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Sybille de Bollardière

Les Migrations sentimentales, le roman

10 Août 2026, 09:44am

Publié par Sybille de Bollardière

      Parution le 20 août 2026 

LES MIGRATIONS SENTIMENTALES

Un roman d’errance intime et de renaissance aux confins de la Terre de Feu
En février 2023, Ariane, avocate récemment retraitée, quitte la Normandie pour rejoindre une amie à Buenos Aires. Mais une rencontre imprévue lors d’une escale à Toronto bouleverse ses projets. Philippe, agriculteur parti sur les traces de son fils disparu, l’entraîne jusqu’en Terre de Feu.
Au fil du voyage, entre lacs immobiles, montagnes austères et immensités australes, Ariane et Philippe avancent côte à côte, chacun dissimulant ses blessures autant qu’il cherche à se révéler. Dans ces paysages du bout du monde, les silences deviennent confidences et le déplacement géographique se transforme peu à peu en traversée intérieure.
D’Ushuaïa à Tolhuin, Les Migrations sentimentales interroge la liberté, le deuil, les choix de vie et la possibilité d’une seconde existence lorsque l’on croit son destin déjà écrit.
Un roman intense et délicat sur les départs, les métamorphoses et les territoires intérieurs.

Parution : 20 août 2026
Éditeur : Zinédi
204 pages, 20 €
ISBN : 9782848592886
 
Extraits :
 
"J’ai su dès ce moment-là que je ne l’interromprais pas et que mes projets dépendraient de la suite de ses confidences. Quelle importance ! Je voyageais en suivant non pas mon intuition mais celle des autres, celle de Judith surtout. Voyager sans Simon c’était pour moi plonger dans la transparence du monde, m’entourer d’un bleu indéfinissable, celui des yeux de l’absent comme si jamais la nuit n’y avait posé son ombre. Notre rencontre m’est apparue comme une bénédiction. Dès le premier instant, je sus que je pouvais écouter ses mots sans laisser paraître la moindre émotion et m’emparer de son histoire pour oublier la mienne. Après la traversée du paradis, j’étais remontée des enfers, il pouvait tout me dire, Tu pouvais tout me dire, je pouvais tout entendre. Nous étions au bout du monde et très vite il n’y eut plus que nous deux dans la salle d’embarquement. Toi et moi naufragés de Pearson-international. Les autres passagers, gris, transparents, fondus dans le décor, nous les avions oubliés, nous n’entendions même plus le va et vient de leurs valises à roulettes ni les annonces des départs imminents.  Nous étions là pour l’éternité, une éternité où ton récit avançait comme une vague, avec ses reflux, ses hésitations et de longs moments de silence. Je réalisai que parfois, il faut se perdre dans l’autre pour regagner son ciel, revivre, vibrer. J’avais le temps (…)
 Tu voulais leur faire partager ta terre depuis les étés brûlants sous le soleil jusqu’à la caresse dorée de l'automne mais surtout les plus beaux moments, l’hiver, quand la plaine s'offre sous le givre comme une mariée, comme une promesse… Avec cette danse des saisons qui revient, cette farandole qui vous entraîne au point qu'on ne voit pas passer le temps à attendre la saison suivante toujours plus belle que la précédente… Il t'a manqué de ne pas être poète pour parler des oiseaux comme une ponctuation sur la plaine, des oiseaux pour toutes les saisons, des oiseaux pour les plaines, des oiseaux pour les vallons, des oiseaux pour les bois, pour les nuits, pour les murs… (…)
Une étrange transmutation s’opérait, je reprenais vie en t'écoutant, mes peurs s’effaçaient devant ton malheur, en t’écoutant je redevenais celle que j’avais été avant, une voyageuse libre et sans attaches, heureuse ou tout simplement vivante. Voilà, c’était ça, ton récit avait beau me parler de mort et de souffrance, il me redonnait vie. (…)
Je me défais de moi-même en entrant dans la confidence d’un autre. Happée par la figure du blessé chassé de son paradis, je me dépouille de ma vie en m’emplissant de la sienne. Pourtant, étrangement, ce fil déroulé au gré des heures me relie à quelque chose d’intime et d’intemporel en moi. Je ne sais plus exactement qui je suis et ça n’a plus d’importance, dans cette salle d’embarquement où la lumière du jour décline entre des colonnes de béton, nous flottons dans un voyage intersidéral. (…)
Tu n’en n’étais peut-être pas conscient mais j’étais prête à tout pour que rien ne change, pour que ce voyage dure jusqu’à la fin de mon existence. Je m’imaginais finir ici, tout oublier de moi-même, l’enfance, les drames, Simon, la passion, le deuil… Oui tout oublier de ma propre vie pour finir ici, anéantie de silence, aspirée par le trou noir du lac Fagnano. Le désir, l’aveuglement pour combler ma peur du vide. (…)
… et j’ai pensé que je n’étais pas armée contre ça, contre ce que je désirais profondément. Mon désir d’amour est sans fin et tu le savais, tu l’as toujours su dès le premier instant à Toronto. Ce matin-là, comme toutes les heures depuis notre rencontre, mon regard te signifiait :  Je suis une victime consentante, ton reflet, ton miroir, je suis ce que tu veux voir de toi. Tu peux tout me dire, je suis toi pour disparaître à jamais de moi-même (…)
… une maison nommée “La casita”. Nous l’avons rapidement trouvée. A mon avis et d’après l’extérieur, c’est plus une cabanas comme il semble y en avoir beaucoup ici, qu’une véritable maison. Dans cette ville, qui n’existe que depuis les années 70, nous longeons des baraques aux façades peintes de couleurs vives, recouvertes d’un toit de tôle ondulée, entourées de jardins au sol pierreux d’où surgissent des futaies de hêtres. Une impression de pauvreté soignée et rude comme le climat. (…)
 Parfois ce sont nos gestes qui nous découvrent. C'est à leur habileté nouvelle à faire l'amour que les femmes démasquent l'infidèle. Comment ne pas voir que tu aimes comme un homme marqué par le désir, par un corps, par la jeunesse. Dans un premier temps, ça m’a troublée mais sans m’effrayer, j’ai compris que je portais comme toi l’empreinte d’un autre, ses passions, son regard sur le monde, son désir d’espace et d’absolu mais aussi sa capacité à supporter l’enfermement, le silence. Ma liberté t’a sûrement fasciné. (…)
 J’abordais la Terre de Feu comme une planète inconnue, fascinée par ses extrêmes, ses forêts qui ne ressemblent à aucune autre, sa flore et sa faune uniques mais aussi par ce qu’elle faisait de nous, ces transformations que je repérais sur chacun de nous. Et l’important n’était pas ce que nous nous dissimulions l’un à l’autre mais ce que nous allions découvrir ici ensemble et même séparément. (…)
 Mon carnet sur les genoux ce n’est plus seulement à toi que j’écris mais à moi-même, la femme un peu perdue, transie de froid face à cette étendue d’eau où flottent des débris de glace. Dans ce bras de mer où les vents s’engouffrent parfois avec violence, la fraîcheur de l’air est accentuée par la vitesse. Si j’ai imaginé peindre des aquarelles sur le pont je réalise qu’en raison de la température ce n’est pas réaliste, l’air est à la fois glacé et humide, chargé d’embruns, je me contente de photographier ce large goulot de roches abruptes et de forêts où nous nous enfonçons en pensant aux premiers navigateurs qui l’ont traversé. Naviguer c’est découvrir l’immobilité dans le mouvement et ici, à l’écart des déferlantes de l’Atlantique Sud, cela me va bien, mes peurs sont au repos dans la cabine où tout est calme, confortable. La nuit est tombée profonde et noire, sans un reflet sur l’eau. Qu’est-ce que je fais là ? Si loin de ma maison et j’allais écrire de ma terre, mais qu’est-ce qu’une terre à soi ? Probablement celle où l’on enterre les siens, où l’on revient saison après saison déposer des fleurs et des regrets."