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Sybille de Bollardière

chroniques

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Exercice d'admiration et un certain bonheur

28 Mars 2011, 11:05am

Publié par Sybille de Bollardiere

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Les marges des livres auxquels on tient sont pavées de nos bonnes intentions littéraires. Stimulés par l’illusion d’un échange ou d’une filiation secrète, on se prend à rêver d’une œuvre à soi à l’ombre d’une grande figure. On emporte ses livres au fil du temps et des lieux, partout, et il arrive parfois que les pages de garde se transforment en carnet de notes où les vœux d’écriture se superposent en strates successives avec les exercices d’admiration.

 

Relisant Cioran qui redécouvrait de Maistre, je retrouvai cette phrase à propos des éloges bien encombrants du grand énergumène :

« Il n’est qu’une manière de louer : inspirer de la peur à celui que l’on vante, le faire trembler, le contraindre par l’hyperbole généreuse, à mesurer sa médiocrité et à en souffrir. Qu’est ce qu’un plaidoyer qui ne tourmente ni ne dérange, qu’est ce qu’un éloge qui ne tue pas ? Toute apologie devrait être un assassinat  par enthousiasme »  Cioran Exercice d’admiration – Joseph de Maistre

 

Aujourd’hui lundi, la journée s’annonce sous un ciel transparent et l’on oublierait presque les nuages sombres de l’actualité. Un vent inodore et mauvais souffle sur nos têtes. Pourtant une joie imprévue me fait écrire en marge : Nous ne sommes jamais innocents des moments de bonheur que nous vivons. Acteurs dans l’âme, nous recherchons la scène. Un dieu voyeur nous l’offre parfois et nous l’en remercions sans trop s’appesantir, certains qu’il y aura, lui aussi, pris son plaisir.


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"Hiver" à La Tempête, à voir

4 Février 2011, 20:16pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

hiver

Il y a des jours où l’on sent d’instinct qu’on est au bon endroit, au bon moment, sur le lieu d’une rencontre. Parfois il suffit de l’hiver, d’un bois et de la nuit qui les entoure. Hier soir j’avais rendez-vous avec cette magie de l’instant à Vincennes pour assister à Hiver, justement, la pièce de Zinnie Harris mise en scène par Guy-Pierre Couleau, qui se donne au Théâtre de la Tempête.

 Dès l’entrée en scène derrière ce voile qui nous sépare des acteurs, on est plongé dans un monde intemporel et proche où il est question de guerre, de froid de faim et de peur. Dans les blancs et les gris d’un décor très réussi qui évoque les solitudes boréales, la robe rouge de Maud, l’héroïne dessine la vie, celle qui se bat et résiste face à l’absence, la peur et la mort. Ténèbres de la guerre : des êtres sont morts et d’autres survivent sans parole, sans identité avec pour seul repère la matière, omniprésente dans la pièce. Le froid de l’hiver, la brume qui serpente sur l’eau de la rivière, la chaux enfin, tous aussi allégoriques que réellement présents dans ce décor. Si j’ai aimé le texte sobre à l’extrême, j’ai été totalement séduite par le décor, le jeu des acteurs et surtout par cette ferveur que l’on ressent de chacun et de tous tout au long de la pièce.

J’ai des images que j’aimerais garder comme un paysage intérieur. La vision de cet enfant autiste pêchant dans des trous d’eau, le guerrier ahuri de souffrance au bord de la rivière et tous ces détails de mise en scène : plancher plein de chausse-trapes qui révèlent l’eau, la vie, le froid et la peur, la lumière au fond d’une bassine comme un clair de lune pour une étrange lavandière nocturne.

 C’est un peu loin Vincennes pour qui vient de l’Ouest mais le lieu fait partie de la magie de l’Hiver...

 de Zinnie Harris  

texte français : Dominique Hollier et Blandine Pélissier  
(Éditions L'avant-Scène théâtre)
mise en scène Guy Pierre Couleau

Réservations : La Tempête (Cartoucherie) tél : 01 43 28 36 36 

Avec Anne Le Guernec Maud

Philippe Cousin Grenville le soldat qui revient de guerre

Pascal Durozier Trent le colporteur

Philippe Mercier Léonard, le grand-père

Et pour hier soir : Mattéo Eustachon Sirin-Isaac, le jeune garçon 

 

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Je déménage et tout s'empile autour de moi

29 Janvier 2011, 18:03pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Je déménage et tout s’empile autour de moi

Les vides et les regrets

Les mots et les objets

Je trie les pages d’une vie

Des essaims de livres et de poésies

Qui s’étaient comme accrochés au mur

Le temps d’ici

Mais si peu de temps finalement

Juste dix ans

Quelques livres et des images

D’ailleurs plus que des voyages

Mais c’est souvent comme ça

Avec les enfants, demain

Et plus tard, les romans

La vie, la vraie

Celle qu’on met en cartons

D’une adresse à l’autre

Avec les doutes et les maux de saison

Nomade, oui et pour toujours

Et sans autre raison

Que la bonne fortune des jours

Et la passion du vent

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Le baiser du poisson rouge à la surface de l'eau...

7 Janvier 2011, 19:55pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

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Indignation, déprime ou désenchantement ? Il faut dire qu'avec les plaies actuelles : Pagaille, jeudi noir, dividendes record, injustice et incurie, les temps sont durs pour nos pharaons, mais le désenchantement français me plait, il est de bon augure.

 

Je préfère de loin ce mot à celui banalisé de « déprime » et puis, une déprime se soigne, le désenchantement est une désillusion qui se vit, tout simplement. 61% des français ont le moral en berne contre 52% de Britanniques, 48% des Espagnols, 41% des Italiens et seulement 22% des Allemands (Nouvel 0bs d’aujourd’hui). Ces chiffres me mettent du baume au cœur, ainsi les Britanniques nous suivent. En cherchant une explication, je nous trouve quelques points communs : nos façades maritimes, la poésie, un goût immodéré de l’orage et ce que j’appelle « un désenchantement de bon aloi » qui ne nous a pas si mal réussi des deux côtés de la Manche en d’autres temps. Avant de se révolter, l’Anglais se méfie et il a raison mais cela ne l’empêche pas d’être furieusement romantique à ses heures. Et puis l’adoration n’est pas sa tasse de thé. C’est une nation qui se sert des rois pour mettre la religion au pas et qui n’hésite pas à leur couper la tête. Le Français, apprécie. Lui, quand il déprime, s’il n’écrit pas, il invente, se débrouille ou guillotine, c’est bon pour le moral (cherchez des noms) Il a le désenchantement fondateur et c’est ça qui lui donne son incomparable panache. Le Français aime les commencements, les débuts de l’amour et l’aube de la démocratie. Il se lasse vite des contingences qu’elles soient conjugales ou républicaines.

 

Quand il est las, le Français se lance en politique, s’indigne… (Certains en font des succès de librairie) ou il va au café. Mais c’est là que le bât blesse, le Français « est à la rue » et plus encore depuis qu’on lui interdit de fumer au café et de boire dans la rue. Fumer et boire en même temps est devenu quasiment impossible comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs. Il nous reste notre désenchantement et nos pensées indignées comme le baiser du poisson rouge à la surface de l’eau, à moins que…

Très bon week-end à vous

(c'est mon 100 ème article...) 

 

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