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Intérieur

30 Avril 2011, 16:37pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

 

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Sur le bois blanc de la table desservie

La trace écrite d’hier

Plus loin encore

Les œuvres penchées d’un autre

Que l’on révèle à la mine de plomb

Comme les profils de médaille

Couchés sous le papier.

L’avenir c’est aussi 

La saveur d’un baiser futur

Que s’offre la caresse d’un doigt

Sur la bouche entrouverte

 

L’amour est anticipation et souvenir.

 


 

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Le journal de Julia, Une femme d'argile

26 Avril 2011, 13:36pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Le Djoué, 5 mars 1990

J’habite sur une colline qui domine le fleuve face aux déferlantes des rapides ; j’habite non seulement un pays, mais un continent. Le monde m’est devenu soudain plus palpable, plus vivant. Un jour je reviendrai d’Afrique et je sais que j’y aurai laissé une part de moi-même. L’eau descend sur les pentes de l’Ile du Diable, le fleuve amorce sa décrue avant le retour de la saison des pluies. Y a-t-il un printemps africain ? Y a-t-il une Afrique pour moi qui m’y baigne à corps perdu... 

                                  

    

Le Djoué, 3 Octobre 1991

Octobre et l’Afrique à l’odeur de cendres ; les fumées montent noires et blanches. Des pneus que l’on brûle pour briser les pierres et puis la brousse qui n’en finit pas de noircir ; ciel africain sale, laiteux qui tombe sur les collines du Zaïre. La vague jaune du fleuve sur les plages. Le Congo appelle la pluie. Tout a le goût âcre de la poussière. Comme un don pour patienter, le goût suave des premières mangues, la chair tout d’abord douce puis, fibreuse, qui agace les gencives...

                                  

        

 

Le Djoué, 12 novembre 1991

Un chien enragé me poursuit dans mon premier sommeil, je crois l’entendre aboyer, je sens sa morsure, mais ce n’est pas la rage qu’il me donne, mais le poison du découragement...

                                  

                                   

 

Le Djoué, Lundi 25 Novembre 1991

Il pleut une petite pluie fine qui donne aux arbres une teinte sombre et dense. Vrombissement d’un avion derrière le plafond des nuages. J’en reconnais la destination, le Sud, Johannesburg probablement. Depuis huit jours la « chasse aux zaïrois » a commencé au Congo. Les quartiers sont minutieusement fouillés, les maisons perquisitionnées ; toutes sortes de bruits circulent sur d’éventuelles primes données au congolais qui les dénoncent. Par groupes de plusieurs centaines avec femmes et enfants, ils sont conduits au port et renvoyés chez eux sur des bateaux bourrés à craquer...

                                        


Le Djoué, 4 décembre 1991

L’Afrique vue de la cime des arbres est douce, verte. On n’y entend que le chant des oiseaux et le murmure des rapides. En fin de journée la pluie est revenue et le paysage a disparu. Seuls les flamboyants émergent comme des fleurs à la dérive sur un lac de brume...

                                  

                                            

                                  

Rue Mandela, 2 février  1993

Comment parler encore de la Yougoslavie, ce que nous apprenons tous les jours de l’épuration ethnique depuis le mois d’août est abominable et ressemble à s’y méprendre à ce que j’entends ici, ce qu’on me décrit des massacres du Shaba, au sud du Zaïre ou dans les cités et banlieues de Brazzaville dont personne ne parle jamais.  Mais comme dit Pierre « A quoi bon avoir pitié de ceux qui n’ont pas pitié d’eux même ? » 

C’est probablement vrai, je ne vaux que ce que je deviens chaque jour. On ne trouve pas les ténèbres en remontant le fleuve Congo mais en se laissant vivre ici, au fil du temps.

 

Extraits du Journal de Julia, Une femme d'argile. L'Editeur


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Telle qu'elle était, gravide et nue

17 Avril 2011, 09:23am

Publié par Sybille de Bollardiere

 

Il pleut depuis des lunes

Invisible dans la nuit d’encre

Tout le continent défile

Contre ma barque délestée de ses rêves

Souillure des berges où l’ingérence des eaux emporte

Jardins - étoffes - nuages

Et des éclats d’îles dans la nuit

Comme des corps chavirés

Vers le sommeil du delta

 

Absence de signe autre

Que le bleu écaillé du ciel

Et le grand tourment du soleil

Dans l’enchevêtrement des pluies

 

Un feu dessine un temple

Dans les mailles d’une mangrove

Et je la vois Elle, dans le jeu des flammes

Telle qu’elle était

Avant que le monde ne l’habille

Remontant le Nil et les cataractes

Du Soudan aux vallées kenyanes

Telle qu’elle était, gravide et nue

Depuis les premières collines de l’Est

Jusqu’au commencement de l’eau.

 

L’altérée

Comme une stèle noire sur la rive

Tissant l’homme à venir

Avec du jonc de l’écume et du feu.

 

Plus bas au seuil de la nuit qui rougit l’échine des falaises

Le fleuve emporte son cri dans la plainte des rapides

Une nouvelle lune m’accompagne

Sur le miroir des eaux.

 

Extrait - L'altérée - Poèmes du Djoué


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Les livres ne sont pas des maisons closes

16 Avril 2011, 08:57am

Publié par Sybille de Bollardiere

Photo 040

De certains livres, je garde en mémoire des phrases qui n’ont jamais été écrites. Fenêtres béante sur les mondes qu’ils ont découverts, ces livres là ferment la marche et portent en eux nos maux à venir. Nous les aimons en nous y égarant, aveugles, illuminés dans ces lieux hantés où nous guident nos propres ombres.


Quoi de mieux qu’une dérive d’écriture au gré des courants ? Lecture en marge du temps, écriture dans l’interstice, palpitante, troublée. L’auteur s’oublie entre deux pages et le lecteur le cherche en quatrième de couverture, qu’importe ! Les livres ne sont pas des maisons closes mais des chemins qui s’offrent en pâture, des plaies ouvertes sur des ciels livides.


Ils ont longue vie avant de disparaître sous nos yeux, cinq ans, dix ans, parfois toute une vie d’homme avant que leurs mots, par nous sucés, psalmodiés, les effacent et nous appartiennent. Mais on s’en tiendra là. Ecrire et lire sont des plaisirs dormants dont la nécessaire solitude interdit ou limite les débordements. 


Photo 045

Précédemment publié le 23 septembre 2010

 

 

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