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J'écris souvent le dimanche, et parfois en semaine dans le train, ballotée entre les visages fermés et le charme abandonné des friches SNCF. J'écris sur les voies, entre tags et lianes, détritus et sureau en fleurs, entre silence et brouhaha, solitude et promiscuité. J'écris sur un cahier replié sur mes genoux, à la sauvette et si possible très petit pour qu'on ne puisse pas lire par dessus mon épaule. Parfois si petit que je ne peux pas me relire.
Quand le train quitte les quais et s'enfoncent dans les sous-bois, mes personnages s'animent alors qu'il suffit d'approcher d'une gare pour que je cherche mes mots. Que voulez vous, l'écriture,
le roman surtout, est un voyage ferroviaire que l'on croit mettre sur les rails en oubliant les rencontres et d'imprévus aiguillages. Et puis il ya ces gares où montent des personnages et
d'autres stations en rase campagne où ils débarquent quand on croyait finir le voyage avec eux.
J'épouse le rail, son rythme et berce ma phrase entre les hoquets d'un train de banlieue, les yeux rivés vers ces grues métalliques qui se perdent dans le ciel de la ville. Déjà le gouffre
m'aspire loin des lisières, un train qui s'en va braille sur une autre voie une langue inconnue et le silence bleuit l'horizon, comme cette page blanche que je referme pour d'improbables
lecteurs.
Sybille de Bollardière,
auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a publié Alizarine,
poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman
Ramsay 2004, (Prix La Fayette) Une femme d'argile, L'Editeur, 2011.
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