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En amour, peu me suffit beaucoup m'incommode

12 Septembre 2010, 09:33am

Publié par Sybille de Bollardiere

 

 

Peu-me-suffit.JPG

 

- Tu as vu le temps ? Tu ne va tout de même pas rester toute la journée enfermée …

- Piotr, merci, mais pour moi l’été est fini.

- Qu’est ce qui ne va pas ? Yoshka te manquerait-il ?

- Euh non, pas vraiment … Tu sais en amour, peu me suffit et beaucoup m’incommode. Et c’est peut-être ça le début du problème, enfin si problème il y a… Yoshka ne me manque pas plus que les deux romans que je viens de terminer et que j’ai pourtant trouvé excellents.

- J’ai remarqué que tu lisais trop vite… Mais pour revenir à tes sentiments, je te trouve tout de même ingrate.

- Mon cher Piotr, notre ingratitude nous est indispensable, c’est notre sauf-conduit pour l’avenir. Sans elle, comment se remettre de toutes ces ruptures dont nos vies sont émaillées ? Finalement avec le temps, l’ingratitude nous offre l’oubli et cette merveilleuse indifférence qui vaut mille pardons.

 

Piotr ne répondit rien et reprit la lecture du Nouvel Obs. C’était hier en fin d’après-midi sur ma terrasse au Chesnay. Dans une atmosphère d’été et une douce chaleur nous devisions aigrement sur les absents. Car avec le temps, même le virtuel s’éloigne, s’absente et parfois définitivement. C’est inéluctable bien que cela reste invisible pour la plupart. Dans le silence assourdissant de son entre-soi, on prend congé de ses fantasmes et de ses chimères pour se réveiller léger certes, mais désemparé. « Me manquent ceux que je ne connais pas encore » me disait un ami très cher en me quittant un jour. Il était lui aussi d’essence volatile, peu enclin aux débordements affectifs, ce qui donnait beaucoup de prix à notre lien gémellaire.

 

Et maintenant il pleut une pluie d’été épaisse et molle. Dans le square, le feuillage gorgé d’eau a envahi l’espace. Un frisson de vent passe et le gris s’intensifie. Septembre s’installe en Ile de France, profond, soyeux, plein des promesses de l’automne. Finalement j’en avais assez de cet été qui n’en était pas un ; à tout prendre, je préfère les rudes saisons et leurs heures fécondes où, penchée sur le papier, j’écrirai jusqu’à plus soif.