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Telle qu'elle était, gravide et nue

17 Avril 2011, 09:23am

Publié par Sybille de Bollardiere

 

Il pleut depuis des lunes

Invisible dans la nuit d’encre

Tout le continent défile

Contre ma barque délestée de ses rêves

Souillure des berges où l’ingérence des eaux emporte

Jardins - étoffes - nuages

Et des éclats d’îles dans la nuit

Comme des corps chavirés

Vers le sommeil du delta

 

Absence de signe autre

Que le bleu écaillé du ciel

Et le grand tourment du soleil

Dans l’enchevêtrement des pluies

 

Un feu dessine un temple

Dans les mailles d’une mangrove

Et je la vois Elle, dans le jeu des flammes

Telle qu’elle était

Avant que le monde ne l’habille

Remontant le Nil et les cataractes

Du Soudan aux vallées kenyanes

Telle qu’elle était, gravide et nue

Depuis les premières collines de l’Est

Jusqu’au commencement de l’eau.

 

L’altérée

Comme une stèle noire sur la rive

Tissant l’homme à venir

Avec du jonc de l’écume et du feu.

 

Plus bas au seuil de la nuit qui rougit l’échine des falaises

Le fleuve emporte son cri dans la plainte des rapides

Une nouvelle lune m’accompagne

Sur le miroir des eaux.

 

Extrait - L'altérée - Poèmes du Djoué