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Sybille de Bollardière
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A l'ouest, après la neige...

9 Décembre 2010, 17:27pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Après le "grand embouteillage" la ville s'est retrouvée ce matin, immobile dans sa gangue de neige et de glace.

Le Chesnay, Yvelines à 9h du matin

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Plaisir lecteur, Marguerite Duras, Charles Dantzig et Onysos le furieux

6 Décembre 2010, 22:03pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

Piotr-hollandais.JPG 

La neige avait fondu et Piotr lisait dans la lumière tamisée d’un matin de décembre. Sa pause calme et résignée devant le lourd rideau de velours bleu qui masquait à demi le paysage, donnait au tableau l’atmosphère d’un Vermeer. Le regardant lire et souffrir en silence, je songeai que l’art est dans nos vies pour y apporter de douloureuses extases. Il en est de même pour le plaisir lecteur. Contrairement aux livres d’images ou aux atlas dont on peut suivre distraitement les lignes et les courbes, certains livres vous entrainent dans les profondeurs. Les mots, ceux d’un autre surtout, ont le pouvoir de plonger sous la vague, direct au cœur…

« Ce que je ne savais pas c’est que à son meilleur, elle peut être comme une vague qui a l’air de rouler les mêmes cailloux et, en réalité, en ramène un de très loin »

Piotr ne le savait pas non plus en lisant Ludmilla, pas plus que Charles Dantzig en écrivant ces lignes à propos de Marguerite Duras.

Le plaisir lecteur est un plaisir jaloux et même si l’on a pour habitude, ce qui est généralement mon cas, de lire la plume à la main (comme une arme prête à dégainer pour la riposte) on ne peut se défaire de ces haïssables instants de séduction qui nous renvoient à nos faiblesses. Ah que donnerions-nous parfois pour être l’auteur de ce bon mot ou de ce balancement adroit que l’on aurait tant aimé faire sien pour envelopper… Quoi ? Ce rien justement qui fait qu’on lit plutôt qu’on écrit pour meubler l’attente, le vide, la peur aussi. Ce rien qui pousse certains à manger, dessiner, boire, baiser ou jardiner… Que sais-je encore ? La liste des choses à faire pour ne pas écrire quand on n’en a plus le talent ou que l’on s’en ressent dépossédé est sans limite.

 

 Plaisir lecteur dévastateur quand il prolonge l’attente et que l’on en vient à chercher l’auteur entre ses lignes comme un Castor qui retrouverait son Pollux.

 

Piotr referma le livre et se tourna vers la fenêtre en soupirant.

- Cherbourg est sous les eaux, c’est épouvantable...

J’eus beau lui expliquer que Ludmilla habitait en hauteur et ne risquait rien dans son village éloigné de la côte, Piotr resta sombre. Il avait lu de la poésie en y cherchant les signes d’un amour tangible alors, pour le réconforter, je lui proposai de lui faire la lecture et il accepta.

Cherchant un viatique pour un cœur malheureux, je tombai sur un opuscule que j’avais bien aimé en son temps : Onysos le furieux de Laurent Gaudé Actes Sud 2002,  47 pages

Quand je terminai la lecture des dernières lignes… « Je me pencherai sur lui avant qu’il ne meure, je prononcerai son nom à voix basse et je lui dirai qu’Onysos  est là, qui le connaît et le voit disparaître. » Piotr dormait et ragaillardie, j’allai écrire ces quelques lignes.

 

 

 

 

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Le Poulpe amoureux et la force des mots

1 Décembre 2010, 22:20pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

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Nous roulions sur une route déserte, Piotr avait froid et restait silencieux. Il avait bien essayé de me proposer un détour par le village de Ludmila K. mais j’avais refusé. Elle lui manquait … Je le compris très vite après le départ de la jeune femme en découvrant dans la chambre de Piotr, son manuscrit annoté de ses regrets de poulpe mais déjà investi de l’espoir de la revoir.

 

Il aimait et même s’il n’était pas capable de mettre un nom sur l’étrange sentiment qui l’envahissait, c’était bien d’amour et qui plus est, d’un amour très humain dont il était la proie. Piotr eut beau se défendre en évoquant l’immatérialité de cette sensation unique qui ne devait rien au désir charnel. (En tant que poulpe, comment aurait-il pu ?) Alors que nous traversions les forêts enneigées de l’Ouest, ses mots me devinrent indispensables. Avec minutie et précision il me décrivit cette nouvelle projection de lui-même. « Comprends-moi » me disait-il, « Maintenant je n’ai plus peur de vivre et le sens de mon voyage m’apparait. Cette rencontre a donné du sens à ma vie non seulement présente, mais future et même » et c’est ce qui l’étonnait le plus, « passée ». Oui, ajouta- t-il, « tout est devenu simple, c’est un peu comme si j’étais grâce à Ludmila,  immortel ».

 

Piotr soupira et je laissai le silence s’installer. C’était à moi de retrouver les images du passé, Yoshka refit surface. Pour nous protéger nous avions fait du désastre amoureux un véritable art de vivre. Il nous offrit parfois de belles pages, le plus souvent des joutes oratoires qui nous laissaient éreintés et vaincus au seuil de nos solitudes. Avec le temps et le silence, je commençais à le réinstaller dans ses qualités.

 

Piotr quant à lui, était venu d’un autre monde soigner un mal de vivre qu’il avait longtemps pris pour un amour malheureux et puis il y avait eu les livres, la poésie et enfin Ludmila K.…

 

Une bourrasque de neige traversa la route, Piotr se redressa, glissa une tentacule sur mon épaule et ajouta comme si notre conversation n’avait pas été interrompue :

- Tu vois, je crois que si je ne devais pas la revoir cela n’aurait pas tellement d’importance. Il me semble que cette rencontre nous a offert le meilleur de nous-mêmes et l’avenir de ce que nous avons à écrire.

Oui Piotr écrivait déjà, non pas ses mots, mais les nôtres, tous ceux qu’il lisait, qu’il épiait dans ce qui était devenu sa terre d’accueil : notre langue.

 

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