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Sybille de Bollardière

poulpitude et autres tourments

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Piotr Gasterovitch, le poulpe Editeur

5 Octobre 2010, 19:19pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

Piotr-Gasterovitch.JPG

 

Piotr fait partie de ces gens qui se croient absolument obligés de vous raconter leurs rêves. En plus de cela, ce matin il a choisi le petit déjeuner, moment où je ne supporte que le silence.  J’ai eu beau lui affirmer qu’il n’y avait pas urgence il a vraiment insisté :

- Il faut que tu m’écoutes, je crois que nous tenons là une bonne idée

-Depuis quand les idées viennent des rêves, des rêves de poulpe en plus !

De guère lasse en me dirigeant vers la cafetière pour me resservir, j’ai consenti à l’entendre.

- Bon alors, raconte moi ton rêve puis que tu y tiens tant.

- Je voudrais devenir éditeur….

- Sans blague ? Bon Piotr, je crois vraiment qu’il faut que tu reprennes une vie normale de poulpe au plus vite. Je veux dire une vie marine avec tes semblables, une vie sexuelle harmonieuse, une nourriture saine… Il faut que tu arrêtes de lire, c’est malsain et même décadent…

-Tu y vas fort ! Laisse-moi t’expliquer…

Dans un premier temps il se montra déçu par ma réaction plus que blessé, comme s’il avait déjà prévu mon agacement et ma dérision puis, il prit le temps de me faire part de la somme d’observations qu’il avait récoltée durant ces longs mois à nous fréquenter Yoshka et moi. Il me fit comprendre qu’à force d’observations sur les réseaux sociaux, il n’ignorait plus rien des tourments de l’auteur et des doutes de l’éditeur. Enfin, il m’expliqua avec beaucoup de ménagements, montrant par là dans quelle mésestime il tenait ma capacité de réflexion, comment agit le rêve chez le poulpe. Loin d’être comme chez l’humain, une pollution cérébrale due au hasard ou la conjonction d’événements fortuits, le rêve est parait-il chez le gastéropode, l’expression d’une volonté collective, en fait « la transmission » de la connaissance entre les membres de la communauté. Une fois encore, il m’affirma que Freud n’avait rien à faire dans les rêves des gastéropodes.

Nous avons donc passé une longue journée à décortiquer le songe de Piotr. Certains aspects en demeurent pour moi assez obscurs même s’il rêve d’une façon flagrante en « vert et or » avec une touche de vermillon. La précision des images qu’il m’a décrites et que je tente de reproduire ici, m’a laissée sans voix tout en me rappelant étrangement des souvenirs assez récents. Mais je ne peux, dans l’état actuel de mes connaissances, tirer aucune conclusion hâtive sur les interconnexions entre le poulpe et l’humain. Pourtant, il se pourrait bien  que cette nuit onirique soit suivie d’un projet car après tout, même ma mère a commencé à croire en l’existence de Piotr et quand on sait à quel point le doute est sa lumière… Mais ça c’est une autre histoire.

 

 

 

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Piotr, Philippe Katerine et il pleuvait toujours...

4 Octobre 2010, 21:43pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Piotr-lou-rose.JPG

Rien de tel qu’un séjour en Bretagne pour redécouvrir les bienfaits de la sieste. Il faut dire que la veille au soir, Piotr et moi, avions sérieusement fêté notre arrivée. A la mi-temps d’une semaine de pluie, face à la montée des eaux, il nous restait l’inaltérable plaisir de lire ou de relire. J’avais choisi « L’Atlas des Iles Abandonnées » de Judith Schalansky que je feuilletais au coin du feu tout en dégustant un blanc du Languedoc. Piotr lui, préféra relire « un léger passage à vide de Nicolas Rey ». Très vite, sous l’effet du  fameux « Belles pierres » il fut pris d’un délire récitatif et c’est debout sur la table, sur fond du dernier album de Philippe Katerine qu’il nous fit visiter les tréfonds de l’âme de l’auteur.

« Bla bla bla », disait la chanson ou, « Comment tu t’appelles ? » « Ta gueule » hurlait  Piotr en roulant sous la table … Et il pleuvait toujours.

Le lendemain, le teint blafard, il sortit brièvement de sa léthargie :

- Il faut que je te parle de mon rêve, c’est très étrange…

- Ah oui, ton rêve…Mon pauvre Piotr, reposes-toi et on en parlera demain.


 

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Couleurs d'automne ou la sagesse du poulpe

25 Septembre 2010, 10:06am

Publié par Sybille de Bollardiere

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En amour, peu me suffit beaucoup m'incommode

12 Septembre 2010, 09:33am

Publié par Sybille de Bollardiere

 

 

Peu-me-suffit.JPG

 

- Tu as vu le temps ? Tu ne va tout de même pas rester toute la journée enfermée …

- Piotr, merci, mais pour moi l’été est fini.

- Qu’est ce qui ne va pas ? Yoshka te manquerait-il ?

- Euh non, pas vraiment … Tu sais en amour, peu me suffit et beaucoup m’incommode. Et c’est peut-être ça le début du problème, enfin si problème il y a… Yoshka ne me manque pas plus que les deux romans que je viens de terminer et que j’ai pourtant trouvé excellents.

- J’ai remarqué que tu lisais trop vite… Mais pour revenir à tes sentiments, je te trouve tout de même ingrate.

- Mon cher Piotr, notre ingratitude nous est indispensable, c’est notre sauf-conduit pour l’avenir. Sans elle, comment se remettre de toutes ces ruptures dont nos vies sont émaillées ? Finalement avec le temps, l’ingratitude nous offre l’oubli et cette merveilleuse indifférence qui vaut mille pardons.

 

Piotr ne répondit rien et reprit la lecture du Nouvel Obs. C’était hier en fin d’après-midi sur ma terrasse au Chesnay. Dans une atmosphère d’été et une douce chaleur nous devisions aigrement sur les absents. Car avec le temps, même le virtuel s’éloigne, s’absente et parfois définitivement. C’est inéluctable bien que cela reste invisible pour la plupart. Dans le silence assourdissant de son entre-soi, on prend congé de ses fantasmes et de ses chimères pour se réveiller léger certes, mais désemparé. « Me manquent ceux que je ne connais pas encore » me disait un ami très cher en me quittant un jour. Il était lui aussi d’essence volatile, peu enclin aux débordements affectifs, ce qui donnait beaucoup de prix à notre lien gémellaire.

 

Et maintenant il pleut une pluie d’été épaisse et molle. Dans le square, le feuillage gorgé d’eau a envahi l’espace. Un frisson de vent passe et le gris s’intensifie. Septembre s’installe en Ile de France, profond, soyeux, plein des promesses de l’automne. Finalement j’en avais assez de cet été qui n’en était pas un ; à tout prendre, je préfère les rudes saisons et leurs heures fécondes où, penchée sur le papier, j’écrirai jusqu’à plus soif.


 

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