Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 18:43
- Publié dans : Chroniques

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En mai fais ce qu’il te plait… D’après certains, c’est surement plus facile à faire en Islande qu’à Damas ou à New-York. Depuis samedi, à peine remis de l’annonce des sévères turpitudes d’un « candidable », on suit le Grimsvötn à la trace en redoutant l'arrivée du nuage volcanique dans le ciel européen. Le Grimvötn impose sa nuit de plein jour à l'Islande et en Syrie le printemps arabe est en retard. ici les vignes fleurissent déjà et les cerises sont en avance. On attend la pluie et comme l'innocence, elle se fera attendre, trop longtemps pour en être. C'est l'époque qu'a choisi Yoshka pour déménager.

Depuis quelques temps il se disait trop malheureux pour écrire, aujourd’hui c’est le bonheur qui l’oppresse, cette lumière qui rentre par les fenêtres et illumine brusquement tous les détails de sa vie ordinaire l’a profondément déstabilisé. Il est pour ainsi dire, pétrifié de bonheur. Après avoir longtemps vécu à tous les vents dans une tour qui ne lui offrait qu’une vue parcimonieuse sur un septentrion glacé, le voici princièrement installé dans la blancheur de la cité. A celui qui a lu tous les livres et aimé toutes les femmes, le hasard vient d’offrir un balcon sur l’occident avec la vue sur les ciels couchants à venir. C’est presque trop, il n’y croyait plus et le voici inspectant l’horizon et ses cartons, passant de l’un à l’autre, rangeant les bibliothèques, archivant ses regrets sans autre projet que celui d’être là, sans un mot.

Le vent s’est levé, une brise tiède soulève la poussière et fatigue les grillons. Derrière les vitres surchauffées, les mouches agonisent pattes en l’air dans un « vibrillonnant » ballet. C’est la fin de l’après-midi, six heures sonnent au clocher. Ce soir il y aura surement des nouvelles à propos du nuage et des vents qui le poussent, on reparlera peut-être des révolutions qui tardent et d’autres révélations à venir et puis bientôt ce sera le silence. On oubliera comme on oublie déjà Fukushima, Sendaï et côte nord-est du Japon tout comme cet autre volcan l'Eyjafjöll qu'on avait tous appris à prononcer.

 « Quand le poisson est pris, on oublie la nasse. Quand  l'idée est transmisepeu importent les mots qui ont servi à la convoyer. » Zhuangzi

 

Par Sybille de Bollardiere
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S. de B. Sybille de Bollardière, auteur de poèmes et de romans, vit entre Paris et le Perche en Normandie. Elle a vécu également en Bretagne et au Congo, près de Brazzaville. Elle a publié Alizarine, poèmes aux Éditions de la Coïncidence 1981, Le défaut des origines, roman Ramsay 2004, (Prix La Fayette)  Une femme d'argile, L'Editeur, 2011.  Membre du jury du Prix Rive Gauche à Paris




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