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Quelle est la couleur de l'absence ?
Ce soir j'aimerais que l'on écrive à ma place... Oh pas un roman, juste un poème comme vous savez les faire, légers, doux comme les larmes et le jour qui s'en va. Oui c'est une curieuse idée mais voyez-vous, j'ai de la peine et pas de mots pour l'envelopper, pas de mots pour partager et j'aimerais tant pouvoir le faire.
J'ai perdu une amie, mon amie... Vous l'auriez aimée, elle peignait la mer et s'était installée à son chevet pour en capturer l’éclat. Elle aimait les vagues ; les domptait au bout du pinceau tout en accueillant les visiteurs. Aujourd'hui dans l’atelier désert, elles déferlent sur un paysage inhabité. Elle était ma fenêtre sur la couleur, le peintre des fleurs, celui des lendemains aussi ; des matins, des projets, "tout ira bien tu verras" "je te rappelle bientôt" "Nous irons à Zanzibar". Mais le temps s'est arrêté comme les promesses de voyage que je n'ai jamais tenues. Le carnet à quatre mains je le dessinerai toute seule avec ses couleurs dans les yeux pour peindre ces fleurs qu'elle ne verra pas. Inutile chagrin qui ne ramène rien, pas même un grain de sable. L'horizon lui appartient, mes mots à venir aussi.
à Martine Gayet
Sybille de Bollardière,
auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a publié Alizarine,
poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman
Ramsay 2004, (Prix La Fayette) Une femme d'argile, L'Editeur, 2011.
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