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Articles avec #poesie

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un jour de semaine

31 Mars 2017, 10:02am

Publié par Sybille de Bollardière

Un jour de semaine sur la grève de mars.

Isolement au sein de l’éphémère, une plage après la marée.

Vent du sud et soleil blanc

le paysage s’offre des teintes de mine de plomb

une ardeur de juillet.

Lentement, la vague froisse le silence sous l’assaut bavard des goélands.

 

Mémoire de pierres

dressées face au flot

posées sur l’horizon comme les gisants d’un autre temps

elles m’ont connue à tous les âges, sous tous les vents.

Les yeux fermés, je dessine leurs courbes, leurs déchirures

j’inspecte leurs blessures, ces effondrements de la roches

et leurs plaies nouvelles béantes sous le soleil de mars.

Sur l’île au loin, la lande verte des dernières pluies d’hiver.

 

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Doute

24 Octobre 2015, 07:45am

Publié par Sybille de Bollardiere

DouteDoute
Doute a enfilé son imperméable jaune
et marche devant moi dans le matin d'octobre
Je la rejoins
l'absence de mots accompagne nos pas
et cette ombre sur la mer qui dessine les îles
Elle sait déjà tout de notre disgrâce
n'ignore rien de ce qui nous attend
exil horizontal sous les vertiges
de l'hémisphère nord
Doute m’offre son sourire blessé
et plus qu'une main posée,
l'abri pour une nuit là, sous les toits
dans le bleu et bois
en contrebas de la mer si calme ce jour-là.
 
J'ai aimé marcher près d'elle
Buissons d'oiseaux sous le dais gris du ciel
qui se levaient à notre approche
et cette nuit là et toutes les nuits
quand je me cherche un autre nom
je la revoie
Doute avance et me sourit
Avec son cœur de mère
Comme un rempart jaune contre l'oubli.
 
Anniversaire : Mon blog (première chronique le 24 octobre 2008) fête ses sept ans aujourd'hui ! vous pouvez retrouver l'intégralité des chroniques et des images en suivant les liens : Chroniques  IMages Jour et nuits  Poulpitudes et autres tourments ainsi que les Albums photos et les peinture et illustrations
 

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Un lac comme un calice offert aux dieux

21 Septembre 2015, 07:15am

Publié par Sybille de Bollardiere

Credits photos :Charlie Kellogg, Olivier Wandestrick, Barour Thomassen ,Globe-Trotting
Credits photos :Charlie Kellogg, Olivier Wandestrick, Barour Thomassen ,Globe-TrottingCredits photos :Charlie Kellogg, Olivier Wandestrick, Barour Thomassen ,Globe-Trotting
Credits photos :Charlie Kellogg, Olivier Wandestrick, Barour Thomassen ,Globe-TrottingCredits photos :Charlie Kellogg, Olivier Wandestrick, Barour Thomassen ,Globe-Trotting

Credits photos :Charlie Kellogg, Olivier Wandestrick, Barour Thomassen ,Globe-Trotting

Parmi les îles Féroé,Danemark, le somptueux lac Sørvágsvatn, lac situé dans la partie nord de l'île de Vágar.

L'Ecume bleue d’une vague
En son crépuscule de larmes
Comme un calice offert aux cieux
Pour sceller nos égarements
 
Se noyer d’étoiles
Pour un reflet du ciel
Quand la douleur nous livre
Hébétés
A ces plaines immenses
Où rien ne commence
Où rien ne finit
Seule la violence nous délivre
Et nous lie à la mer
 
Ici
Je suis devenue l’hôte
Des songes de l’homme
 
Poèmes épars 1980

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Vie privée

23 Juin 2015, 18:01pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Vilhelm Hammershøi  http://www.sybilledebollardiere.com/album-2140428.html

Vilhelm Hammershøi http://www.sybilledebollardiere.com/album-2140428.html

La Vie privée. Je n’ai pas de mots pour ça, c’est hors du champ de ma langue. Moments à vivre, à peindre, morceaux de temps inscrits sur la page et qui resteront muets.
Ma vie privée de mots, suspendue.
J’écris pour qu’on ne me lise pas.
A tâtons dans le noir, les mains tendues, j’avance aveugle et mutique vers l’inconnu.
J’avance emmurée dans l’image qu’un autre se fait de moi face au miroir de ses peurs.
Je vous le dis, c’est une chance de se perdre.
Je ne peux pas tomber je suis la chute, l’écartée, la protégée, l’ombre sur le chemin, la prière du matin. Je ne crains rien.
J’écris pour qu’on ne me lise pas.
Si j’ai délaissé les morts c’est pour voyager léger parmi les vivants.
Les premiers ne me demandent plus rien, de vie privés comme une peau de chagrin et les suivants n’en souhaitent pas davantage
Alors avec les caprices de bleu de ce jour de juin, je glisse dans le temps de l’autre comme cet arbre qui annonce la mer et l’insistance des vents en épousant la courbe d’une vague.
C’est une chance de se perdre.
 
Autres tableaux de Wilhelm Hammershoi

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l'irrésolue

12 Avril 2015, 16:40pm

Publié par Sybille de Bollardiere

l'irrésolue
Une femme comme en exil de sa propre vie
Ombre de femme gémissant dans son souffle
Emmurée, inconnue, complice et éphémère 
Elle, la  sœur, la mère, la fille, la nourrice et l’héroïne
Et toutes les autres femmes qu’elle porte sous la peau
De l’aube au quotidien gelé des silences.
Elle est la guerrière défaite ou victorieuse
La veuve, l’orpheline et l’illégitime
Mais aussi toutes les femmes aux cheveux
noués, tirés, nattés, cachés, lâchés
Elle est  l’infidèle, la libertine, la voyageuse et l’irrésolue
Toutes les  femmes siphonnées de leurs rêves
Eventrées, violées, répudiées ou seulement oubliées
Comme la femme bleue de Madison.
Elle, multiple et contraire dans l’océan des passions
Aphasique dans la déraison, elle choisit son bourreau
Epinglée, désirée et même admirée,
Elle avance dans le gris des semaines
Noire, suzeraine ou courtisane
Libre et enchaînée
Comme les filles de Tselophchad
Machla, Thirsta, Hogla, Milca et Noa
Femmes sous la loi dans les plaines de Moab
Elle avance dans sa substance et dans sa chair
Déformée, aveugle, vomissant des pierres noires.
Avec ses rides sur le cœur
Elle est la peur, la jalousie et la mort
Pour quelques temps encore l’amie, l’amante et l’innocente
L’amer,  l’amour, le poison et l’antidote
Mais pourquoi se suffire d’une seule vie ?
Femme et femmes encore, singulière et plurielle
Il y a longtemps que le chagrin ne m’avait si bien accompagnée.
 

Illustration: Sibylle de Delphes  - Michelangelo - Détail - Chapelle sixtine

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Inventaire de fin de semaine

4 Février 2014, 16:01pm

Publié par Sybille de Bollardiere

inventaire-de-fin-de-semaine.jpg

 

Lundi

Un train de semaine avec autant d’arrêts que de soupirs. Je finis ma nuit contre la vitre d’un jour tardif, j’épelle ton nom et l’accroche aux lisières qui défilent.

Mardi

Saison de pluie et d’écriture. Dans l’attente, je vis dans l’intimité de deux bûchers, vases communicants d’un hiver doux qui ne réclame que quelques écorces de bouleau.

Mercredi

Jardin minuscule au cœur de l’écorce, refuge dans l’interstice des pierres gorgées d’eau. Face à la persistance des pluies, j’adopte l’obstination du lichen et colonise le gris de l’hiver.

Jeudi

Dernière journée de bitume et d’ennui. J’ai laissé tomber mes chaines et j’attends debout sur un quai de gare, l’inspiration des années à venir.

Vendredi

Le vent noir de l’oubli n’a aucun pouvoir je le sais, tu portes sous la peau l’encre de mes doigts, ceux des mots à venir pour que je me souvienne.

Samedi

Dans l’écart des nuits, à distance raisonnable, nous enveloppons nos silences de souvenirs, échangeons nos enfances en se regardant fuir vers l’horizon sépia d’anciennes images. Toi avec ta valise de fer blanc et moi dans ma robe à volants.

Dimanche

 Inventaire de fin de semaine. Sur le bleu répandu et le miroir des champs, je file vers l’ouest, le cœur tatoué et la mémoire à genoux, prier pour ceux que j’aime et ceux que je devrais aimer et demain tout recommence. 


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Philippe Jaccottet dans La Pléiade et Pensées sous les nuages...

26 Janvier 2014, 07:33am

Publié par Sybille de Bollardiere

jaccottet-grignan.jpg

Philippe Jaccottet à Grignan DR

 

"D’images en images glisse avec bonheur la pensée qui est pareille à un rêve ; elles sont en effet comme des portes qu’on ouvre l’une après l’autre, découvrant de nouveaux logis, mettant en communication des foyers qui paraissent incompatibles ; un esprit soucieux d’honnêteté en tirerait-il tant de joie si elles étaient absolument dépourvues  de fondement réel ? Ne faut-il pas penser plutôt que, même sans être jamais vérifiables, elles nous portent vers ce qu’il peut y avoir autour de nous ou en nous de vérité cachée ; ou même qu’elles rebâtissent à chaque fois, dans l’esprit du songeur, des clartés toujours nouvelles et toujours à refaire ?

Qu’un poète soit un arbre couvert de paroles plus ou moins parfumées n’est pas une image très juste, puisque ses paroles changent et que nul ne peut les prévoir ; il est vrai cependant qu’un jour il semble s’écrouler comme l’arbre, et pourrir. Mais non sans avoir tout essayé pour que ce qui tombe alors ne soit plus qu’un vêtement superflu, l’uniforme de son office terrestre, et que tout ne se réduise pas à ce dépouillement."

      Philippe Jaccottet  « Bibliothèque de la Pléiade », 20 février 2014, p. 109-110 (La Promenade sous les arbres)

"On ne peut pas écrire tous les jours, à heures régulières, comme le paysan laboure un champ ou comme le clerc feuillette et annote ses minutes. On est plutôt pris entre deux dégoûts, celui d’écrire ce que l’on écrit (de ne pas le faire mieux, autrement) et celui de ne plus rien faire du tout, qui est pire. À moins de changer de métier, ce qui est vraisemblablement utopique. Les paroles devraient donc se frayer un chemin entre ces deux insatisfactions, dans un étroit espace où elles trouvent peu d’aliment, peu de feu. Alors que l’air et l’espace autour de nous séparent si largement les choses les unes des autres, et peuvent si aisément être franchis." 

Philippe Jaccottet, Œuvres, préface de Fabio Pusterla, édition établie par José-Flore Tappy, avec Hervé Ferrage, Doris Jakubec et Jean-Marc Sourdillon, Gallimard, collection « Bibliothèque de la Pléiade », 20 février 2014,p 634 (La Semaison)

 

*      *       *

 

Quelqu’un tisse de l’eau (avec des motifs d’arbres

 en filigrane). Mais j’ai beau regarder,

je ne vois pas la tisserande,

ni ses mains même, qu’on voudrait toucher ;

 

Quand toute la chambre, le métier, la toile

Se sont évaporés,

On devrait discerner des pas dans la terre humide…

 

*    *    *

L’aurais-je donc inventé, le pinceau du couchant

Sur la toile rugueuse de la terre,

L’huile dorée du soir sur les prairies et les bois ?

 

C’était pourtant comme la lampe sur la table avec le pain.

 

Philippe Jaccottet

Pensées sous les nuages, poèmes

Gallimard - 1983

 

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Louise Labé, un coeur en hiver

14 Janvier 2014, 09:43am

Publié par Sybille de Bollardiere

Parce qu’une fois encore le temps ne me paraissait pas plus important que ça, j’ai répondu à  Emmanuelle « oui bien sur, Louise Labé quelle bonne idée ! » Mais voila qu’en cherchant quelques lignes, quelques vers de la belle lyonnaise je me suis perdue en la lisant, plongée comme je l’étais non seulement dans son passé mais dans le mien. Un livre appartient toujours à l’époque où on l'a ouvert la première fois, celui-là me liait à celui qui me l’avait dédicacé. Relire Louise avec le cœur d’hier n’était pas sans péril et voila pourquoi j’ai tant tardé. Mes mots en charpie d’aujourd’hui ne seront jamais dire la clarté du ciel de ce matin quand le froid attise la beauté d’un amour d’hiver alors, je la laisse dire… S de B


louiseLabe200Louise LABÉ

1524-1566

 

Je fuis la ville, et temples, et tous lieux

Esquels, prenant plaisir à t'ouir plaindre,

Tu pus, et non sans force, me contraindre

De te donner ce qu'estimais le mieux.


Masques, tournois et jeux me sont ennuyeux,

Et rien sans toi de beau ne puis me peindre ;

Tant que, tâchant à ce désir éteindre,

Et un nouvel objet faire à mes yeux,


Et des pensers amoureux me distraire,

Des bois épais suis le plus solitaire.

Mais j'aperçois, ayant erré maint tour,


Que si je veux de toi être délivre,

Il me convient hors de moi-même vivre ;

Ou fais encor que loin sois en séjour.

 

 *     *     *

 

Je vis, je meurs : je me brûle et me noie.

J’ai chaud extrême en endurant froidure :

La vie m’est et trop molle et trop dure.

J’ai grands ennuis entremêlés de joie :

 

Tout à un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j’endure :

Mon bien s’en va, et à jamais il dure :

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

 

Ainsi Amour inconstamment me mène :

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me trouve hors de peine.

 

Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.

 

*    *     *

 

Tant que mes yeux

 

Tant que mes yeux pourront larmes épandre

À l’heur passé avec toi regretter :

Et qu’aux sanglots et soupirs résister

Pourra ma voix, et un peu faire entendre :

 

Tant que ma main pourra les cordes tendres

Du mignard Luth, pour tes grâces chanter :

Tant que l’esprit se voudra contenter

De ne vouloir rien fors que toi comprendre :

 

Je ne souhaite encore point mourir.

Mais quand mes yeux je sentirai tarir,

Ma voix cassée, et ma main impuissante,

 

Et mon esprit en ce mortel séjour

Ne pouvant plus montrer signe d’amante :

Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

 

 

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Séance de purification à l'encre

16 Juin 2013, 08:21am

Publié par Sybille de Bollardiere

15062013043.jpg

 

Mémoires

 

Dimanche en deuil de semaine

Séance de purification à l'encre

Je n'étudie pas le bonheur

Mais sa trace - ce qu’il en reste

Ce qui le cerne et l'annonce

Dans la macération des heures

 

Dimanche à l'heure des laudes

Quand la lucidité insomniaque

Dicte les souvenirs d'une mémoire labile

 

Extrait de Territoires

Poésie

 


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Le coeur tatoué

10 Avril 2013, 08:00am

Publié par Sybille de Bollardiere

Le-Perche-2-8851-copie-1.jpg

Il a disparu. J’ai cherché sur le web et sur tous les réseaux et je n’ai plus trouvé trace de lui. Pendant des mois il était là, rasant les murs, inconnu et tapageur, secret et indécent, pudique et pornographe. Il affichait son amour, l’offrait en pâture, fustigeant ceux qui le donnaient perdant. Il avait son miracle d’amour dans les yeux, dans la peau, il le tenait dans ses mains, sa bouche, ses mots et l’emportait partout avec lui. Il était son traducteur, son chorégraphe et dansait dans son ombre en souriant de crainte d’un mirage.

Comment fait-il aujourd’hui l’unijambiste pour marcher sans celui qui lui donnait la grâce ? Comment fait-il pour écrire avec l’encre de ses jours qui se répand ailleurs ? Comment fait-il pour battre sans écho ce cœur tatoué ? 

 

 

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