presqu’indécent mais sa mère n’a pas protesté et Irène a continué. Sur les premiers clichés, on voit sa mère de trois-quarts, sa nuque sous le chignon relevé, la naissance de la mâchoire avec un léger pli sous le menton qui signale l’émotion retenue, l’imminence des larmes. Puis Alice s’est redressée, a regardé par la fenêtre de la porte d’entrée le temps qu’il faisait, ou le temps qu’il ne faisait pas, peut lui importait. Elle n’avait pas de regard, pas d’expression, on aurait dit qu’elle s’était complètement vidée entre les poses. L’éclairage rappelait celui d’Ingrid Bergman filmée par Mickael Curtiz dans Casablanca. Ces photos impromptues la révélaient en noir et blanc, irradiée de lumière - probablement le soleil entre deux pluies par la lucarne de l’escalier. Elle ne portait qu’un simple pull-over à même la peau dont elle avait intentionnellement mis le décolleté en pointe, sur le dos. Aucun bijou, seulement ce V qui descendait entre ses omoplates dans l’axe de sa nuque. Irène comprit ce jour-là que sa mère était une héroïne et qu’il fallait en garder cet aspect-là et seulement ça. Elle ne serait jamais vraiment sa mère en dehors de ce cadre."

Extrait Les Mauvais sentiments

 

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