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La chose

14 Décembre 2020, 09:14am

Publié par Sybille de Bollardière

La chose

Le jour s’est levé, glauque, poisseux. Au loin, des nuages de brume s’accrochaient aux collines, enveloppaient la cime des arbres. Derrière les taillis, j’ai commencé à distinguer ma cabane ou plutôt ma roulotte immobile, mon havre d’écriture tout juste terminé. En m’avançant dans l’allée, j’ai remarqué des traces de feu sur les pommiers, et un peu plus loin, la terre labourée, comme emportée par une harde de sangliers. Rien d’étonnant, il avait tant plu ces derniers jours. Pourtant, la soirée de la veille avait été belle, glacée, lumineuse. Pierre-Elie mon fils, était rentré en me disant :

- Viens dans le jardin ! La nuit est magnifique et il se passe quelque chose …. Tu dois voir ça !

Ça n’avait rien d’étrange et pour certains, ce spectacle était même révoltant pour ne pas dire inquiétant. Dans la nuit lumineuse de la Saint Nicolas, un curieux train d’étoiles s’avançait semant le désordre parmi les constellations.

- Regarde ! ce sont les satellites d’Elon Musk ! Il parait qu’il y en a 80 et ce n’est que le début…

Le train de la démesure apparaissait à l’horizon et se dirigeait vers l’est avant de disparaître au-dessus de nos têtes, happé par des masses nuageuses. Sidérée par le spectacle, je suis restée le temps de compter une vingtaine de satellites avant de me diriger vers la maison transie de froid.

Quelles sortes de nuits aurons-nous l’été prochain ? Pourrons-nous encore rêver sous une voûte céleste criblée d’étoiles, chavirer sous une pluie de comètes dans une de ces nuits noires de fin d’été ? Une nuit profonde comme si le ciel nous aspirait à lui. Une nuit d’éternité…

Ce matin-là, je m’étais levée tôt, j’avançai dans l’allée en pensant à l’aménagement de ma roulotte, aux derniers détails indispensables : un poêle, un lit et bien entendu une connexion internet. La pluie avait cessé et la brume se levait. Après la pelouse retournée et quelques branches calcinées des pommiers traînant à terre, j’ai remarqué les livres répandus sur le sol, des planches, beaucoup de planches et ma table de jardin à laquelle il manquait deux pieds. Ça ne pouvait pas être les sangliers ! C’est à ce moment-là que j’ai levé les yeux vers la roulotte.

Elle avait été comme éventrée, la façade coupée en deux, le toit défoncé. Les volets fraîchement repeints, gisaient sur le sol ou pendaient sous les fenêtres dont tous les carreaux étaient brisés. Une puissante odeur de brulé et de poudre flottait. La foudre c’était probablement ça et pourtant je n’avais rien entendu et les orages sont plutôt rares en décembre.

Une sensation étrange me dissuada de m’approcher davantage. Il fallait appeler Pierre-Elie, qu’il vienne tout de suite mais avant, prendre quelques photos. Je sortis mon téléphone et au moment où je m’apprêtais à lui envoyer les premiers clichés, je remarquai sur l’un d’eux un détail… une chose inattendue… Je me ravisai et fis un pas en arrière puis deux, avant de m’immobiliser, tétanisée.

Oui, il y avait bien, tapie dans le trou noir de ma roulotte éventrée, quelque chose, et probablement une chose vivante…

A suivre… L'oeil bleu