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L'Orange de Mars 6 - Savannah ne veut rien comprendre

, 21:20pm

 

th_fond.jpgIl y a longtemps que Savannah aurait du deviner que le ton était trop précieux et que le sien en écho se déformait, épousait ce 'trop' de mots de références pour dissimuler le 'pas assez ' de corps, de vie... Il y a longtemps que Savannah connait son penchant pour les mauvaises copies, les ersatz mais c'est peut-être ce qui l'excuse... Savannah aime l'à peu près, la faiblesse, les demi-teintes et les faux semblants. Il me semble aujourd'hui que c'est ce qui fait de sa rencontre avec Malcom un authentique événement artistique. Ils ne sont pas là uniquement pour s'aimer mais pour s'éprouver.

Enfin je sais, vous aimeriez qu'ils aillent à l'essentiel... Et ce n'est pas encore le cas... Bon je vais me livrer à quelques coupures et faire au plus vite.

 

De Malcom à Savannah, 15 mars 2003, 9 heures 50

Savannah, Votre message acéré est une parade en quinte et je vous répondrai donc en tierce et de vive voix. Je me rends à vos propos, je vais aller chercher un peu de soleil. Tout ceci est délicieux et si j’abuse de la page c’est avec le désir de ne pas entendre le silence assourdissant du temps (me voilà bien avec une telle déclamation, aussi péremptoire qu’inquiète, tout-doux-là-en-avant-calme-et-droit et bientôt la génuflexion et l’hommage). Best regards Malcom....

 

15 mars 2003, 13 heures

Re-bonjour Malcom

Votre voix ce matin (je cherchais dans son timbre la matérialité de l'enveloppe, j'imaginais le 'contenant', plutôt grand, long cou, au soleil du Luxembourg)

Paresse et désordre matinal, côté ouest le soleil n'est chez moi qu'un reflet sur d'autres façades, ceci me donne l'impression que j'ai du temps devant moi, du temps pour aller épier la campagne du côté de Chavenay-maigre ruisseau et pousser peut-être au retour jusqu'au lavoir de Rennemoulin. Si vous aimez la poésie je vais de ce pas chercher quelques mots de Char qui m'ont servi de viatique à une certaine époque

« Si j’en réchappe, je sais que je devrais rompre avec l’arôme de ces années essentielles, rejeter (non refouler) silencieusement loin de moi mon trésor, me reconduire jusqu’au principe du comportement le plus indigent comme au temps où je me cherchais sans jamais accéder à la prouesse, dans une insatisfaction nue, une connaissance à peine entrevue et une humilité questionneuse. »

Feuillets d’Hypnos - René CHAR

A bientôt

 

De Malcom à Savannah,16 mars 2003, 13 heures

Savannah,

J’ouvre les guillemets : « … il menait ses avantages jusqu’à leur extrême conséquence. » R. Char - Feuillet d’Hypnos 157.

Matinée au soleil des jardins de Bagatelle. Point de chute pour aller prendre le temps et m’étonner sous le hêtre pleureur, belle cathédrale végétale aux bourgeons fuselés et naissants.

 Savannah, je vous souris dominicalement.

Malcom

 

De Savannah à Malcom, Dimanche 16 mars

J'aurais aimé marcher ce matin et je me fais des reproches ; n'est-ce-pas tricher encore que d'écrire au lieu de vivre ? Il y a longtemps que je me pose cette question, bien résolue d'y répondre le plus tard possible car c''est une trop vieille histoire. Parfois je cherche ce qu'il y a derrière vos mots, vos peurs à vous, vos attentes qui languissent derrière la page. Tout compte fait, la marche vous va bien, il n'y a pas que votre coiffure qui y est adaptée, votre syntaxe l'épouse et j'imagine en vous lisant un pas décidé qui ne s'égare pas sans toutefois négliger un écart, ne serait-ce que pour vérifier un détail, élargir le point de vue. Pourquoi Malcom ?

Une fois, il y a longtemps, j'ai longé les prairies de Bagatelle à l'aube. La brume se levait et sur les immenses pelouses quelques cavaliers s'entraînaient au polo. Je n'étais plus à Paris mais dans ce halo de lumière, quelque part en Argentine. Quand je passe près de Bagatelle, je repense à cette nuit blanche, tout ce que j'aime : voir le soleil se lever

 Plus tard après les champs, le soleil et mon tour vers l'ouest en vert et bleu pour saluer le printemps. J'ai interrompu ce message après m'être posée la question de la 'correspondance' A qui écrit-on et pourquoi ? Une pie sur mon chemin m'ayant autorisée à vous appeler je restai avec ma question en suspens face au répondeur. C'est tout le danger du virtuel, on ne s'adresse finalement qu'à soi-même. Or c'est l'autre finalement que je suis venue rencontrer, c'est l'autre que je cherche dans ses détours, l'autre, inconnu que j'imagine au matin quand j'embrasse Paris des yeux de la colline de Saint Cloud. Ville immense, à la fois grouillante et vide que je ne me lasse pas de regarder, de Montmartre à Belleville, une ville de toits et de clochers,

A bientôt

Savannah

(à suivre)